carême 2006 - 2

Publié le par Mgr Ellul

Vendredi 17 Mars 2006

« Jésus, Pierre Angulaire ! »

 2ème homélie de Carême

 

 

 

17 mars 2006  

Jésus regarde désormais vers Jérusalem, le centre de la nation. Il voit le Temple, pierre de touche de sa mission. La pâque de l’an 28 est maintenant toute proche. Partout en Galilée des caravanes s’organisent, pour mener les pèlerins dans la métropole. Accompagné de ses disciples, Jésus se joint à l’une d’elle. Par la vallée du Jourdain il se dirige vers Jérusalem.  

Et voici le Temple, quadrilatère de portiques massifs de 25 mètres de côté, bâti sur une butte escarpée. Au centre, une vaste esplanade où s’élève le sanctuaire de Yahvé. Il y est souvent venu. La toute première fois porté par ses parents, il avait quarante jours. Puis pour de nombreux pèlerinages.  

C’est aujourd’hui un homme qui y entre dans le Hiéron, par la porte de Nicanor, aux lourds battants de bronze. Quand il passe, certains, ayant entendu la prédication du Baptise disent : « C'est Jésus, le prophète de Nazareth.» (Mat. 21, 2). Mais la visite va se terminer en pugilat. En voyant le tourbillon bigarré et bruyant de la cour intérieure, les troupeaux entier de bêtes bramantes ou bêlantes destinées au culte sacrificiel ; en entendant les discussions et les propos acerbes qu’échangent sous les portiques, Pharisiens et Sadducéens, Jésus, révulsé ramasse des cordes qui servent à entraver les animaux et en tresse un fouet.  

Il fustige les bouviers, bouscule les changeurs, dont les monnaies roulent dans la poussière, apostrophe jusqu’à ces marchands de colombes, dont un couple le racheta : « Otez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père, une maison de trafic » (Jn 2, 16). « Il est écrit que ma Maison, sera appelée la maison de prière pour tous les peuples et vous en faites une caverne de voleurs ! ». Ses disciples se souviendront qu’il est écrit : « Le zèle de ta maison me consumera ». Stupéfaction ! Désordre ! Les marchants appellent la garde. « De quel droit, défends-tu ce que les chefs autorisent ? Quels signes peux-tu montrer pour légitimer ta violence ?  

            « Détruisez ce temple, crie-t-il, dans son indignation. Et moi, en trois jours, je le rebâtirai ». Ils lui dirent : « On a mis quarante six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverai ? Témoin oculaire, Jean dit que Jésus désigna alors sa poitrine, pour signifier qu’il parlait de ce temple-là. (Jn 2, 21).  

            Le Temple, la maison de Dieu, le Saint des Saints, devant lequel se trouve l’autel pour offrir les sacrifices. Il est le point de jonction entre Dieu et le monde. Et les pierres à bâtir ces autels, on en trouve une première mention dans le livre de la Genèse, après le déluge, lorsque Noé sortit de l’arche. « Noé construisit un autel à Yahvé, il prit tous les animaux purs et de tous les oiseaux purs et offrit des holocaustes sur l’autel ».(Ge. 8,20).  

La seconde construction de pierre, dont il est fait mention, c’est la tour de Babel ; une troisième se trouve dans l’Exode, après que Moïse soit descendu du Mont Sinaï : « L’autel sera en terre. Si tu me fais un autel de pierres, ne le bâtis pas de pierres taillées, car en le travaillant au ciseau, tu le profanerais ». (Ex. 20, 25). Au fils des pages on voit le peuple de Dieu, élever autels et sanctuaires, jusqu’au jour de David. Dieu ne lui permit pas de le réaliser. Salomon construira le Temple, que les Armées de Nabuchodonosor détruiront. L’intérieur du temple était entièrement recouvert de bois de cèdre. De même l’autel de réconciliation, des holocaustes et celui des parfums sera en bois d’acacia, annonçant déjà le bois de la croix où sera cloué le Seigneur.  

