La parabole du Maître de Bonté.

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Homélie pour le  25ème dimanche – A -
21 septembre 2008 - basilique du Sacré-Cœur.

 

Frères et Sœurs,

Les pensées du Seigneur ne sont pas nos pensées.

Lui est Amour et miséricorde et nous, nous avons encore à tendre vers le bien, à purifier notre âme et nos vies  pour être conformes à l’Evangile. Lent travail d’intériorité, difficile à réaliser, mais qui nous permettra de ne pas juger sans savoir, de ne pas récriminer en nous comparant à l’autre, de ne pas être méfiant, intolérant et médisant.

En fait c’est cela la pointe de la parabole du Maître de bonté. Le vrai problème de celui qui s’offusque n’est pas l’uniquement la question d’un salaire juste, car il vient de recevoir ce qui lui était dû, ni même le désaccord venant de la générosité de celui qui l’a embauché. Sa vie se trouve ébranlée par autre chose : la comparaison existentielle dans laquelle il se situe vis-à-vis d’autrui. Il vit dans une compétition constante mais inavouée. Remarquez que nous vivons souvent cet état de chose.

On voudrait être « mieux » que celui que l’on côtoie et évidemment on aimerait que l’on nous dise : « Toi ? Mais tu vaux mieux que les autres. » Cela stigmatise et signale une division intérieure, un jugement impitoyable contre soi, un vrai sentiment d’infériorité. A vivre ainsi on passe à côté de l’amour que l’on doit avoir pour son prochain, et pour soi-même, étant toujours à se comparer à l’autre et à se trouver inférieur.

Alors que Dieu nous regarde avec des yeux remplis d’amour et d’attention. C’est lui qui prend l’initiative, qui nous appelle, qui nous invite à venir travailler pour l’annonce de son Royaume. Allons-nous être mauvais, parce que celui qui vient juste de se convertir, ressent le même amour de Dieu que nous, nous qui avons été fidèle depuis toujours ?

Et oui, on aimerait qu’il y ait une distinction, comme dans une famille de plusieurs enfants, quand l’un ou l’autre demande à leur maman s’il, ou elle est aimé, plus que les autres. Qui n’a pas dit dans son enfance : « Maman est-ce que tu m’aimes plus que (mon frère ou ma sœur) ? »

Et notre maman, quand nous avons le bonheur d’en avoir une, d’être aimé d’elle et de l’avoir encore en vie, ou notre père, nous répondent : « Mais je t’aime, tu le sais, je t’aime aussi bien et avec autant d’amour que ton frère ou ta sœur. »

Le contraire existe aussi, avec cette différence d’amour que l’on ressent. Ce manque d’amour, d’affection, de reconnaissance… Et quels ravages dans une vie, lorsque l’on se sent rejeté et non aimé ! Ne cherchez pas plus loin l’agressivité contre Dieu et contre les autres. Dès l’enfance, la comparaison s’installe et il faut un lent travail sur soi pour en sortir… Quand on en sort indemne !

Comment faire pour ne plus avoir cet œil mauvais, ce regard qui cherche à écraser, cette tendance à la critique et au jugement facile, au ton péremptoire qui démontre que l’on a toujours raison ?

Mais en relisant la Parole de dieu, en relisant cet évangile et en le traduisant dans notre vie.

Ils espéraient recevoir plus qu’un denier. L’ayant reçu sans plus, ils ne font pas appel à la bonté du maître pour avoir davantage. Leur mécontentement cherche un grief         

L’enseignement général qui ressort de cette parabole, vous l’avez compris ? Personne ne peut se glorifier des mérites acquis auprès de Dieu, pour se prévaloir sur un autre, un autre que Dieu peut combler de ses grâces, quels que soient ses mérites.

Si nous voulons aller plus loin dans l’approfondissement de l’interprétation, nous pouvons consulter les Pères de l’Eglise. Laissons St Augustin expliquer à ses fidèles d’Hippone quels traits de caractères il voit en eux et les appelants à la conversion des mœurs, leur propose de regarder l’autre avec amour et de ne pas le traîner au tribunal de l’évêque sitôt sortis de l’Eucharistie. Que devient le geste de paix qui a été donné ? Que devient le Corps et de Sang du Christ auxquels vous venez de communier ? Avez-vous donc déjà oublié que nous venons de célébrer le sacrement qui mène au Royaume et que chacun est appelé par Dieu, sans acception de personne, en toute liberté ? Son amour est le même pour tous.

Origène a deux interprétations : la première applique cette parabole à l’histoire de la Révélation ; la seconde à la conversion du pécheur et à la vie éternelle.

Les ouvriers de la 11ème heure qui disent : « Personne ne nous a embauchés », sont les gentils, c’est-à-dire les païens qui n’eurent pas de prophètes pour l’annonce prochaine du Royaume. Ils durent attendre la dernière heure pour être appelés au Royaume. Enfin appelés, ils se rendirent à la vigne et furent payés les premiers.

Autre explication : Origène souligne que le « jour » dont on parle dans la parabole, c’est la vie humaine ; les appels aux différentes heures, la conversion aux différents âges. Comme c’est l’ardeur de la foi qui compte, les derniers reçoivent le salut les premiers. Le Père de famille agit comme il veut ; aussi, beaucoup de derniers seront premiers et de premiers… derniers.

« Cherchez donc le Seigneur tant qu’il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin et l’homme pervers ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu qui est riche en pardon. »

Quelle autre conclusion pourrions-nous souhaiter, sinon celle que je prends  dans le livre d’Isaie que nous avons écouté en première lecture ?

Car pour nous, vivre c’est le Christ ; nous devons mener une vie digne de l’Evangile du Christ. Saint Paul nous donne la marche à suivre dans sa Lettre aux Philippiens. Menons donc une vie remplie d’amour et de bonnes œuvres.

Et après notre méditation, avoir refermé l’Evangile, retrouvons les textes si profonds donnés par notre pape Benoît XVI et faisons-en une lecture continue.

Source fraîche et désaltérante, eau pure et limpide, profondeur des propositions qu’ils nous a fait durant sa visite en France, mettant ses pas dans les pas des pèlerins du Jubilé de Lourdes.

Ses interventions et ses homélies à Paris et à Lourdes, vont nous permettre d’être abreuvés à cette eau de Vie Eternelle.

On est fier d’être chrétien ! Fier d’être du Christ, fier d’être catholique. Il nous a fait comprendre que dans l’Eglise, il y a une place pour tous. Que l’on peut être embauché à toute heure du jour ou de la nuit, car le Christ Jésus nous fait signe, nous envoie annoncer sa résurrection, nous aime et nous rétribue par l’amour qu’il met dans nos vies.

Et Marie est là, appelant à la conversion, à la prière, puiser et à boire à la source d’eau vive, regardant avec tendresse tous les malades que nous sommes.

Oui avec force et confiance nous continuons de travailler pour l’avancée du Royaume, sans aucune critique, sans aucune récrimination, mais avec ardeur.

Merci Très Saint-Père, de nous y avoir invité ! Amen.             J-P. Ellul

 

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