Fête de l'Ascension – jeudi 1er mai 2008

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Le Seigneur monte au ciel, il nous prépare ainsi une place auprès de lui. Mettons-nous un court instant à la place des apôtres. Cet homme qu’ils ont rencontré sur les bords du lac de Tibériade, après trois ans passés avec lui, s’en va, remonte vers le Père. Ils ne le reverront plus sur cette terre, malgré les promesses des anges, rapporté dans les Actes des Apôtres et ses propres paroles : « Une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » Jn 12 , 32.

 

C’est pour eux le temps de l’interrogation. Déjà il était élevé sur la croix, désormais il s’élève dans les cieux, rejoignant le Père pour exercer en permanence son sacerdoce, étant toujours vivant pour intercéder en faveur de ceux qui par lui s’avancent vers Dieu », rappelle la lettre aux Hébreux. (He 9 , 11). Oui, désormais le Christ siège à la droite du Père, et à partir de cet instant, les apôtres deviennent les témoins du règne qui n’aura plus de fin. Si nous avions été un des disciples de Jésus, nous nous demanderions comment nous allons désormais vivre sans lui. Oui bien sûr, il l’a dit bien souvent : « Je vous enverrai l’Esprit de Vérité, le Défenseur, qui vous fera, vous souvenir de tout ce que je vous ai dit. Lorsqu’il viendra vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre ».

Quelques instants de méditation, nous écoutons l’apôtre Pierre se souvenir de ce qu’il a vécu avec le Christ. Il est là, assis et accoudé à la rambarde de l’une des terrasses… dans une maison du Mont Sion. Panorama magnifique, qui englobe tous les lieux où se sont passé les évènements de ces derniers 40 derniers jours après la résurrection de Jésus. Ce Jésus, il l’a suivi, aimé, s’est laissé questionner par lui. Tant de bouleversements se souvient-il. Dans ma vie, dans ma famille, car durant près de trois ans, il  m’a fallu quitter, ma maison, ma femme et mes enfants, et marcher à sa suite.

C’est vrai qu’après son appel, alors qu’il lavait ses filets,  découvrant la Parole qu’il prêchait, puisée dans la Loi, les Psaumes et les Prophètes, avec les autres disciples, j’étais émerveillé devant ses miracles. Nous attentions le retour du Messie, nous l’avons trouvé dans ce charpentier de Nazareth, humble et attentif, mais rempli de la Parole du Père.

Je l’ai cherché souvent, sans le trouver, car très tôt le matin, il voulait être seul… lorsqu’il priait le Père dans la solitude,  désirant écoutant résonner dans son cœur tout ce qu’il lui disait de dire. Dieu, nous ne l’avions jamais vu, et c’est lui qui nous le montrait. Même Philippe n’avait pas compris et Jésus ne s’est pas fâché. Il l’avait regardé : « Cela fait près de trois ans que tu es avec moi, et tu n’as pas compris : qui me voit, voit le Père ! »

Le plus difficile, ce fut de voir partir ceux qui l’écoutaient, lors de la Pâque du Pain de Vie. C’est vrai que dans cette synagogue de Capharnaüm, il y avait tant de passage, d’allés et venues, tant de monde, mais aussi combien de guérisons, même les jours de shabbat. Nous n’étions pas préparés à dépasser nos codes, rigides, bien précis, donnés par la Thora ; et pourtant il n’était pas venu abolir, mais accomplir. « Qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle. »  Alors, moi je ne l’ai pas quitté. Vers qui serais-je allé ? Il avait les paroles de la vie Eternelle. Moi je le suivais, toujours et encore, pour aller sur les routes et les villages, en Samarie, dans la Décapole, où plus près,… à Cana et aussi chez les sœurs de Lazare, assister, avec peur et réticence, à la résurrection de son ami. Pouvions-nous oublier ses larmes devant le tombeau, et son cri : « Lazare sors dehors ! … devant tant de juifs venus pour le deuil ? Non, jamais je n’oublierai ce cri et la vision du mort, sortant du tombeau, ressuscité.

Par le bouleversement opéré dans nos vies, nous savions au tréfonds de nous-même, que c’était lui, le Sauveur du monde, l’Envoyé de l’Eternel, lui que nous touchions de nos mais, avec qui nous marchions et vivions.

Trois longues années, vécues avec ses paroles, qui nous faisaient découvrir son amour, sa tendresse, sa mansuétude. « Simon, tu vois cette femme, dit-il un soir, - le geste qu’elle vient de faire en vue de ma sépulture,  (alors qu’elle versait le parfum sur ses pieds), sera connu du monde entier »… Et le pardon du père, pour son jeune fils revenu pour se réconcilier ; … et le dialogue avec la Samaritaine, et le pardon à la femme adultère,.. la guérison de l’aveugle-né…

Ah, pourquoi ne pas avoir mieux écouté, mieux regardé, goûté dans l’intimité de nous-même, tout ce qu’il disait et faisait ? Pourquoi ? Mais parce que je pensais que cela ne finirai jamais, qu’il serait toujours là avec nous.