 Le peuple de Dieu part en exil à babylone. Désormais le Temple, démoli, ce sera eux ; il sera remplacé par chacun des juifs croyants. Et lorsque Cyrus les renverra dans leur pays, alors ils relèveront le lieu sacré de la demeure de Dieu parmi les hommes. (Es. 6, 1-22). Mais désormais, les temps sont accomplis. Après que Dieu ait envoyé ses prophètes, il vient, celui qui est le véritable Temple. Ainsi on aura plus besoin d’adorer à Jérusalem ou sur le Mont Garizim. Il est là, parmi nous, celui qui est le Temple trois fois saint.  

« Quiconque vient à moi, et écoute mes paroles et les met en pratique, dira Jésus, ressemble à un homme qui bâtit sa maison. Il a creusé, est allé profond et pose le fondement sur le roc. Une inondation survient ; le fleuve s’est rué sur cette maison et il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. Mais celui qui écoute mes paroles et ne les mets pas en pratique, est semblable à celui qui à bâti sa maison sur le sable, les torrents ont dévalés et aussitôt elle s’est écroulée, et sa ruine a été complète ». (Lc, 6, 47-49).  

Rappelons-nous qu’il demandera un jour à ses disciples, en allant sur le chemin qui les conduisaient vers la ville de Césarée de Philippe : « Qui suis-je, au dire des gens ? ». Pierre répondra : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ». Et Jésus de lui dire : « Tu es heureux, Simon, fils de Bar-iona , car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi je te dis : tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise et les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur toi. Je te donne les clés du royaume des cieux… ». (Mt, 16, 13-19).  

C’est trois jours avant son arrestation, que Jésus parlant des vignerons homicides, sait parfaitement qu’il sera mis à mort pour avoir annoncé la Parole du Père, et prendra prétexte de cette parabole pour leur dire : « Il fera périr misérablement ces misérables ». Car en fait, les Shanédrites à qui il s’adresse, croient que les vignerons homicides doit il parle, ce sont les Romains qui occupent le pays et dévastent la vigne d’Israël. Alors que c’est d’eux dont il parle, et les regardant il leur dit : « N’avez-vous pas lu dans les Ecritures, et leur citant le Psaume 118 : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille à nos yeux ? ». (Ps 118, 22-23).  

Nous avons ici, le rappel d’une prophétie messianique de la plus grande importance. Pierre l’a redira de nouveau dans le Temple, après la résurrection de Jésus, devant le Sanhédrin alors qu’un impotent de la porte, appelée « la Belle », est guéri. (Ac 3, 11-12).  

Oui, la pierre ont il est question dans l’Ecriture, c’est le Messie, c’est Jésus de Nazareth. Les architectes d’Israël, ceux qui gouvernent le peuple, n’ont pas voulu la faire entrer dans leur construction, mais Dieu, sans qui rien de solide ne s’édifie, en a jugé autrement. Il a fait de son Christ Jésus « la pierre d’angle », celle sur laquelle les murs reposent et s’appuient l’un à l’autre. Et c’est là une œuvre merveilleuse, dont l’origine divine éclate aux yeux de tous.  

C’est pourquoi à cause de l’infidélité et de la réprobation que cette infidélité a provoquée, les juifs vont cesser d’être l’expression sociale du Royaume de Dieu sur terre. Celui-ci se verra transféré à une autre nation, celle des Gentils et elle saura donner à Dieu les fruits qu’il attend de la vigne. Car non seulement il faut reposer sur cette pierre, pour être solidement fondé, mais malheur à qui se heurte contre elle. Malheur à celui sur qui elle tombe !  

Les prêtres et les Pharisiens, entendant ces paraboles comprirent enfin que c’était d’eux, dont Jésus parlait ; et ils cherchaient à s’emparer de lui, mais ils craignaient la foule, parce qu’elle le tenait pour un grand prophète. Voilà des mois qu’ils avaient résolu de le perdre. Lors de la fête des Tabernacles, ils avaient bien envoyé des valets du Temple pour se saisir de lui, mais ceux-ci revinrent en disant : « Jamais homme, n’a parlé comme cet homme !». (Jn 7, 45-46).  

