1er dimanche de Carême

Publié le par Mgr Ellul

Frères et sœurs,
Depuis mercredi nous sommes en carême. Temps de pénitence et de prière intense. Par le choix des lectures, la liturgie de ce premier dimanche nous donne une idée de ce que doivent être pour nous ces semaines de méditation et d’oraison. Les efforts qui nous sont demandés durant ce temps de préparation à Pâques, les sacrifices auxquels nous allons consentir et que nous avons promis de réaliser en recevant les Cendres, n’ont d’autre objet que celui de nous faire pénétrer dans le mystère même du Christ pour essayer d’en vivre.
Comment nous mettre loyalement à l’écoute de Jésus ? Sommes-nous résolus à lutter contre le mal qui est en nous pour en extirper les racines de l’orgueil, de la paresse, de l’égoïsme ?
Dans la première lecture du livre de la Genèse, le déluge fut le châtiment du péché. Mais Dieu reste fidèle et il veut établir une communication directe entre le ciel et la terre. Ce sera le symbole de l’alliance conclue entre Dieu et l’homme. Et quelques soient nos péchés et les péchés du monde, il y aura toujours en lui la volonté positive de nous sauver. Car il est l’Amour infini. Aussi met-il son arc-en-ciel entre le ciel et la terre.
Pourtant nous ne sommes pas à l’abri des faux-pas du péché de nos infidélités. Le chemin que nous avons à emprunter est celui de Dieu et les chemins du Seigneur sont « amour et vérité » pour tous ceux qui gardent son alliance. Demandons au Seigneur d’oublier les révoltes de nos vies, de ne plus se souvenir de tout ce qui nous détourne de lui. Faisons-lui confiance, il nous montre le chemin.
L’apôtre Pierre dans sa première lettre, nous fait toucher du doigt que cette arche de Noé était la préfiguration de notre salut, lorsque le Christ viendrait et qu’il souffrirait pour le pardon de nos péchés. Huit personnes en tout, furent sauvées, mais par sa résurrection le Christ viendra sauver toute l’humanité et tous ceux qui recevront le baptême au nom du Christ, puis de la Sainte Trinité, seront introduits dans ce mystère d’amour, nous faisant prendre conscience de notre responsabilité de chrétiens, qui est de vivre dans la foi et de tout mettre en œuvre pour vivre en Christ. « Désormais ce n’est plus moi qui vis, écrit St Paul, c’est le Christ qui vit en moi. »

« Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Cette phrase remonte à nos mémoires, nous rappelant que nous sommes poussière et que nous retournerons à la poussière. Aussi, l’évangéliste Marc, rapportant fidèlement les paroles de l’Apôtre Pierre, dans sa prédication de l’évangile aux premiers chrétiens de Rome, nous montre Jésus. Phrases courtes, burinées, comme si c’était une notation, aidant au développement du discours sur celui qui venait au nom du Seigneur, qu’on avait mis à mort et qui était ressuscité. Il fallait donc, pour ces romains convertis à la foi chrétienne, expliciter du mieux possible, la vie de Jésus. St Pierre s’y essaie, et nous l’écoutons.
Nous sommes vers la fin de l’année 27 leur dit-il. Cette année-là est une année sabbatique. On ne laboure, ni ne sème. Ainsi la terre prend du repos pour mieux porter les futures moissons. Un peu comme notre carême, qui se veut un temps d’arrêt dans notre vie, et se continue pendant quarante jours, pour nous inviter à nous préoccuper des choses spirituelles et à convertir nos vies, dans l’attente d’avoir la joie de célébrer la résurrection du Seigneur Jésus.
Dans ces années-là, Jean se révèle au peuple. Sur les bords ravinés, brûlés, crevassés, de la Mer morte, au sein de cette désolation chaotique bouleversée par les volcans, là où se trouvaient les villes de Sodome et Gomorrhe, sa voix de prophète retentit : « Le Seigneur approche, il vient pour régner sur son peuple. Il vient comme le Juge, il tient le « van » dans sa main et il va purifier son aire, séparant le grain de la paille. » Tout le désert est rempli de ses cris, et le peuple vient à sa rencontre en grande foule. A ceux qui demandent des précisions pour changer de vie, il leur propose une conversion radicale, un regard aimant, une prière soutenue.
Pierre leur explique qu’avec sa doctrine de pénitence, ses phrases percutantes, Jean a également ajouté un rite, tiré du Deutéronome, qui prend figure de profession de foi publique : l’immersion purificatrice, l’immersion dans l’eau du Jourdain.
N’importe qui, n’a pas le droit de se livrer à une telle pratique. D’autant que tout le peuple est dans l’attente du Messie. Et les suspicions s’éveillent : « Qui est-tu ? Es-tu Elie ? ou le prophète annoncé par Moïse ».Jean, lui, répond simplement : « Je suis la voix qui crie dans le désert : rendez droit les chemins du Seigneur ». « Mais pourquoi baptises-tu si tu n’es ni Elie, ni le Christ, ni un prophète ? » « Moi je baptise dans l’eau répond-il, mais vient après moi, celui qui baptisera dans l’Esprit, et moi je ne suis pas digne de dénouer les courroies de ses sandales. »
Ainsi pendant des mois, à Béthanie, lieu que l’on traduit par « la maison du vaisseau », il continue son œuvre, au milieu des caravanes qui traversent le gué du Jourdain. Son baptême, ne sera pas le baptême que les chrétiens recevront. Le sien, est une simple démarche de purification, l’autre, le baptême du Christ, celui qu’ils ont reçus, ou recevront bientôt, fera d’eux comme de nous tous, d’autres Christs, d’autres témoins de sa résurrection, vivant de sa vie divine et de son eucharistie, dans l’attente de son retour…
A Nazareth un jeune charpentier se met en route. Il quitte sa maison. Certainement une maison comme on en voit encore en Terre Sainte : pièce unique, au dessus de l’étable, au sol de la terre battue, des outils, un établi près de l’entrée et du bois. Désormais les commandes attendront ; Jésus part et Marie doit se rappeler ses paroles, lorsque qu’avec Joseph, ils le retrouvèrent trois jours après l’avoir perdu, assis au milieu des Docteurs dans le Temple à Jérusalem : « Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? ». En lui faisant signe de la main, elle pense à cette réponse d’enfant.
Et il vient lui aussi se mettre à la suite du peuple qui converge vers le Jourdain où Jean baptise. Jean et Jésus se connaissent-ils ? Jean dira : « Moi je ne le connaissait pas, mais j’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. Et je l’atteste c’est lui de Fils de Dieu ».
Et aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert. Le désert, pôle d’attraction de tous ceux qui veulent vivre radicalement avec Dieu, car le silence et la prière, autorisent en soi-même, de profondes descentes.
Réfléchir à son œuvre avant de l’entreprendre. Se fortifier dans ses résolutions. Se sanctifier par la macération et la prière, afin d’être digne de son Père. Et à plusieurs reprises, rapportent les évangélistes, il est tenté par le démon.
Qui d’entre-nous ne l’est pas, lorsque nous entreprenons un combat spirituel, et que nous nous livrons au Seigneur tout entier. Il y a toujours cette petite voix qui nous dit « de faire le contraire », de renoncer, que cela ne servira à rien ! Demandez à un ermite quels combats il doit mener pour être trouvé digne de ce qu’il a promis. Mais la puissance de Dieu, est toujours avec celle ou celui qui fait cette démarche. Dieu est là, présent, il nous soutien. Jésus lui, entre « en lice avec le démon, l’ennemi de l’humanité », et il triomphe de lui.
Encore faut-il que cette victoire devienne la nôtre ! Comment ? En vivant intensément unis à lui par la prière ; ainsi pourrons-nous réagir avec force contre le mal qui nous agresse...

