60 ans de Sacerdoce du Père Maurice AVRIL de Salérans

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Jubilé du Père Maurice AVRIL

pour ses 60 ans de Sacerdoce

en la basilique du Sacré-Cœur de Marseille,

28 juin 2008

 

Après l’Evangile, Mgr Jean-Pierre ELLUL, présente ses vœux au Cher Père Maurice Avril et invite le Père Jean-Claude Duhoux à prendre la parole au cours de la messe solennelle pour le 60ème anniversaire de  son sacerdoce.

 

Cher Père Avril,
Quelle joie de vous voir célébrer le 60ème anniversaire de votre sacerdoce dans notre basilique du Sacré-Cœur de Marseille. Lorsque que le Comité d’organisation me l’a demandé, j’ai immédiatement accepté. Ils se sont mis au travail et n’ont pas ménagé leur peine.En cette Eucharistie solennelle, nous pensons bien évidemment à vos Chers Parents, et aux membres de votre famille, retournés dans la paix du Royaume. J’ai demandé au Père Jean-Claude DUHOUX, curé d’Endoume, qui a été votre élève et votre fils spirituel, de prendre la parole, et je l’en remercie. Que Notre-Dame de la Sainte Messe, Notre-Dame d’Afrique, Notre-Dame de Salérans, continue de demander au Christ Jésus, de vous conduire toujours et encore sur le chemin de l’Evangile, pour dispenser la Bonne Nouvelle, comme vous le faites, dans la fidélité à l’Eglise, que ce soit dans notre pays et au Liban, où tous ceux qui animent le Centre de l’Ave Maria, s’unissent en cet instant, à votre messe d’action de grâces. Que le Seigneur vous comble de ses bienfaits.(J-P Ellul)

 Interventions du Père Jean-Claude DUHOUX , CURE D’ENDOUME

« Aeterna Christi Munera » Cette messe à quatre voix de Palestrina, fut l’une des premières œuvres  apprise et chantée par les Rossignols du Rhumel, dès votre arrivée au séminaire de Constantine…

            Les éternels bienfaits, les éternelles grâces du Christ…Et aujourd’hui, en cette basilique du Sacré Cœur de Marseille, vous nous conviez pour rendre grâce à Dieu, pour célébrer, avec vous, les merveilles du Seigneur. En célébrant votre Jubilé, vos 60 ans de sacerdoce, vous voulez célébrer, cher Père, la beauté du sacerdoce, la grandeur du sacerdoce.

« Viens, suis-moi ! » L’appel du Seigneur, vous l’avez entendu très tôt, au sein de votre famille : « Dès le sein de ta mère, je t’ai appelé… ». Tout jeune, vous avez été attiré par les marches de l’autel, en servant la messe au jeune  abbé Aquilina. Vous avez ouvert votre cœur à ce Dieu qui réjouit votre jeunesse…

Celui qui est saisi par le Christ, sait – comme saint Paul – en qui il a mis sa confiance. Il sait qu’il doit être capable, comme l’écrit saint Pierre, de rendre compte de l’espérance qui est en lui. Il sait qu’il doit être transparent à l’amour de Dieu qui demeure en lui. «  L’amour du Christ a été répandu dans vos cœurs… » Il sait que, malgré son péché, malgré ses mains fragiles, passe par lui la Grâce divine. Il sait qu’il agit au nom du Christ, « in Persona Christi. » Il sait qu’il ne s’appartient plus : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. ». Il sait qu’il devient « père » d’une multitude de fils, dans l’unique sacerdoce du Fils Bien Aimé.

Cher Père, c’est cette Grâce du Christ qui vous habite, qui est votre force…  Partout où vous êtes passé, vous en avez témoigné, vous l’avez communiqué, et vous la rayonnez. Le saint Curé d’Ars disait : «  Vous ne pouvez pas vous rappeler un seul bienfait de Dieu, sans rencontrer, à côté de ce souvenir, l’image du prêtre…. Le Sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus.