C’est vrai qu’une force sort de lui. « Qui m’a touché » dira-t-il un jour, se laissant rejoindre par la femme atteint d’un flux de sang et qui tendant la main vers la frange de son manteau, venait d’être guérie. C’est dans le Temple, alors que depuis le matin il enseigne, qu’il dira en présence de la femme adultère : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre… ! Et qu’il la renverra en lui disant : « va et ne pèche plus ».  

Là également, qu’il mentionnera sa véritable identité, durant la fête de la Dédicace, un 20 décembre de l’an 29, sous le portique de Salomon. Lorsque les juifs lui demandent : « Jusque à quand vas-tu nous tenir en haleine ? Si tu es le Christ, dis-le-nous ouvertement !». Jésus leur répondit : « Je vous l’ai dit et vous ne me croyez pas. Les œuvres que je fais, au nom de mon Père, témoignent pour moi… Le Père et moi nous sommes un ». (Jn, 10, 22-28).   

A l’occasion de l’allégorie de la vigne et des vignerons homicides, les Pères de l’Eglise n’ont pas manqué de célébrer le triomphe de la miséricorde divine. Mis en échec par la défection des juifs, elle s’exercera plus magnifiquement que jamais, en envoyant ceux que la synagogue avait rejetée, jusqu’aux extrémités du monde connu, porter le salut aux païens.  

La pierre devait être rejetée, elle aussi par les bâtisseurs du monde païen. Mais l’amour de Dieu finit toujours par l’emporter et la pierre écartée, devait devenir la pierre de faîte.  

Sur la route de Jéricho, alors qu’on est venu pour se saisir de lui et qu’il leur échappe encore, alors que la ville sainte disparaît à ses yeux, il se retourne et dit : « Jérusalem, Jérusalem ! Toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme un oiseau rassemble sa couvée sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ! ».  

Il voit le pinacle où le démon tentateur lui avait dit : « Jette-toi en bas, car il est écrit, je donnerai l’ordre aux anges de te soutenir, pour que ton pied ne heurte la pierre ». Fais que ces pierres deviennent du pain ! ». « Arrière Satan, répondra Jésus , opposant l’obéissance au Père, plutôt que son propre vouloir. Le Père et moi, nous sommes un ! ». (Mt. 4, 3-10).  

Jésus est surnommé le roc, la pierre d’angle de l’Eglise. Le ciel et la terre passeront, ses paroles ne passeront pas. En qualité de maçon, aussi bien que de charpentier, Jésus faisait sentir la force de ces similitudes à ses disciples et à la foule qui l’écoutait.  

Dans la Nouvelle Alliance, le Christ est à la fois l’autel, comme Dieu, la victime et le prêtre en tant qu’homme. Rappelons-nous l’une des préfaces pascale : « Tous les sacrifices de l’Ancienne Alliance, parviennent à leur achèvement ; et quand il s’offre pour notre salut, il est à lui seul l’autel, le prêtre et la victime ».(5ème préface de Pâques).  

De nos jours, l’autel sur lequel nous célébrons l’eucharistie est ce roc, que nous vénérons, que nous embrassons, que nous encensons, qui est consacré. C’est le Christ, présent au milieu de nous par la Parole et le Pain Eucharistique.  

Concluons par un extrait de la première lettre de Pierre : « Approchez-vous du Seigneur, il est la pierre vivante que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie parce qu’il en connaît la valeur… Vous aussi, soyez des pierres vivantes qui servent à construire le sacerdoce saint ». (1Pr. voir tout le texte 2, 4-10).  

Pensons au Saint Curé d’Ars, qui passait toute la nuit en prière sur les marches, devant l’autel de son église. Comme lui, regardons l’autel du Seigneur, pour nous offrir nous-même « en offrande qui soit agréable à Dieu». Ici il a construit pour sa gloire, le temple vivant que nous sommes, l’Eglise universelle, pour que se constitue le Corps du Christ et que cette œuvre s’achève en vision de bonheur dans la Jérusalem céleste. » (Extraits de la préface de la Dédicace).  

« Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse et celui qui se confie en elle, ne sera pas confondu ». (Pr.2, 6).  

Le temps de carême nous en donne la possibilité. Ne la négligeons pas. Amen. 

 

Mgr Jean-Pierre Ellul

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