1er Dimanche de carême – Sacré-Cœur de Marseille –

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

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Frères et Soeurs

Nous étions plus de 1.500, dans cette basilique, le jour des cendres à nous entendre dire : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile ; souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ! »

Je vous regardais mercredi dernier, retournant vous asseoir, en promettant au Seigneur de convertir votre vie et j’avais l’impression, que vous lui disiez, dans le secret de votre cœur, l’effort spirituel de conversion, de prière et de partage que vous alliez faire cette année encore, durant ce temps de carême, sous le regard du St Curé d’Ars.

Avec Jésus, nous nous laissons conduire au désert. Nous l’avons rencontré sur les bords du Jourdain le jour de son baptême, et depuis, nous marchons avec lui. Nous avons entendu les appels à la conversion de Jean-Baptiste et lorsqu’il a dit : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève les péchés du monde », en nous faufilant dans le petit groupe des premiers disciples, nous lui avons posé la question : « Où demeures-tu ? » « Venez et voyez » a répondu Jésus.

Mais quelques jours plus tard nous sommes restés seuls. Où étais-tu Seigneur ?

Jésus est parti dans le désert, pour y être tenté par le démon et Luc vient de nous décliner ces trois tentations : pouvoir, argent, orgueil. Ordonne ! lui dit Satan. Jésus n’ordonne pas et dépassant l’injonction, il a recours à l’Ecriture et lui dit : « Ce n’est pas seulement de pain, que l’homme doit vivre. »

Même élevé très haut, la vision de tous les royaumes du monde ne le fera pas se prosterner devant lui. Que faut-il encore à Satan ? Mais le Temple, le lieu de la présence de l’Eternel. Sur le pinacle, au-dessus de l’Ophel, de ce qui reste de la première cité de David, il le reconnaît comme Fils de Dieu… lui demande de se jeter en bas. Non, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve dit Jésus, même si l’Ecriture dit que je serai porté par les anges.

Alors Satan s’éloigne, mais il reviendra, il sera là à la crucifixion, soufflant son haleine fétide, pour le provoquer encore, dans cet ultime souffle, dans ces souffrances indicibles ; mais Jésus reprenant le texte du psaume 22, lui opposera sa confiance en Dieu le Père, ne se laissant pas détourner du chemin qu’il lui a fixé, obéissant jusqu’à la mort et la mort sur la croix. «  Père entre tes mains, je remets mon esprit. »

Etre tenté ? Combien de fois par jour sommes-nous tentés par le démon !

Le démon ? Existe-t-il ? Qui est-il ?

Je prononce ces mots avec grande précaution, presque avec retenue, car en rire et ne pas y croire, ce que l’on fait trop souvent, ne ferait qu’augmenter sa puissance. Actuellement on n’en parle plus ; d’aucuns penseront que cela est dérisoire, dépassé.

Et pourtant, si j’en parle en ce dimanche, je n’en parle pas uniquement pour faire peur. L’Esprit du mal est à l’œuvre. Sa soumission, son règne, nous en faisons l’expérience tous les jours… Si nous ne faisons pas attention, il se montre à nous, sous des formes diverses, nous entraîne, nous aliène, nous empêche de le découvrir. C’est lui qui nous fait succomber à la tentation, qui nous éprouve et qui se tient là, non comme un être malfaisant, qui nous ferait peur et que nous rejetterions immédiatement pour lui apposer le doux visage du Christ ; très souvent, il se tient à nos côtés, comme un être du lumière, et cela nous empêche de voir la nocivité de ses propositions.

Oui, il existe, il est bien là, tapi en nous, recherchant la faille par laquelle il puisse s’introduire, pour nous faire pécher. Ce péché auquel nous ne résistons pas, ce péché qui nous aliène et nous éloigne de Dieu.

Pourquoi en parler ? Mais parce qu’il est souvent mentionné dans les Evangiles qui en parlent au pluriel. Ces démons, ils ont un chef : Satan ou le Diable, désigné aussi comme le Malin, l’ennemi, le tentateur.

Ce sont des anges déchus, destinés au feu éternel, mais ils demeurent puissants sur la terre et tentent de s’opposer au règne de Dieu. Ils revendiquent la possession du monde et même, prétendent le donner à ceux qui ne leur résistent pas.

C’est pour cela que St Jean l’appelle « Le Prince de ce monde. » Il nous tente, comme il a tenté Jésus au désert, mais Dieu nous protège. Dans les Evangiles, allez découvrir comment Jésus, a délivré des maladies qui venaient de l’Esprit du mal, ceux qui venaient vers lui : surdité, mutisme, cécité, convulsions, désordres mentaux.