 

 En

 


Au cours du repas, pris dans la joie
dans la salle à manger
du Collège Mazenod,
le Père Jean Claude Duhoux
s'adresse au Père Maurice Avril

En juin 1954, les séminaristes de Constantine apprennent qu’ils vont avoir un nouveau directeur, nouveau professeur de chant et de musique…Mais les vacances sont là !...

            A la rentrée, en octobre, les questions fusent : -« Alors, vous l’avez vu ? Comment est-il ? A quoi ressemble-t-il ? »… N’écoutant que ma curiosité, je monte au 2ème étage du grand séminaire et frappe à la porte, près de la terrasse. Une voix venue de loin me dit : « Entrez ! » Mais que vois-je ?... Enveloppé dans une grande cape, une longue écharpe enroulée autour du cou, le béret enfoncé jusqu’aux oreilles… « Bonjour ! J’étais au séminaire d’Oran, je viens à Constantine pour y achever ma vie ! ». Eh ben, çà promet !...C’est ainsi que je fis votre connaissance, cher Père Avril, il y a 54 ans, c’est presque un jubilé. En tout cas, la source de grandes joies à venir…Car les apparences sont trompeuses, et vous n’avez pas achevé votre vie à Constantine. Au contraire, vous avez bouleversé la nôtre, car vous n’avez laissé personne indifférent.

En peu de temps la vie du séminaire fut transformée. Les premiers à être bousculés par vos initiatives furent le supérieur et les professeurs. En organisant la chorale, vous avez souhaité que les grands séminaristes forment les ténors et les basses. Qu’il y ait donc un rapprochement entre les deux séminaires, chose impensable à l’époque… Mais les réticences furent vaincues…Très vite les voix se formaient, se travaillaient ; les premiers motets, les premiers cantiques de Noël : « O Jesu Christe », « Dans une étable obscure », l’Ave Maria de Vittoria, une Messe de Palestrina…Car vous aviez un rêve, vous nous réserviez une surprise : notre chorale du séminaire devenait la Manécanterie des Rossignols du Rhumel, affiliée aux Petits Chanteurs à la Croix de bois, rejoignant les « Pueri Cantores », chantant dans le monde entier.

Vous avez apporté aux fêtes de Noël que nous passions, au séminaire, loin de nos familles, un éclat tout particulier. Nous retrouvions la joie profonde de la Nativité. Le réveil en musique, avec quelques gâteries dans les pantoufles, avant la Messe de Minuit chantée en polyphonie, suivie d’un réveillon fraternel et joyeux, qui nous réunissait, grands et petits séminaristes, avec les professeurs dans un réfectoire, décoré, illuminé… Nous avions chaud au cœur ! Chaque année, sans doute sous le regard amusé de votre parrain d’écriture : Sacha Guitry, vous écriviez une pièce de Noël que nous donnions, en deux séances dans la grande salle paroissiale d’El Kantara : - Noël, ce soir c’est Noël, Et in terra pax, Quitte ou double, Sens unique

C’est la nuit de Noël. Ne me dis plus que cette nuit ressemble aux autres. Tu ne la retrouveras jamais qu’une fois l’an ! O nuit de halte, de trêve, d’attention ! Nuit, la seule fois l’an peut-être. Où tu lèves la tête à la recherche d’une étoile !... Merci, cher Père pour ces merveilleux noëls !

Bientôt, des concerts à Constantine, au Sacré Cœur, à l’UP, l’université populaire. Mais surtout les inoubliables Journées des Vocations dans tout le diocèse, auxquelles vous avez tenu à nous associer, parce séminaristes et parce que chanteurs… Ainsi de ville en ville, de paroisse en paroisse, en car, nous sommes allé à Constantine, bien sûr, Bône, Philippeville, Guelma, Bougie, Bordj-Bou-Arreridj, Saint Arnaud, Télergma…, interprétant la pièce écrite par vous, spécialement pour les Vocations : « Sacerdoce Alléluia ! ».

