Homélie pour la fête de la dédicace de la cathédrale de Toulon

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Frères et Sœurs,

En célébrant l’anniversaire de la dédicace de cette cathédrale, nous imaginons le nombre de célébration qu’elle a connue, les milliers de fidèles chrétiens qui y sont venus prier, confiant au Seigneur et à la Vierge Marie, Notre-Dame de la Sed, espoirs, souffrances et actions de grâces. Sans oublier les prêtres et les diacres, ainsi que tout le clergé qui y ont reçu les ordinations et célébré autour de l’autel leur première messe.

Oui, c’est un lieu de mémoire et de paix, un édifice construit de la main des hommes, maison de Dieu parmi son peuple, avec des pierres, scellées au ciment de l’Esprit-Saint. Bénis, aspergés d’eau lustrale, oints par l’huile sainte, ces murs en font une construction originale, transformé au cours des âges pour mieux accueillir le peuple de Dieu, un haut-lieu du diocèse, recouvrant le siège épiscopal de celui à qui le pape, successeur de Pierre,  a confié au nom du Christ, une portion de la vigne du Seigneur, votre évêque, Mgr Dominique Rey, et en cette fête, nous prions pour son ministère et pour sa personne.

C’est donc une immense action de grâce que nous laissons monter vers le Seigneur ; lui qui nous illumine de sa présence, le remerciant d’être, cette chaîne ininterrompue de témoins, qui de siècles en siècles, viennent ici pour se nourrir de sa Parole et de son Eucharistie.

On pourrait d’ailleurs comparer la consécration d’une église, d’une cathédrale, avec notre propre consécration baptismale. Nous aussi nous sommes le Temple de Dieu, nous sommes membres de la Cité Sainte, la Jérusalem Nouvelle. Nous avons été plongés dans les eaux du baptême, pour mener cette vie nouvelle d’enfants de Dieu. L’eau qui a touché notre front a été bénie et le chrême consacré dans cette cathédrale durant la messe chrismale, a oint notre front, faisant de nous tous, des prêtres, des prophètes et des rois. Et de jour en jour, l’Esprit de Dieu trace en nous, comme en une croix de Saint-André, les deux alphabets grec et latin, pour bien nous dire, l’universalité de notre vocation d’appelés dans le Christ. Oui, comme des enfants bien- aimés, nous devons apprendre, dans la proximité de vie avec Jésus, l’Evangile du salut et le mettre en pratique.

 

 

Pour pouvoir y adhérer, vivons dans la contemplation du ressuscité, comme nous le rappelait la semaine dernière, le Pape Benoît XVI : « En vérité, une concentration plus claire sur l'imitation du Christ, dans la sainteté de vie, est nécessaire si nous voulons aller de l'avant. Nous devons redécouvrir la joie de vivre une existence centrée sur le Christ, en cultivant les vertus et en nous plongeant dans la prière. » Et « nous gagnerons du temps », précisait-il. Et si, entraînés par l’indifférence et le péché,  si nous laissions salir le Temple de Dieu que sont nos personnes, le pardon qu’il nous dispense inlassablement, lui, le miséricordieux, nous permettra de nous remettre debout et d’être pris dans ses bras, comme l’Enfant prodigue, afin de pouvoir accéder à son Corps et à son Sang, pain et vin « transubstanciés », nourriture spirituelle, vrai Corps et vrai Sang du Christ, dans l’attente de le voir un jour, face à face, dans cet entretien d’amour qui viendra en son temps.
Célébrer ici la liturgie dans toute la dimension que l’Eglise nous propose, c’est en fait redire qu’il est vivant et que nous sommes cette communauté rassemblée chaque jour et, plus particulièrement le dimanche, pour vivre ensemble autour de son autel ce mystère de l’amour partagé. Depuis quelques semaines, la liturgie du temps pascal nous a permis de méditer sur ce qu’a dit Jésus à ses disciples, lors de son discours après la Cène. Toutes ces paroles d’amour prononcées par le Seigneur sont désormais inscrites dans le Livre de Vie, comme un testament, et sont lues à travers le mystère de sa Résurrection.

Lente méditation des premières communautés chrétiennes, qui vont enchâsser les paroles de Jésus, dans Le Livre de la Bonne Nouvelle, ces 4 témoignages, 4 évangiles, ainsi que le témoignage des apôtres, vécu avec ces Eglises primitives, qui permettront aux générations chrétiennes de se souvenir, de faire mémoire et surtout de mettre en pratique, de témoigner, malgré les persécutions,… tous les comportements d’amour qu’il a lui-même enseigné et vécu.

