Carême 2006

Publié le par Mgr Ellul

Samedi 01 Avril 2006

                                           " Jésus nous montre le Père !"
4ème Homélie de Carême 
vendredi 31 mars 2006.

Jésus nous montre le Père. Il en a témoigné bien des fois à ses disciples, par sa parole, ses miracles et sa résurrection. Mais ils furent longs à comprendre. Ce n’est qu’après sa résurrection d’entre les morts qu’ils feront remonter à leurs mémoires toutes ses paroles. Les trois évangélistes et surtout St Jean les proclameront, pour témoigner du kérygme et proposer les « ipssisima verba Christi », les paroles du Seigneur. 
« Vous me connaissez ; et vous savez qui je suis ; je ne suis pas venu de moi-même… C’est lui, le Père qui m’a envoyé ». Dans son annonce du Royaume à venir et qui est déjà là, en sa personne, car il en témoigne par ses oeuvres, Jésus se sert du titre de Fils de l’Homme. Remarquons cependant que lorsqu’il parle de lui-même, il en parle à la troisième personne, comme s’il existait un écart entre lui et ce fils de l’homme, apparu dans la vision de Daniel (Dn 7, 13-14). Montrer le Père, rendre témoignage au Père qui l’a envoyé, lui son fils ! Et il rappelle que « Le Fils de l’homme est venu sur la terre non pour être servi, mais pour servir et offrir sa vie en rançon pour la multitude ». 
Alors qu’il leur dit qu’il est la lumière du monde et leur parle du Père céleste, les Pharisiens demandent : « Ton Père, où est-il ?». Assis dans le Temple près du Trésor, Jésus répond : « Vous ne me connaissez pas et vous ne connaissez pas mon Père ; si vous m’aviez connu, vous auriez aussi connu mon Père »… (Jn 8, 19). 
Cloué sur la croix, souffrant pour le pardon de nos péchés, il aura la force de dire : « Mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Ceux qui passent et le regardent, suspendu sur le bois de l’ignominie, sont étonnés et disent : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même ? Puisqu’il a mis sa confiance en Dieu, qu’il le sauve maintenant, s’il tient à Lui ; car il a bien dit : « Je suis le Fils de Dieu » ! Même au Calvaire, à quelques heures de la mort du Messie, les Juifs continuent de ne pas comprendre, ne veulent pas comprendre son message et qui l’a envoyé. 
Et pourtant, ces hommes, ces femmes qui s’approchent du Christ et à qui Jésus lui-même, déclare : « Ta foi t’a sauvé, va en paix ; ou, lève-toi et marche ! », qu’ont ils fait pour bénéficier de la tendresse de Dieu ? Quels chemins ont ils parcourus dans la foi au Fils de l’Homme ? Quelle a été leur démarche ? Pourquoi est-ce leur foi qui les a sauvés ? Jésus ne leur dit-il pas « Je t’ai sauvé » ! Non, car en fait, par le miracle opéré par la foi, il leur montre la tendresse du Père qui l’a envoyé parmi nous. Dieu est un Dieu de miséricorde, de tendresse et d’amour. C’est tout le sens de la prédication du Royaume des Cieux, que vous retrouvez dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc. Car après la Pentecôte, ils se mettront en route, ébranlés dans leurs consciences, dans leurs vies, témoignant sous la motion de l’Esprit Saint, de ce qu’a été la prédication du Christ. Ce peuple qui écoutait, tous ceux qui avaient le cœur ouvert, était saisis par ce qu’avait dit Jésus, mystérieuse Présence manifestée par sa parole, ses miracles et ses actes. Et il fallait continuer sans lui, former l’Eglise, annoncer à temps et à contre temps, malgré les persécutions, qu’Il était venu, lui le Fils de Dieu, le montreur du Père, vivre parmi nous de son amour et surtout nous le faire connaître. Là où certains ne voyaientt qu’un homme bon et religieux, sachant bien s’exprimer, eux ils annonçaient le Christ sauveur, Celui par qui tout homme est introduit dans la famille de Dieu, pour devenir comme lui, fils et filles du Dieu vivant. Le baptême au Dieu Trinité en sera le signe, la consécration, l’aboutissement. 
