Carême 2006 - 3

Publié le par Mgr Ellul

Vendredi 24 Mars 2006

 « Jésus, Fils de Dieu »
3ème vendredi de Carême
24 mars 2006
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Quel est le plus grand de tous les commandements ?
Question essentielle ! Et la réponse de Jésus fait suite au retour des 72 disciples, qui rentrent de mission. Jésus leur a dit :
« Celui qui vous reçoit, me reçoit ; celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. (Mt 10, 40). Mais qui sont-ils pour aller prêcher le Royaume et de quelle autorité le font-ils ? Les Scribes et les Pharisiens n’en reviennent pas. Alors qu’il tressaille dans l’Esprit Saint, et « loue le Père, le Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché ces choses aux savants et de l’avoir révélé aux tous-petits » (Mt 11, 25) ; il invite les disciples à souffler un peu, à prendre du temps, ‘pour faire le point’, dirions-nous aujourd’hui et rendre grâce, pour l’Esprit qui agit en eux. Aux foules qui errent sans bergers, Jésus propose : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et qui êtes trop chargés : moi je vous procurerai le repos ». (Mt 11, 28-29). S’étant tourné vers ses disciples, il leur dit : « Heureux les yeux, qui voient ce que vous voyez ! Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne les ont pas vues, entendre ce que vous entendez et ne les ont pas entendues ». (Lc 10, 23-24). Et pour ne pas tomber dans la question piège que les Sadducéens viennent de lui poser sur la résurrection, après leur avoir expliqué que lorsque l’on ressuscite, on ne prend ni femme, ni mari et que Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, c’est alors que l’un des scribes pose la question du plus grand commandement.
Le texte de Marc note qu’il s’est rapproché du groupe des disciples, pour mieux entendre la discussion sur le règne de Dieu, la révélation du Fils, celle du Père, et le commentaire qu’en fait Jésus. (Mc 12, 28)
Un scribe ! Pour nous ce nom n’est qu’un nom. Pour les contemporains de Jésus, c’est un spécialiste officiel des Ecritures, et ce n’est qu’après de longues études, vers l’âge de 40 ans, que l’on est "ordonné" scribe ; cela leur confèrent une autorité dans les décisions juridiques et évidemment, pensent-ils, ni Jésus, ni de surcroît les apôtres, ont reçu cette formation poussée qui fait d’eux des maîtres. Durant ses trois années de prédication, Jésus leur reprochera leurs excès dus à leur science et surtout à leur souci des honneurs, « eux qui dévorent le biens des veuves, tout en affectant de faire de longues prières : ils subiront une sévère condamnation ». (Mt 12, 40). Quel est donc le plus grand de tous les commandements, dit le scribe ?
« Schéma Israël ! Ecoute Israël ! ». Reprenant le texte du Deutéronome, le Seigneur lui rappelle la prière que tout juif pratiquant doit faire, insistant sur l’amour que l’on doit à Yahvé, prière que l’on gravera dans son cœur, paroles qui seront attachées à la main comme un signe, sur le front comme un bandeau, et sur les linteaux des portes. C’est Yahvé qu’il faudra craindre et dont on bénira le nom.
Et aussitôt Jésus introduit le second commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ! » Ceux qui l’écoutent le regardent interrogatif ? Doit-on ne plus souscrire à la loi du Talion ? Certainement pas, car les temps sont accomplis et en réponse aux murmures qui se sont fait entendre, Jean, dans le discours après la Cène vient nous dire en écho : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Oui, comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples ; à cet amour que vous aurez les uns pour les autres ». (Jn 13, 34-35).
Faire cela, rétorque le scribe, qui a compris le message de Jésus, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices ! « Tu n’est pas loin du Royaume de Dieu », lui dit Jésus. (Mc 12, 34). Le Royaume ! Le Royaume de Dieu, le Royaume des cieux ! Jésus est venu comme annonciateur de ce royaume, car il est le Fils du Père, le Fils de l’homme, le Fils de Dieu.
Désormais la question, la vraie question, celle qui court dans tous les textes des évangiles, qui est sur toutes les lèvres, dans tous les esprits, "la question" qui lui sera officiellement posée le soir de son arrestation, lorsqu’on l’emmène devant le Sanhédrin, le Grand-Prêtre lui demande : « Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? » (Mc 14, 61). Muet devant lesaccusations portées contre lui, Jésus répond : « Toi-même tu le dis ; désormais, je vous le déclare, vous verrez le Fils de l’homme, siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel ». (Mt 26, 64) Le Grand-Prêtre déchirant ses vêtements signera sa condamnation.