Comme pour nous, aujourd’hui, il leur fallait prendre le temps de la contemplation du Visage du Crucifié, puis de celui qu’ils virent, auréolé, de la lumière « trasfigurante » de la résurrection. Cette rencontre avec le Ressuscité nous questionne toujours et, par notre adhésion, renforce notre foi. Il nous laisse un testament nouveau : celui de l’amour que nous sommes si lents à comprendre. En effet, c’est sur le chemin d’Emmaüs qu’il leur explique les Ecritures, partant de Moïse et des Prophètes, leur disant qu’il fallait que le Messie souffre et meurt pour entrer dans la gloire. Et, ces derniers jours, nous l’avons entendu alors qu’il précisait qu’il était la Porte des brebis, le bon berger qui donne sa vie pour elles.

Oui, il est le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne peut aller vers le Père sans passer par lui et devant la tristesse des disciples, alors qu’il leur annonce qu’il est bon pour eux qu’il s’en aille, il leur promet d’envoyer de la part du Père, le Paraclet, l’Esprit de vérité qui les soutiendra durant leur annonce du kérygme. L’Ascension sera leur temps d’interrogation, puis la Pentecôte, celui du témoignage dans et par l’Esprit-Saint. Alors qu’il allait passer de ce monde à son Père, il dit aux disciples : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. »

Cette fidélité, ils vont la puiser dans son mystère pascal, en se souvenant de la croix, de ses souffrances, de son sacrifice pour nous, mourant une fois pour toute, pour le pardon de nos péchés. Ils vont la puiser, à ses saintes plaies, à son côté ouvert, d’où, pour les générations à venir, s’écoulèrent l’eau et le sang, initiant les sacrements de notre vie chrétienne, en nous faisant, nous souvenir de son Cœur Sacré, de ce Cœur rempli d’amour pour nous.

Ce Cœur du Christ, ce Sacré-Cœur, c’est vers lui que les Marseillais puis les Toulonnais allèrent, priant et demandant miséricorde, après les épidémies de Peste du XVIIIe siècle et par une consécration fervente de nos diocèses, lui redirent leur amour et leur fidélité. Si Marseille fut la première ville au monde, le premier diocèse, qui fut consacrée à son Sacré-Cœur, avec l’appui de Mgr de Belsunce, en novembre 1720, le diocèse de Toulon fut le second à l’imiter, le 30 mai 1721.

Nous avons d’ailleurs de nombreuses relations entre nos deux diocèses, depuis le Ve siècle où le lointain évêque Proculus créait les diocèses de Gargaruis et de Citharista, vous enlevant quelques portions de territoire, puis avec un évêque venant de l’abbaye deSt Victor.

Pour moi, le souvenir le plus émouvant fut de découvrir, en parcourant la plaquette relatant l’histoire de votre cathédrale, que le Chanoine Guy Casseron me remit, il y a quelques semaines, que la relique de St Augustin, mon compagnon d’étude et de prière, mais également mon lointain compatriote, fut déposée ici, venant de Pavie, avant de rejoindre notre basilique d’Hippone, à Bône en 1842, 100 ans avant ma naissance dans cette ville.

Ces liens étroits, nous disent que nous sommes précédés, que nous sommes une grande famille et que la mansuétude du Christ rappelle que nous somme  l’Eglise, la Jérusalem céleste, cette cité Sainte qui est à l’image de celui qui est l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin de tout. Il est là, le ressuscité, tout près de nous, nous faisant signe, avant de s’élever dans le ciel pour rejoindre le Père. En attendant son retour, nous nous retrouvons avec la première communauté chrétienne dont les actes depuis quelques dimanches nous rappellent la vie toute donnée au Seigneur.


Frères et Sœurs, nous avons reçu en cette liturgie de la Parole, les commandements du Seigneur et nous y resterons fidèles, car nous l’aimons de toute notre âme.

 

Avec vous tous, avec les Chevaliers et Dames du Saint- Sépulcre, qui nous rappellent que nous devons prier pour les chrétiens de Terre Sainte et leur apporter notre aide, que nous devons surtout et encore prier pour la paix et la concorde entre ces deux peuples, nous remercions Notre-Dame-de-la-Sed, sous le vocable de laquelle cette église cathédrale fut consacrée, Notre-Dame de Terre Sainte, la Théotokos, mère du ressuscité, la Vierge Marie, vers laquelle, le 18 mai 2008, l’Evêque renouvellera la consécration du diocèse au Cœur douloureux et immaculé et nous lui demandons de rester fidèle à l’évangile de son Fils, de nous donner cette force du rayonnement qui nous permettra d’être des chrétiens, des catholiques, fervents à l’image de St Mandrier et de St Cyprien. Amen. 
Mgr. Jean-Pierre ELLUL,Recteur de la basilique du Sacré-Cœur,Prieur Régional du Saint-Sépulcre,Région Sud-Est.




































 

 

 

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