Car il fallait le découvrir ce Messie, ce Fils de Dieu et c’était là, la difficulté majeure. La nature humaine de Jésus n’était pas « abstraite » ; il était soumis comme tout les autres hommes, aux contraintes de l’existence, sauf celle du péché. Il est inséré dans l’histoire concrète d’un peuple, le peuple de Dieu, son peuple, dont le long cheminement est rempli de péché. Il vient d’une famille, d’un village il a un métier, ses frères, c’est-à-dire ses cousins, sa parenté, sont connus. Autre difficulté, pour le recevoir comme le Messie de Dieu. Celui qu’ils attendaient viendrait d’une façon mystérieuse. Pourtant ils sont en attente du Messie, Sauveur ! Lisez la généalogie de Jésus, que donne Matthieu, placée en tête de son texte. Il l’insère dans ce peuple, et il ne craint pas de mentionner les noms de Thamar, qui se fit passer pour une prostituée ; de Rahab, espionne et pécheresse notoire, mais aussi de Bethsabée, séduite par David et mère de Salomon. Mais lui aussi, il est de la descendance de David et d’Abraham. Luc en revanche, va attendre que Jésus soit baptisé et que la voix venue du ciel dise : « Celui-ci est mon Fils bien aimé !», pour proposer sa généalogie, où il mentionne : « Jésus à ses débuts avait environ trente ans. Il était fils, « croyait-on », de Joseph, fils de Lévi, etc… pour en arriver à fils d’Adam, et à Fils de Dieu. Il le montre revenant du Jourdain, rempli d’Esprit Saint. 
Et nous-même, en ouvrant et en lisant le Nouveau Testament, nous pouvons suivre le cheminement des trois années de la vie du Christ. Il part pour annoncer la parole du Père, dire qu’il est son Fils et que Dieu et lui ne font qu’un. D’ailleurs allez ouvrir l’évangile de St Jean : tout le chapitre 14 est consacré à ce sujet. Il continue d’instruire les disciples sur son départ de la terre, leur promettant le Paraclet, l’Esprit de Vérité qui leur fera comprendre toute chose. 
Certains des disciples le regardent sans bien comprendre. Alors il leur redit, en insistant : « Le Père et moi nous ne faisons qu’un... ; il est bon pour vous que je m’en aille, car je vais vers le Père, et je pars vous préparer une place, puis je reviendrai vous prendre avec moi et là où je suis, vous y serez aussi. D’ailleurs pour aller où je vais, vous en connaissez le chemin ». 
Nous avons tous sur les lèvres, la question de Thomas : « Comment pourrions-nous te suivre vers le Père ; nous n’en connaissons pas le chemin. Et la réponse de Jésus : « Moi, Je suis le chemin, la vérité et la vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ». « Si vous me connaissez, vous connaissez aussi mon Père et c’est dès maintenant que vous le connaissez et que vous l’avez vu » ! Regard étonné des apôtres, vraiment ils ne comprennent pas très bien. 
L’un d’eux se permet de lui dire : « Montre-nous le Père et cela nous suffit ! ». Et pourtant, Pierre Jacques et Jean ont dû rapporter aux autres disciples, ce qui s’est passé sur le Thabor, le jour de la Transfiguration, quand ils ont entendu la voix du Père, mais c’est vrai qu’ils ne l’ont pas vu. 
Philippe, car c’est lui, vient d’oser la question. Et la réponse de Jésus est claire, limpide, vraie. Notez qu’il lui répond, comme avec un peu de tristesse dans la voix, comme en un reproche : « Depuis si longtemps que tu es avec moi Philippe, et tu ne me connais pas? Et comment oses-tu dire montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans la Père et que le Père est en moi… Croyez-le, à cause de ma parole et des œuvres que j’ai accomplies. » 
Plus besoin d’autres témoignages. Et pourtant ils abondent dans les synoptiques. Ouvrons Matthieu : premier témoignage venant de Jésus : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir », prévient-il en parlant de la Loi donnée par Dieu à Moïse. (5, 17) Etonnement de la foule : quand Jésus achève ses discours sur le Père céleste, la vraie prière, celle du Notre Père, l’approche des deux voies du Royaume, l’une très large, qui mène à la perdition, l’autre étroite, par laquelle il nous faudra passer pour entrer dans son Royaume, la foule qui l’écoute, est étonnée et frappée par son enseignement, « car il enseigne en homme qui a autorité et non pas comme leurs scribes » (Mt 7, 28). Et en envoyant ses disciples prêcher il leur dira : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». 