Frères et Sœur, pour conclure cette méditation en ce premier dimanche de carême, je retiens ces phrases d’un moine anachorète. Originaire d'Antioche et issu d'une famille aisée, Dorothée de Gaza, avait reçu une solide formation classique quand il entra vers 525, dans un monastère de cette ville, fondé à la fin du Vè siècle par l'abbé Séridos. La direction spirituelle y était assurée par deux reclus. Dorothée vécut sous leur influence. Quelques années après sa mort vers 570, un moine anonyme rassembla quelques-uns de ses écrits. Ecoutons- le nous parler :
« Ceux qui ont à nager en mer et qui connaissent l’art de la natation, plongent quand la vague arrive sur eux, et se laissent aller dessous, jusqu’à ce qu’elle soit passée. Après quoi, ils continuent de nager sans difficultés. Mais s’ils veulent s’opposer à la vague, celle-ci les repousse et les rejette à une bonne distance. Dès qu’ils se remettent à nager, une nouvelle vague vient sur eux ; s’ils résistent encore, les voilà de nouveau repoussés et rejetés ; ils se fatiguent seulement et n’avancent pas. Qu’ils plongent au contraire sous la vague, comme je l’ai dit, qu’ils s’abaissent dessous, et elle passera sans les gêner ; ils continueront à nager tant qu’ils voudront et à accomplir ce qu’ils ont à faire. Ainsi en est-il des tentations. Supportées avec patience et humilité, elles passent sans faire de mal. Mais si on reste à s’affliger, à se troubler, à accuser tout le monde, on se fait souffrir soi-même, en rendant plus accablante pour soi la tentation, et il en résulte que celle-ci nous est non seulement sans profit, mais même nuisible ».
Alors, nous savons ce qu’il nous reste à faire, durant ce temps de carême. Plongeons donc dans nos existences, pour voir quelles vagues nous submergent, quels péchés nous arrêtent, quelles tentations nous guettent et nageons dans la prière, aidés par le Seigneur.
Je suis sûr qu’avec Marie, et Joseph, en mentionnant dans notre journal spirituel, ces phrases de Dorothée de Gaza, et en faisant avec les couleurs de notre conversion, comme avec autant de crayons de couleurs, un magnifique arc-en ciel, nous dirons à Dieu :
« Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté.
Convertis-moi, pour que durant tout ce carême, je vive de ta vie divine ». Amen. 
                                                                                    Mgr Jean-Pierre Ellul

Et n'oubliez pas :

Tous les Vendredis aux Messes de 16h et 19h 

 Prédication de Monseigneur Jean-Pierre ELLUL  

Vendredi 10 mars : Jésus, notre Réconciliation 

Vendredi 17 mars : Jésus, Pierre Angulaire 

Vendredi 24 mars : Jésus, Fils de Dieu

Vendredi 31 mars : Jésus nous montre le Père

Vendredi 7 avril : Jésus, Verbe et Parole 

18h 15 CHEMIN DE LA CROIX

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article