 

            Ces déplacements bousculaient certainement le règlement et les programmes scolaires du séminaire, mais ils étaient attendus, préparés et vécus comme un plus dans la formation, un enrichissement humain et spirituel. Nous rencontrions des communautés paroissiales diverses, vivantes. Nous étions accueillis dans des familles chaleureuses. Les aviateurs de Télergma nous reçurent avec enthousiasme, la Messe chantée dans un hangar d’avion, sous la coupole d’un parachute, le repas pris avec la troupe à la popote, suivi de la visite de la base, puis un concert de remerciement. Par nos chants, nous apportions un peu de fraîcheur, un peu de réconfort… L’Algérie s’enfonçait dans l’épreuve et la souffrance… Et la France écrivait la page la plus sombre de ses reniements, jusqu’à perdre son âme.

 Et

En août 1955, nous avons dû quitter la colonie de vacances  des Bénians, perdue dans les montagnes près de Mascara ; notre sécurité n’était plus assurée. D’ailleurs, les Rossignols du Rhumel n’ont pas été épargnés par les attentats : le jour de Noël 1955, Marc Guibert, un alto, est tombé à 15 ans, le corps criblé de nombreux impacts de grenade, dans le Sud, à Corneille, en pleine réunion familiale…En 1956, Père Avril, vous nous avez sorti de votre éternel béret, une nouvelle surprise : « Les Rossignols du Rhumel sont inscrits au Congrès International des Petits Chanteurs, du 4 au 9 juillet 1956, à Paris ! »… Répétitions intensives des chants qui seront exécutés par les 6000 chanteurs, dirigés par Mgr Maillet. Nous sommes 37 à nous envoler vers Paris. A peine arrivés, Mgr Maillet nous dit : « Demain, vous passez à la Télévision ! » Et tout s’enchaîne : la Maréchale Leclerc nous reçoit à sa table et nous montre les souvenirs du Général… Concert des Nations au Palais Chaillot, Réception à l’Hôtel de Ville, Grand-Messe pontificale, célébrée par le cardinal Feltin, au Vel d’Hiv, en présence du Président Coty…


           
Visite du château de Versailles, Cérémonie à l’Arc de Triomphe, avec la Garde Républicaine, Grand-Messe d’adieux  au Palais des Sports avec les familles qui nous ont accueillis…Heureuse fin me direz-vous ? Mais pas du tout, ce n’est pas fini ! Vous le savez, quand le Père Avril a une idée et Dieu sait s’il en a !, il ne fait rien à moitié. On ne sait pas comment il fait, mais il le fait. Et nous voilà embarqués dans la Gazelle, notre pullman, avec Mr Victor, le chauffeur, pour notre tour de France : De Paris, par les Châteaux de la Loire, nous descendons sur Dax, patrie de saint Vincent de Paul, Pau, Lourdes (mini pèlerinage), Montpellier, Nice, Menton et la Frontière… Et puis, notre tour d’Italie : Milan, Venise, Florence, Rome, audience du Pape Pie XII à Castel Gandolfo, messe célébrée aux catacombes sur la tombe de sainte Cécile, Naples, Pompéi, puis le retour par Pise, Gènes, Turin, la Frontière au Pont Cenis, chant de La Marseillaise, avec votre harmonisation, pour les douaniers, dans un vent glacé. Arrivée  à Saint Nicolas la Chapelle, à 10 Km de Megève, pour 1 mois de colonie de vacances.  Le 5 septembre, retour en avion à Bône.