Les 10 miracles qu’il opère, témoignent qu’il n’est pas venu de lui-même, mais que c’est son Père qui l’a envoyé. Il a pitié des foules qui errent sans berger, lui le Serviteur de Yahvé à qui on demande un signe, pour croire et qui proposera en réponse, le signe de Jonas. 
Et pourtant, les disciples ne peuvent pas ne pas être au courant ! Ils savent très bien que ses prédications, ses guérisons même le jour de shabbat, le conduiront à la mort. Par trois fois, il annoncera sa passion. (16, 21-23 ; 17, 22-28 ; 20, 17-19). Evidemment le rejet le plus cruel, sera ressenti le jour de sa visite à la synagogue de Nazareth. « Aujourd’hui, leur dit-il, jour de shabbat, alors qu’il commente le texte d’Isaïe qu’il vient de lire, précise Luc… oui, aujourd’hui, devant vous, s’accomplit en moi ce passage de l’Ecriture »… « Un prophète n’est vraiment méprisé que dans son pays et dans sa propre famille » et là il ne fera aucun miracle, aucun signe qui aurait pu « prouver » sa puissance et sa filiation divine. 
Même son entrée à Jérusalem, où il est acclamé comme le Fils de David, comme un roi, par une foule nombreuse, sera très rapidement oubliée et fera place au douloureux trajet du chemin du Golgotha. Jésus portant sa croix sera conduit comme un agneau au sacrifice. Lui le Fils de Dieu, le montreur du Père, le témoin de son amour infini, il sera seul, délaissé par ses disciples qui ont fui, seulement accompagné par Marie, sa Mère, Jean, le disciple bien-aimé et quelque femmes fidèles. 
Pierre qui l’a renié, doit se rappeler l’avoir entendu dire : « Voici venue l’heure, et maintenant elle est venue, où vous serez dispersés chacun de son côté et vous me laisserez seul. Mais non, je ne suis pas seul, le Père est avec moi. Je vous dis ces choses, pour qu’en moi, vous ayez la paix. » (Jn 16, 31-33). 
Montre-nous le Père ! Question fondamentale. Qui n’a jamais eu envie de voir le Père, de voir Dieu, face à face, comme Moïse sur le Sinaï ? Tout l’Ancien Testament est dans cette expectative. 
Et pourtant il est venu celui qui nous le montre, c’est Lui, Jésus de Nazareth, mort sur la croix et ressuscité dans la gloire. « Comme votre cœur est lent à croire ce qu’ont annoncé les prophètes », dira Jésus ressuscité aux pèlerins d’Emmaüs. 
Et nous allons conclure cette méditation par ces phrases prises dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique : « Toute la vie du Christ est révélation du Père : ses paroles et ses actes, ses silences et ses souffrances, sa manière d’être et de parler, Jésus peut dire : « Qui me voit, voit le Père ». Notre Seigneur s’est fait homme, pour accomplir la volonté du Père, les moindres traits de ses mystères nous manifestent l’amour de Dieu pour nous », dira St Jean dans sa première lettre. (n° 516).
Et Paul aux Romains d’écrire : « Selon l’Esprit qui sanctifie, par sa Résurrection d’entre les morts, il a été établi comme Fils de Dieu dans sa puissance ». 
Ainsi avec les apôtres nous pouvons dire dans notre prière, reprenant le prologue de St Jean : « Nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père, comme Fils unique, plein de grâce et de vérité ». (Jn 1, 14). 
Oui, Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples, bien d’autres signes pour montrer le Père miséricordieux, signes qui ne sont pas consignés dans son livre, écrira le disciple bien-aimé. « Ceux-ci l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et pour que en croyant, vous ayez la vie en son nom ». (Jn 20, 30-31). 
Amen. 
                                                                      Mgr Jean-Pierre ELLUL


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