Car Jésus s’est affirmé comme le Fils de l’homme, comme le Fils de Dieu. C’est un blasphème ! Pourtant ils savent qu’Ezéchiel en parle. Même les démons, alors qu’il guérissait les possédés le criaient : « Tu es le Fils de Dieu ». Et l’apôtre Pierre : « Toi, tu le Fils du Dieu Vivant ». Jésus venant à Béthanie, Lazare étant mort, s’entendra répondre par Marthe : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, celui qui doit venir en ce monde » (Jn 11, 27),
L’idée d’une filiation divine ne se présentait pas à l’esprit de ses contemporains. Même les disciples, à qui Jésus reproche leur lenteur d’esprit ! Ils ont entendu et vu les interventions divines, que ce soit lors du baptême ou à la transfiguration, lorsque du ciel la voix dit : « Celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez-le. » (Mt 17, 1-8.
Ils en comprendront le sens plus tard, quand il sera ressuscité. Dans sa 2ème lettre, Pierre écrira : « Il reçut en effet, de Dieu le Père, honneur et gloire, lorsque la Gloire pleine de majesté lui transmit une telle parole (…) Cette voix, nous l’avons entendue ; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte ». (2P. 1, 17-18).
D’autant que Jésus avait pleine conscience du mystère de sa divinité. Le prologue de l’évangile de Jean, nous en donne la clef : « Le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous. » (Jn 1, 14). Remarquez dans ses discours le souci qu’il a de dire : « mon Père » et « votre Père », pour se distinguer nettement des disciples. Et à partir du chapitre 10 de Jean, c’est un débat qui s’institue et qui révèle le Fils du Père. « Le Père et moi nous sommes Un ». (Jn 12, 44). « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui nous l’a fait connaître » (Jn 1, 18).
« Le Père lui-même vous aime, parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti du Père et venu dans le monde. Maintenant je quitte le monde et je vais au Père. Ses disciples lui dirent : « Enfin, tu nous parles clairement et sans figures ! Nous voyons maintenant que tu sais tout ; plus besoin qu’on t’interroge. Cette fois nous croyons que tu es sorti de Dieu » (Jn 16, 29-30). Sur la croix il dira, dans ses dernière paroles : « Père je remets mon âme entre tes mains ». (Lc 23, 46).
Ouvrons la lettre de Paul aux Romains. Nous y lisons ceci : « De fait, chose impossible à la Loi, que la chair rendait impuissante, Dieu, en envoyant son propre Fils, avec une chair semblable à celle du péché, et en vue du péché, a condamné le péché dans la chair, afin que la justice de la loi, en nous, dont la conduite n’obéit pas à la chair, mais à l’Esprit ». « Il a été établi Fils de Dieu, avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts… » (Rm 1, 4).
Et Paul va plus loin. La controverse dont témoignent ses lettres de captivité, l’amène à utiliser les textes sapientiaux, pour traduire le mystère de cette filiation divine. En Colossiens : «Vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Il nous a en effet arraché à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils-bien aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés. » (Co. 1, 12-13).
Son Fils, sa sagesse qui préexistait en lui, avant toute créature, Dieu l’a envoyé pour faire de nous tous ses enfants. Et par le baptême nous devenons nous-même semblables à Lui.
Nous avons perçu en cette 3ème semaine de Carême, comment les évangélistes et Jean en particulier, mais également Paul et l’Epître aux Hébreux, ont tenté d’expliquer la réalité et l’origine de ce fait inouï. « Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutiens l’univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, devenu d’autant supérieur aux anges que le nom qu’il a reçu en héritage est incomparable au leur ». (Heb 1, 3-4).
Le Fils a été envoyé pour que nous devenions enfants du Père, enfants de Dieu, dans une participation réelle, totale donnée au baptême avec la grâce sanctifiante. « Celle-ci nous rend capable de croire en Dieu, d’espérer en Lui et de l’aimer par les vertus théologales ; elle nous donne également le pouvoir de vivre et d’agir sous la motion de l’Esprit Saint par ses propres dons ; enfin elle nous permet de croître par le bien des vertus morales » (Caté Ecc Cath. n° 1266). Voilà ce que fait en nous le baptême, qui nous configure au Christ et fait de nous tous, les enfants du Père, héritiers de son Royaume.
Je crois que nous pouvons conclure cette méditation de carême avec les mots même du Centurion, disant dans notre cœur comme en une prière, et regardant le Christ en croix : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ». Amen. 

                                                                  Mgr Jean-Pierre ELLUL

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