Une nouvelle question se pose : Où aller pour les prochaines colonies de vacances ? Quelques recherches, quelques propositions… Et vous nous annoncez, Père Avril : « J’ai trouvé une maison dans un petit village, au sud des Hautes Alpes, le bout du monde, après des gorges étroites et sinueuses, Salérans, à 700 m. d’altitude… grands espaces, lavandes, bois…

Salérans, avec les merveilleuses colonies à thème, les grands jeux, les veillées et les feux de camp qui s’achevaient chaque soir par un épisode de l’histoire, avant la prière, messes chantées du dimanche pour la plus grande joie des habitants du village. Mais bientôt, vous donnez à Salérans une autre dimension : l’accueil, dans l’urgence… Car le temps de l’arrachement arrive. Il faut quitter l’Algérie, lâchée, abandonnée, trahie, malgré les promesses, les engagements. Nous nous sentions vraiment compris ! Quitter un pays qu’on aime et qui ne nous aime plus, pour aller dans un pays qu’on aime et qui ne nous aime pas…


On vous confie des enfants seuls, des personnes à la dérive, qui ont tout perdu. Je pense à ce vieux monsieur qui ne se séparait jamais de son unique bien : un tableau de peinture qu’il serrait contre lui… des familles de harkis que vous installez dans des maisons restaurées du village, et puis nous, les quelques séminaristes de Constantine et de Bône, regroupés autour de vous : Jean Marie, Yvon, Serge, Bernard, Jean Pierre… Nous avons continué avec vous notre formation : philo, théologie, Ecriture Sainte, loin du bruit et de l’agitation qui secouait l’Eglise de France… Et comment ne pas évoquer, ce 15 août, avec la prise de soutane de Jean Pierre, journée de joie et ferveur, clôturée par un inoubliable son et lumière : Pour que vive le Seigneur…Vous nous envoyez, deux par deux, pour prier et célébrer la Semaine Sainte dans les villages voisins qui sont sans prêtre…Vous nous amenez à Jausiers, Sisteron, le Logis d’Anne, visiter les familles de harkis, parquées dans des baraquements de fortune… Quelle joie et quel réconfort pour vous que la visite du Bachaga Boualem, en plein hiver, pour la Diffa, cette grande fête, ces méchouis pour des milliers de personnes, dans ce petit village de 70 habitants, avec la participation de la Légion…

Ce n’est pas un rêve, c’est une histoire que nous avons vécue et qui nous a forgés ! Et vous n’arrêtez pas, cher Père, vous sillonnez la France pour dire partout que les musulmans, surtout les Harkis qui ont fuit l’Algérie, ont le droit de rencontrer le Christ, de retrouver leurs racines chrétiennes, descendants des Cyprien, Augustin, Monique, Perpétue et Félicité., Jacques et Marien, martyrisés à Constantine, dans les gorges du Rhumel. La hiérarchie vous oppose des refus pour le baptême de familles ou de leurs enfants. Surtout, il ne faut pas faire de vague…Le temps presse, le Liban souffre, vous accueillez des petits libanais, bien encadrés, pour leur scolarité, pendant 8 ans… Et puis, vous partez au Liban continuer sur place ce qui a commencé à Salérans… Et vous construisez un dispensaire, une école, une église, sous le patronage de Notre Dame, toujours, car la Vierge Marie ne vous a jamais quitté. Elle a toujours accompagné votre vie sacerdotale, soutenu votre ministère…


Cher Père Avril, en fermant les yeux, je vous imagine, en digne fils de saint Vincent de Paul, et comme lui, assis en face de la reine Anne d’Autriche, devant la cheminée, conversant sur le tard de leur vie, et donnant à la question de la reine la même réponse : « - Vous qui avez déjà tant fait, Monsieur de Paul, Que faut-il faire dans une vie, pour faire quelque chose ?    - Davantage, Madame ! »Merci, cher Père, que le Seigneur continue de bénir ce que vous êtes, ce que vous faites, pour que vive le Seigneur, pour qu’il grandisse dans les cœurs !

Merci, cher Père Avril ! 

Père Jean-Claude DUHOUX, Curé d’Endoume à Marseille.

 

 

 

 
































Le Docteur Traclet s'adresse au Père Avril.















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