Homélie

Publié le par Mgr Ellul

Dimanche 12 Février 2006
pour le 6ème dimanche Temps Ordinaire (Année B) 
         Le 11 février est désormais la journée mondiale des Malades. Et toute l’Eglise se retrouve en pensée devant la grotte de Massabielle où la Vierge Marie est apparue à Bernadette. Pénitence et conversion, lui dit-elle, de la part du Seigneur, voulant montrer par delà les siècles, la miséricorde de Dieu. Lourdes, lieu de toutes guérison des âmes et des corps. Et en ce dimanche c’est la guérison du lépreux qui est proposée à notre méditation.
La première lecture nous permet de redécouvrir l’attitude préconisée, envers les lépreux, par la Loi de Moïse. Le texte du Lévitique, rappelle que la personne suspectée d’être atteinte de la lèpre, doit être conduite au prêtre qui, après avoir procédé à une vérification, «la déclarera impure ». Ces pauvres lépreux, chassés de leur lieu de vie habituel, sont voués à la solitude, car la seule préoccupation de la société est de se protéger.
Ils mènent une vie hors de tout, sans aucuns contacts. Ils subissent le rejet, voire pire, ils sont regardés comme malfaisants, la lèpre étant une maladie symboliquement « chargée » : c’est la plaie, la plaie par excellence, qui dénote le pire des péchés commis. Punition de Dieu, disait-on ! C’est le mal qui ronge l’homme, âme et corps. Ainsi, même le vêtement doit pouvoir immédiatement signaler l’impur : tenue déchirée et cheveux en désordre, sous un voile qui lui couvrira le haut du visage. Leur conversation ne pouvait être qu’à longue portée. Plus tard viendra la clochette pour avertir de loin.
N’oublie pas Seigneur le cri des malheureux. Le psaume 101 traduit cette détresse, et rappelle que Dieu se souvient, qu’il est là pour toujours. Oui, le Seigneur entend les plaintes de l’humanité qui montent vers lui. Le cri des contemporains de Jésus, c’est le même. Et Marc, continue de nous présenter le Fils de Dieu, comme celui qui vient pour guérir son peuple. Il permet à la belle-mère de Pierre de se remettre debout, et pendant qu’il quitte secrètement Capharnaüm et parcours la Galilée, c’est un lépreux qui vient vers lui. Trouvant dans sa souffrance même, un motif d’oser, il s’approche et le supplie : « Purifie-moi ! ». Simple était son âme, dit un vieux commentateur et pure sa pensée…
Comment a-t-il pu passer sans attirer l’attention ? Car à l’époque on considérait que le seul fait de s’approcher d’un lépreux transmettait la maladie. Comment peut-il se présenter ainsi devant celui qui vient de la part du Père ? Double offense, mais aussi double confiance ! Jésus le regarde, entend sa supplication, le voit à genoux devant lui, défie la contagion et sans se préoccuper des prescriptions de la Loi, il étend la main et pris de pitié, le touche : « Je le veux, sois purifié » et le relève. Jésus le touche, il touche un lépreux. Et aussitôt la lèpre disparaît. Il le renvoie en lui demandant de ne le dire à personne, sinon au prêtre, pour avoir son attestation écrite et qu’il puisse être réintroduit dans sa communauté une fois la guérison constatée.
Car Jésus veut le modérer : moins d’acclamations bruyantes et plus de réflexions profondes. L’injonction n’est pas obéie. Car il va proclamer sa guérison, montrer ses membres, ôter ses vêtements de pénitence, oublier sa clochette, retirer son voile, et redire « encore et encore » à tous ceux qu’il rencontre qu’il est guéri. Leur parler désormais tout près. Puissance de la guérison ! Puissance de Dieu !
Il est vrai que de nos jours, la lèpre n’est plus la maladie qui fait le plus peur, même s’il existe encore plusieurs millions de lépreux à travers le monde ; si elle est soignée à temps on peut en guérir totalement, et dans la plupart des pays, elle est complètement éradiquée ; mais d’autres maladies ont pris sa place. On parle de «nouvelles lèpres» et de «nouveaux lépreux » De siècles en siècles, lèpre, peste, infection, et de nos jours, cancers, SIDA, maladies infectieuses, incurables, et désormais grippe aviaire ou d’autre syndromes, infectent l’humanité. On a les moyens de les éradiquer, mais combien d’entre-nous, lorsqu’ils sont atteints, malades ou en phase terminale, crient vengeance, sont désespérés et ne trouvent plus aucun moyens de sortie, pour aller vers la lumière. Notre attitude doit être celle de Jésus.
