Messe solennelle du Souvenir UNC – SOLDATS DE FRANCE

Publié le par Mgr Ellul

Ce Dimanche 29 Janvier, la messe a été présidée par Monseigneur Jean-Pierre ELLUL, recteur de la basilique du Sacré-Cœur, assisté du diacre Georges RENOUX et du Chanoine Matthieu ACQUILINA.

ACCUEIL par Mgr. ELLUL ...

"Soyez les bienvenus dans notre basilique du Sacré-Cœur pour la messe du souvenir. Comme chaque année, nous prions pour tous les soldats morts pour la France. D’ailleurs plusieurs plaques commémoratives mentionnent le don de leur vie. Vous ne les voyez pas, mais elles se trouvent dans le déambulatoire. Elles sont dédiées aux morts des Guerres de 14-18 et de 39-45, de la Guerre d’Algérie, des Scouts de France morts pour la Patrie, et une plaque mentionnant la présence française en Indochine de 1787 depuis l’arrivée des premiers missionnaires jusqu’en 1954. Je vous invite à prier et à vous souvenir de celles et ceux qui sont morts cette année, partis vers la lumière éternelle.
Je salue le Président Départemental, le Colonel Michel RICHAUD, les Autorités Civiles et Militaires, tous les Membres de l’UNC, les Portes-Drapeaux, la Chorale d’Aubagne et son responsable le Général Le Flem, ainsi que l’organiste Eric Dallest, et ceux et celles qui ont préparé cette messe du souvenir.
Entrons maintenant dans la célébration eucharistique en reconnaissant que nous sommes pécheurs..."

Homélie de la messe du 4ème dimanche du Temps Ordinaire
29 janvier 2006 –année B – 11h

Dieu nous invite à devenir des prophètes. "Rassemble tes enfants dispersés". Ainsi le psaume 105, au verset 47, le dit bellement dans l’antienne d’ouverture de cette messe, que nous célébrons à la mémoire de tous les soldats morts pour la liberté et l’honneur de la France. Des milliers de jeunes, des pères de famille, des femmes et des enfants périrent durant ces guerres, lorsque la France fut attaquée et soumise. Triste période, épopée héroïque, don total des êtres, laissant combien de veuves et d’orphelins, de traumatisés aux blessures éprouvantes… Mais la France se releva.
Une inscription placée près de la Piéta de notre basilique rappelle que c’est « pour la consolation des mères et des enfants de France qui pleurent l’être cher offert en sacrifice pour le salut de la Patrie », que cette église à été élevée. Pensons à tous ces soldats, dont certains visages sont gravés au bas des vitraux, pour rappeler le sacrifice de leur vie. Oui, des milliers d’être humains, donnant leur vie, d’autres revenant du front, avec tant de souvenirs.
Parmi tant d’autres, revenu de l’enfer de 14-18, mon grand-père, qui y avait participé, gardait en mémoire cette fraternité entre soldats, une grande camaraderie, une main tendue, et le sourire qu’il fallait malgré tout garder pour ne pas sombrer dans la désespérance. Tout jeune, je l’ai souvent vu sortant de son portefeuille, l’image de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Il me disait qu’elle avait fait la guerre avec lui et tant d’autres soldats et qu’elle l’avait protégé. Il fut gazé et en garda de terribles séquelles.
C’est d’ailleurs durant les années 1917, que le Père Brothier (béatifié le 25 novembre 1984 par le Pape Jean-Paul II), au plus fort de la bataille, avec l’assistance de combattants convalescents va entrevoir la nécessité de maintenir et de resserrer ces liens que les soldats avaient tissés au plus fort de la tourmente. Et ils fondent la revue « Nouvelle France », à laquelle il contribue, comme aumônier militaire.