Dans ces personnes que l’on présente à Jésus, le démon habite le corps des malades ; il s’en est emparé et les tient sous sa domination. Parfois ils sont même plusieurs : sept, qui habitaient Marie-Madeleine, lorsque le Seigneur l’a guérie ; sept également, qui risquent de revenir, après que l’un d’entre eux ait été chassé, et même une légion, dans le possédé de Gérasa.

Dans tous les cas, Jésus guérit par un simple geste ; comme le geste que nous faisons lors du baptême ! Avec l’imposition de la main, nous prions pour le futur baptisé et nous disons : « Père tout puissant, tu as envoyé ton Fils unique dans le monde pour délivrer l’homme, esclave du péché et lui rendre la liberté propre à tes fils ; tu sais que chacun de nous  sera tenté par les mensonges de ce monde et devra résister à Satan, nous t’en prions humblement, par la passion de ton Fils et sa résurrection, arrache-le au pouvoir des ténèbres, donne-lui la force du Christ et garde-le tout au long de sa vie. »

Ainsi, dès le début de notre existence, nous sommes protégés par Dieu, car tout au long de notre vie nous devrons lutter contre le mal, nous convertir, en nous appuyant sur le sacrement du pardon, marcher sous le regard du Christ, comme des fils et des filles bien-aimés. Nous oublions trop souvent que par le baptême, délivré du péché originel, nous sommes devenus des créatures nouvelles.

Alors laisserons-nous l’esprit du Mal dominer en nous ? Certainement pas !

Nous avons tout pour lui résister : sous la motion de l’Esprit-Saint, la prière, qui nous met dans l’attitude de Jésus répondant non au Tentateur, l’humilité, qui nous permet de tout recevoir de notre Dieu, le pardon qui nous délivre de nos fautes et nous remet debout.

Pour réaliser ces trois conditions, le jeûne vient nous apporter une prise de conscience, celle qui nous invite à partager avec celui qui a faim et l’aumône, c'est-à-dire notre offrande de Carême, se vivra, dans la gratuité de notre geste, pour parfaire notre attitude intérieure en ce temps de conversion.

St Jean-Marie Vianney disait à ses paroissiens d’Ars : « Le plus grand malheur pour les chrétiens, c’est de n’être pas tentés, parce qu’il y a lieu de croire que le démon les regarde comme lui appartenant.

Voyez un chrétien qui cherche peu le salut de son âme : tout ce qui l’environne le porte au mal. Il ne peut souvent même pas lever les yeux, sans être tenté, malgré toutes ses prières et ses pénitences ; et un vieux pécheur qui peut-être pendant vingt ans, se roule et se traîne dans l’ordure, dira qu’il n’est pas tenté. Tans pis… pour lui. St Augustin dit que la plus grande tentation, c’est de ne point avoir de tentation, parce que c’est devenu une personne réprouvée, abandonnée du Bon Dieu, livrée entre les mains de ses passions… Voyez ! Les damnés n’accusent pas Dieu ; ils s’accusent eux-mêmes. Ils disent : j’ai perdu Dieu, mon âme et le ciel par ma faute. Si un damné pouvait dire une seule fois : mon Dieu je vous aime, il n’y aurait plus d’enfer pour lui … Mais hélas, cette pauvre âme, elle a perdu le pouvoir d’aimer ce qu’elle avait reçu… Son cœur est comme desséché, comme la grappe, quand elle a passé sous le pressoir. Plus de bonheur dans cette âme, plus de paix, parce qu’il n’y a plus d’amour.»

Nous faisons tous l’expérience du péché !

L’esprit impur, l’esprit tentateur est là, frappant à la porte de notre cœur ! Mais le Seigneur se tient à nos côtés avec notre ange gardien, et ainsi nous sommes forts pour résister à l’esprit du mal et si quelques fois nous succombons, le pardon de Dieu vient à notre secours et nous remet dans son amour.

Oui, que le Seigneur nous délivre du mal, qu’il nous libère du malin, de son esprit de violence et de haine. Je voudrais conclure avec ces phrases de l’Imitation de Jésus-Christ : « Toute perfection dans cette vie, est mêlée de quelques imperfections ; l’humble connaissance de toi-même, est un plus sûr chemin vers Dieu, qu’une profonde recherche philosophique…

Et aussi : « Veux-tu retenir la grâce de Dieu en toi ? Remercie-le quand elle vient, patiente quand elle se retire, prie pour la retrouver, sois humble et vigilant pour ne plus la perdre. »

Bon carême, Chers frères et Sœurs, dans le silence, l’humilité, la prière, l’action de grâce et la conversion du cœur. Amen.                                       J.P. Ellul

 

 

 

 

 

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