Toucher ceux qui sont malades, avec notre cœur, avec un surcroît d’âme, avec des mots de tendresse, une attitude vraie. Voir, entendre et comprendre leurs souffrances. Malgré notre impuissance à ne pouvoir les aider comme nous le voudrions, il ne faut surtout pas « tenir » de discours sur la souffrance ! Tant que l’on n’a pas souffert vraiment, on ne peut pas en parler. Mais nous chrétiens, savons, parce que le Christ à souffert pendant sa Passion, que la souffrance, c’est Dieu proche de nous, qu’elle est comme une visite mystérieuse.
Ce sont les signes obscurs d’une langue, qui n’est pas celle de la terre. Elle porte avec elle une énigme, et notre âme doit répondre à la question angoissante, inévitable, qui s’inscrit d’elle-même dans les vides de notre cœur. Oui, la souffrance est une épreuve dans toute la force de ce mot. Elle est ce qui éprouve, c’est-à-dire juge, décompose, et pèse en quelque sorte, la valeur de notre âme. Tels que nous sommes faits, elle nous met au-dessus ou au-dessous de nous-même. On peut dire aussi que la souffrance, c’est Dieu qui frappe à notre porte, Dieu qui frappe à notre cœur, et qui frappe avec son cœur, contre notre cœur. C’est Dieu, dont le cœur vient battre contre le notre.
C’est aussi, le « pourquoi moi » ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Les autres vont et viennent, rient, courent, travaillent sont heureux, prient… et moi ? Pourquoi ce vide, pourquoi ai-je été mis de côté, impuissant, inutile, étendu depuis le matin jusqu’au soir, pendant des jours et des mois, des années ? Pourquoi ai-je été choisi ?
A cette question terrible, la plus ancienne de l’humanité, beaucoup ont répondu. Certains par la désespérance en se détournant de Dieu. D’autres l’ont sublimée, comme Marthe Robin. Elle a su s’oublier elle-même et accompagner avec tant d’amour vers le Christ, ceux qui venaient la visiter, montrer le chemin de la lumière, mettre sur la route de la guérison spirituelle. Elle ne sortait pas, ne marchait pas, ne se nourrissait que de la Ste Eucharistie, et elle a été apôtre du Seigneur, missionnaire, directrice des âmes, oblation et offrande totale. Mère Térésa a accompagné, soigné et consolé ceux que l’on considérait comme les rebuts de l’humanité. Les cheminements sont divers, comme celui qui recherche sans cesse et qui ne trouve pas. « Ai-je encore la foi ? Je ne vois plus rien ! ». Ils souffrent avec Jésus, au Jardin du Mont des Oliviers, avec le Christ sur la Croix, ils partagent l’abandon, l’agonie, où le Fils semble délaissé par le Père : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Et là, il faut un signe. Ce signe c’est souvent le début d’une vraie conversion, pour celui qui le fait ou qui le reçoit. Le cas le plus célèbre est celui de saint François d’Assise. « Un jour qu’il se promenait à cheval, dans les environs d’Assise, il entendit un petit son terne et bien connu de tous, qui faisaient fuir les plus vaillants. Comme du fond des plus anciens récits des Ecritures, venait vers lui un lépreux agitant sa clochette. Toute la nature de François se révolta, mais une force irrésistible le fit sauter à bas de son cheval et marcher droit vers ce porteur d’épouvante. Son visage n’était qu’une plaie horrible. Mais François lui prit la main et posa sa bouche, cette bouche jadis si dégoûtée, sur cette chair en pourriture. Alors une joie immense envahit le jeune homme et le baiser de paix lui fut rendu aussitôt. Retournant vers son cheval, il remonta en selle et voulut jeter un regard vers son lépreux, mais, il eut beau chercher de tous côtés, il ne vit personne. Le Christ était passé, il l’avait approché, et il l’avait salué…
Puissions-nous un jour connaître cette joie et remercier le Seigneur d’être toujours disponible pour accompagner ceux qui souffrent, comme pour essayer de nous guérir de la lèpre de nos propres fautes. A nous qui sommes pécheurs, Jésus nous dit en ce dimanche : « Va te montrer au prêtre ». En ces quelques jours qui nous séparent de l’entrée en carême, n’est-ce pas une invitation à la conversion, à la confession et au pardon de nos péchés ? Je crois que oui ! Amen.                              
                           Mgr Jean-Pierre ELLUL
               Basilique du Sacré-Cœur de Marseille
                                11 et 12 février 2006 
 

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