1er dimanche de Carême – B – 26 février 2012.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Frères et Sœurs, Nous y sommes !

Nous avons certainement promis le jour des Cendres d’essayer de changer de vie ; nous espérons tenir ; nous faisons tout pour ne pas oublier notre promesse de convertir notre vie, de changer d’habitude, de nous préparer dans la sérénité et dans la joie aux célébrations pascales. Car c’est cela le but du carême. Non pas de nous crisper, pour « essayer de faire », toujours et encore et dans quelques semaines ne pas tenir, et même oublier nos promesses de changements, mais nous ouvrir à l’Esprit-Saint, surtout ouvrir nos « renfermements », les laisser grands ouverts, pour que l’Esprit de Dieu, puisse venir  éclairer ce qui est encore dans les ténèbres, ce qui est tordu, racorni, vicié, afin que nos péchés, nos fautes puissent être identifiées et pardonnées.

 En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne.

Et pour faire le point sur ma vie, je prends du temps, je m’examine, je prie intensément et je me confronte à la Parole de Dieu. Elle me demande conversion et joie. Elle me permet de voir quels sont les conversions que je dois opérer. Mais en douceur, lentement, conscient de ma fragilité. Je n’ai pas peur d’entendre la paroles des prophètes. Ils ont langage radical. Ils ne font pas dans la dentelle. Ils sont vrais, tonitruants, appelant de la part de Dieu au retournement intérieur et à un retournement radical.

Ecoutons Isaïe nous dire : « Revenez à moi de tout votre cœur, déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements !... Ne dis pas où est ton Dieu ? Non ne le dis pas ! Car Dieu est avec toi, il est en toi ! Rappelle-toi ceci : tu es mon serviteur, je t’ai façonné comme serviteur pour moi ; j’ai effacé tes révoltes comme un nuage, tes fautes comme une nué ; reviens à moi, car je t’ai racheté. (Is, 44).

Le livre du Deutéronome souligne : « Tu rechercheras le Seigneur ton Dieu : tu le trouveras si tu le cherche de tout ton cœur, de tout ton être. Quand tu seras dans la détresse, quand tout cela t’arrivera dans les jours à venir, tu reviendras au Seigneur ton Dieu et tu écouteras sa voix. Car le Seigneur ton Dieu est un Dieu miséricordieux ; il ne te délaissera pas. »

Et dans l’Exode : « Vous avez vu comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle, pour vous amener jusqu’à moi ? Et maintenant si vous entendez ma voix et gardez mon alliance, vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte ». (Ex 19, 4-6).

Oui, le temps de carême nous rend priant, priant d’une vraie prière, simple, du fond du cœur, comme la prière d’un enfant, une prière qui renforce notre désir d’union à Dieu, avec le Christ et dans l’Esprit. Une prière de confiance dans l’espérance, une prière intérieure, comme Jésus au désert, dans la solitude, le silence ; un face-à-face avec Dieu.

Alors disons simplement et avec foi : « Donne-nous Seigneur un cœur nouveau, mets en nous Seigneur un Esprit nouveau. Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me laisse pas succomber à la tentation, mais délivre-moi du mal. »

Pour cela, nous devons nous mettre en présence de Dieu. Aussi Seigneur, je laisse un instant mes activités, j’arrête la télévision, la radio ; je ferme un instant mon ordinateur, je pose ma console de jeux, oui j’arrête, je sors de ce tourbillon de bruits, d’images, de slogans, de nouvelles qui m’inquiètent et m’interpellent, et dans le silence enfin obtenu, je me mets en ta présence. Car dans la prière, le Christ est là ; nous devons lui donner des signes de notre amour et savoir que prier, c’est aussi plus écouter que parler.

Nous n’entendons pas assez le Christ nous dire combien il nous aime. Il nous le dit plusieurs  fois par jour, mais nous n’en sommes pas conscients ; trop de bruits, d’activités, de choses que nous croyons essentielles.  C’est pour cela que Jésus s’est retiré au désert. Là, Jésus a dit à son Père qu’il l’aimait, qu’il l’écouterait, qu’il ferait sa volonté, qu’il ne se laisserait pas détourner par le tentateur, car l’essentiel était sa relation avec lui, dans l’amour et l’obéissance. Et il en est sorti vainqueur de toutes les tentations.

Donc, comme Jésus, nous devons écouter Dieu dans le silence, pour trouver la paix en sa présence. Nous n’arriverons peut-être pas immédiatement, car la prière est aussi un combat ; c’est dur de prendre du temps et nous remettons jours au lendemain, quand nous n’oublions pas totalement, mais dans la confiance nous nous mettons en sa présence.

Et même si notre pensée vagabonde, même si nous oublions le pourquoi de notre prière, et si nous en oublions quelque fois les paroles, car souvent l’âge est là, et la maladie, eh bien nous reprendrons notre prière là où nous l’avons laissée et nous la continuerons. C’est cela aussi de faire un effort de carême : ne pas nous laisser vaincre par la difficulté, mais garder l’espérance au cœur et dire merci au Seigneur.

Ce merci, il peut aussi se concrétiser par un temps de jeune, mais un jeune qui n’est pas un régime, où … l’on se prive pour maigrir. Non, un jeune « carésimal », un jeûne, une privation, qui nous conduit au partage.

Sommes-nous prêts au partage ? Partager ? Difficile, en ces temps de pénurie, de chômage, de difficultés de tous ordres. Nous ne sommes pas prêts à donner, sans connaître la destination de notre don. Nous avons peur d’être lésés ! Ces questions nous nous les poserons dans quelques jours, samedi et dimanche prochain, lorsqu’on nous serons invités à donner aux plus démunis qui vivent à Madagascar. Là, avec l’A.S.A, nous savons à qui parviennent nos offrandes de carême. Et en plus du chèque que nous ferons, de la somme que nous donnerons, nous les aiderons par notre prière.

Voyez, c’est un vrai travail ce temps de carême, car le rythme est soutenu, quotidien, répétitif, mais il nous conduira, je l’espère, à une attitude intérieure radicalement changée, embellie, créatrice de don de soi, dans le partage et le regard fraternel posé sur l’autre.

La conversion n’attend pas, car le règne de Dieu est tout proche. Convertissons-nous et croyons à la Bonne Nouvelle. Amen.

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