Oui, j’aurais dû réfléchir, lors de son discours après la Cène, quand il nous annonçait qu’il devait nous laisser, pour que nous le continuions et proclamions son message. Mais avec les disciples, j’étais tellement bouleversé par le geste du lavement des pieds qu’il venait d’accomplir, que j’en étais encore étonné ! Nous laver les pieds, prendre la place du serviteur ! Personne d’entre-nous, n’auraient osé le faire, pas moi, sûrement. Quoi, me comporter comme un serviteur ? Non jamais ! Et dire que je venais de manger son corps donné, son sang déjà offert.

Je ferme les yeux, car je n’ai pas oublié les torches du jardin de Gethsémani, l’oreille ensanglantée du serviteur du Grand-Prêtre, qui tombe sur la terre et que Jésus guérit. Ni les cordes pour entraver ses mains, ni les regards de ceux qui sont venus l’arrêter. Mais pourquoi me suis-je endormi alors qu’il avait si peur et qu’il suait du sang et que j’aurais dû le soutenir ? Je ne savais pas ce qui allait advenir. Vous les fidèles du XXIe siècle, vous savez, car vous avez tant d’expérience, que vous en vivez comme si tout allait de soi. Et même, vous oubliez ce qu’il a souffert pour vous. Mais moi j’étais affronté à l’immédiateté des évènements. Si j’avais pu suivre… mais… j’ai suivi. Oui, oui, je suis allé dans la cour du grand-prêtre, oui, j’ai dit que je ne le connaissais pas ! oui, je l’ai renié ! Non, je n’étais pas au pied de la croix, avec sa mère et les femmes et Jean. Non j’étais loin, en pleurs, car je l’avais rejeté..

Qu’auriez- vous fait ? Vous auriez fait comme moi, comme nous ! Tant de promesses, tous ces jours à marcher derrière lui ! Tant de journées de pêches perdues. Heureusement qu’il était ce qu’il était : doux et humble de cœur, sinon je l’aurais quitté, dans les premières semaines de notre rencontre. Mais lui, il m’avait de suite aimé et m’avait dit : « Tu t’appelle Simon ? Désormais c’est Képhas, c’est Pierre, que tu t’appelleras, et tu seras pêcheur d’hommes. » Pêcheur d’homme, moi, le traître, le colérique ? Pêcheur d’hommes ? Et au petit matin de Pâque, j’au couru et j’ai vu le tombeau ouvert et les linges.

Le plus prodigieux c’est qu’il est ressuscité ; cela dépasse l’entendement ; oui je l’ai vu vivant, et le soir de Pâques, au lieu de me reprocher mon reniement, il m’a donné les clefs du Royaume des Cieux, à moi qui l’avais trahi ! Je vous dis, il ne raisonne pas comme nous ; il nous fait aller plus loin ; il nous mène, là où nous ne voudrions pas aller.

Moi, j’avais repris mes activités. Et ce jour-là où nous n’avions rien pris, il apparaît et me demander de lancer à nouveau les filets ! 153 gros poissons ! Moi, je doutais, je lui disais qu’il n’y avait rien… et jamais nous n’avions fait une telle pêche. Il était là sur le bord du rivage, à nous préparer à manger… et je l’entends encore nous dire : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre ; allez de toutes les nations faites des disciples et baptisez-les. »

Et voilà, il part, il est parti, il monte vers le Père, et nous avons essayé de nous hisser sur la pointe des pieds, pour le voir encore, mais une nuée le cache à nos yeux. Qu’allons-nous faire Seigneur, enfermés dans notre peur de subir le même sort que toi ? Aide-nous ! Dis-nous comment il faut continuer !

Frères et Sœurs, l’envoi de l’Esprit Saint, le jour de la Pentecôte, le fera se lever et pousser la porte de la terrasse où il s’était réuni avec les disciples. Il parlera à la foule, annonçant sa résurrection, et l’Eglise se constituera, éternelle, et rien, ne pourra désormais empêcher l’évangile de se propager. Le Christ remonté aux cieux, marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il reviendra.


En ce jeudi de l’Ascension, alors que nous saluons St Joseph artisan, l’homme du silence et de l’acceptation, du travail bien fait et de la confiance, nous demandons à Marie, en ce jour qui inaugure ce mois de prière en union avec elle, de savoir toujours dire oui à Jésus son Fils.

Vierge de la Foi, témoin de l’Espérance, Mère de la Charité, Notre-Dame de la Garde, Notre-Dame d’Afrique, dont nous avons célébré la mémoire hier, Notre Dame du Sacré-Cœur, marche à nos côtés durant ce mois de Mai, qui nous conduira à la célébration du Cœur Sacré de ton Fils. Aide-nous à progresser dans la foi et à être témoins fidèles de l’Eglise sur la terre, dans l’attente de son retour. Amen.

                                                                     Mgr. Jean-Pierre ELLUL.

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