Et chaque année, vous vous rassemblez sous le regard du Christ, qui vous accueille, ouvrant largement ses bras, pour écouter, méditer et mettre en pratique la Parole de Dieu.
Que nous dit-elle en ce dimanche ? Que Dieu fera se lever au milieu de son peuple un prophète comme Moïse. Il mettra toutes ses paroles dans sa bouche et leur dira tout ce qu’il leur prescrira, sans que sa parole soit trahie. Ce sera là le point central du message. Parler sans trahir la Parole de Dieu ! Car Dieu est fidèle, c’est nous qui sommes changeants et ne tenons pas parole. Mais pour la comprendre et surtout la mettre en pratique, il ne faut pas fermer notre cœur. Il faut écouter la voix du Seigneur et comme le propose Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, rester attaché au Seigneur sans partage.
Celui qui est porteur de la Parole, de la Bonne Nouvelle du Père, de l’amour témoigné dans le monde, c’est Jésus de Nazareth. On était vraiment frappé par son enseignement car il parlait avec autorité et non comme les scribes, qui répétaient et semblaient ne pas comprendre ce qu’il disaient.
Jésus, comme tous les shabbats, rentre dans la synagogue, prie et enseigne. Mais il ne fait pas qu’enseigner : il guérit et pardonne. En fait, il montre, par ces signes qu’il est le Messie, le nouveau Moïse, l’envoyé de Dieu, celui qui doit venir dans le Monde, le Fils de Dieu, le Christ. Et même les esprits mauvais sont soumis au silence. D’où la question que Marc met dans l’esprit de ceux qui participent à la prière en ce samedi : Qui est cet homme ?
Cet homme vous l’avez rencontré sur le chemin de votre vie. Il s’est laissé prier par tant de soldats, qui, aux derniers instants de leurs vies, avec encore un souffle dans la bouche, lui ont dit : « Pardonne-moi, reçois-moi près de toi ». Et le Seigneur pardonna et les accueillit. Et nous gardons le témoignage de tous ces noms qui sont inscrits, gravés dans la pierre, sur les murs de notre basilique, témoins de ce qu’ils ont souffert, car cette basilique est dédiée aux morts de toutes les guerres. Ils ont donnés leurs vies pour que nous vivions libres.
De nos jours, il est de bon ton de reprocher à la France tant de choses. Devons-nous avoir honte de notre passé glorieux ? Certainement pas ! Et ceux qui cherchent à nous faire accroire que nous devons demander pardon, faire acte de repentance, qu’ils remercient d’abord la France de leur avoir donné, à la fois la grandeur d’âme et la culture, mais surtout la liberté d’exprimer ce qu’ils rejettent, sans savoir, sans avoir connu les souffrances de celles et ceux qui ont combattus au péril de leur vie .
Allons, cessons ces circonlocutions verbeuses, ces émissions de télévision où l’on abaisse et salit la France, où on laisse dire n’importe quoi. C’est vrai que tout ne fut pas rose dans le passé colonial et qu’ici où là, par la faute de certains, on ait pu regretter quelques exactions, mais qu’est ce que cela, face à l’apport de la culture, de la médecine, de l’aide donnée par les soldats qui remplissaient une mission et qui étaient sous les ordres, mais qui construisaient, guérissaient, enseignaient, apportaient la paix. Qui dira le dévouement des médecins militaires d’outre-mer, qui ont éradiqué la variole, la tuberculose et le choléra, en payant parfois leur courage, de leur vie ! Parle-t-on du Cardinal Lavigerie, qui se battit toute sa vie contre l’esclavage, qui en racheta des centaines, dont plusieurs enfants ? N’étais-ce pas là de la grandeur. Et ces prêtres, religieux, religieuses, qui en Algérie ont apporté réconfort et soins, alors que la IIIème République, bien avant la séparation de l’Eglise et de l’Etat, nous empêchait d’annoncer l’évangile. On oublie très vite. On devient amnésiques. Pourquoi ce dévoiement ?
"En fait, comment aimer un pays qui se haïrait lui-même ? La France est épuisée de repentance et d’auto flagellation. Sommée de renier son histoire, elle apparaît comme une nation en état de coma culturel dépassé" (Jérôme Rivière). « Il n’y a plus de nations saintes et pures, écrivait dernièrement un historien. Et que je ne sache pas que, leurs indépendances acquises, les nouvelles nations, aient connu une histoire paisible. Malheureusement l’histoire est violence, et la seule manière de tenter de la maîtriser, c’est d’abord de l’écrire en respectant les faits, tous les faits » (Max Gallo).
« Oui, il est bon qu’une nation soit assez forte de tradition et d’honneur, pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais elle ne doit pas oublier les raisons qu’elle peut avoir encore de s’estimer elle-même. Il est dangereux en tous cas de l’avouer seule coupable et de la vouer à une pénitence perpétuelle. Soyons fiers de la France, de sa grandeur de sa générosité, pays de liberté », écrivait Albert Camus. Voilà pour nos cités terrestres.
De l’autre côté de la mer méditerranée, Saint Augustin au Vème siècle a décrit comment il voyait la Cité de Dieu. « Ce grand livre, c’est le point d’un monde promis aux mutations, mais dans l’attente émerveillée d’un autre, la cité divine, dont le meilleur de la cité terrestre, ne saurait donner qu’une faible image. » (Serge Lancel). Plus proche de nous, le bienheureux Charles de Foucauld mettra en pratique, au début du XXème siècle, par la prière et la pénitence, le silence et l’adoration, cette recherche de Dieu, cette vie avec le Christ pauvre, au milieu de ses frères Touaregs, qui l’assassineront.
Jésus en son temps aima sa patrie, car c’est sur cette terre, la Terre Sainte, que Dieu s’était choisi un peuple et il qu’il enverra son Fils, né de la Vierge Marie, pour parler en son nom. Il vivra sa vie cachée durant 30 ans à Nazareth. Puis il partit pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Parole et actes, puisque, il pardonne et guérit, touche l’âme et le cœur de ses interlocuteurs. C’est pour cela que sa renommée se répand dans toute la région, et que des foules nombreuses viennent à lui.
Frères et Sœurs, que la parole de Dieu, proclamée ce matin, nous fasse passer de l’écoute au témoignage. Après avoir proclamé notre foi, nous déposerons sur l’autel du Seigneur le pain et le vin, qui deviendront son Corps et son Sang.
Nous pensons à tous ceux qui ont donné leurs vies pour la grandeur et la liberté de la France et nous prions pour que le Seigneur les garde auprès de lui dans la lumière de la résurrection, pour que la haine et la peur, soient chassées de nos cœurs, pour que nous soyons toujours des témoins fidèles. La gerbe de fleurs que nous déposerons devant le Seigneur à la fin de cette eucharistie, alors que la flamme du souvenir sera ravivée, nous permettra de nous incliner devant chaque Monument aux Morts, pour leur dire notre souvenir, notre respect, notre merci, pour leur grandeur d’âme.
Garde-les dans ta lumière et dans ta paix, près de toi Seigneur. Qu’ils reposent dans la paix. Amen

Mgr Jean-Pierre ELLUL

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