4ème dimanche de Carême – Laetare

Publié le

ornements-rose-redimensionn-s.jpg

undefined

Homélie donnée à la Paroisse St Charles, le 2 mars 2008

La pâques du pain de vie.

 

+ Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen

 

Frères et Sœur bien-aimés,

 

Avec le quatrième dimanche de carême, que nous célébrons en ornements roses, nous retrouvons à Rome, comme le faisait l’église antique, les différentes stations, où le peuple de Dieu se réunissait. Saint Jean de Latran, pour la première célébration, après le mercredi des Cendres à Ste Sabine, puis à Ste Marie-in-Domnica, à St Laurent hors-les-murs, et ce 4ème dimanche à Ste Croix-de-Jérusalem, où avaient été déposées les reliques de la Croix du Christ rapportées par Ste Hélène.

Etant entré dans la mi-carême, nous avons fait la moitié du chemin et la collecte de la messe viens préciser, qu’accablés par les épreuves que nos fautes nous méritent, nous prions le Dieu tout-puissant, de pouvoir reprendre haleine au souffle bienfaisant de sa grâce. Aussi, la Sainte Eglise nous propose de méditer l’évangile de saint Jean au chapitre 6. Le texte nous dit : « Après cela, Jésus s’en alla de l’autre côté de la mer de Galilée, appelée aussi Tibériade. »

St Jean veut parler de la fin du chapitre 5, sur le discours  de l’œuvre du Fils, et reprenant le Prologue de son évangile, que nous dirons à la fin de la messe, il mentionne le témoignage rendu à la vérité, et souligne que Jésus à bien plus que Jean Baptise. Mieux que l’eau du Jourdain où il purifiait le peuple, Jésus a les œuvres que le Père lui donne d’accomplir, et le Père qui l’a envoyé, lui rend témoignage. Pourtant personne n’a jamais entendu sa voix, ni vu sa face.

Jésus poursuit sa prédication, malgré ceux qui lui reprochent son miracle de la piscine de Bézatha, le jour de Shabbat, lorsqu’il dit au paralytique : « Prends ton grabat et marche ! » Et lorsque les Juifs le questionnent il répond : Mon Père travaille toujours et moi aussi je travaille. » C’était une  raison de plus, pour le faire mettre à mort, puisque non content de violer le shabbat, il appelait encore Dieu son propre Père, se faisant ainsi l’égal de Dieu.

Et Jésus ajoute : « Ne soyez pas surpris, l’heure vient ou les morts vont entendre sa voix, et sortiront de leurs tombeaux ; ceux qui auront fait le bien, ressusciteront pour la vie et ceux qui ont fait le mal, pour la damnation. Vous, leur dit-il, vous n’avez jamais entendu sa voix et sa parole, n’habite pas en vous, puisque vous ne croyez pas à celui qui m’a envoyé… D’ailleurs je vous connais : l’amour de Dieu n’est pas en vous. » Voilà pourquoi Jésus passe de l’autre côté du lac de Tibériade, et qu’une grande foule le suit. Il est poursuivi aussi par ceux qui veulent sa mort.

Jésus gravit la montagne et s’assoit avec ses disciples. La fête de la Pâque était toute proche. Et voilà qu’il se préoccupe de donner à marger à toute cette foule, et nous assistons  à la multiplication des pains et des poissons. Cet évènement se situe à Tabga, et ce sur ce lieu à été construit une belle église bénédictine sur les bords du lac, près du mont des béatitudes. Elle garde le témoignage des cinq pains et des deux poissons. Lorsque tous eurent mangé à satiété, il se leva, partit dans la montagne pour une longue prière,  pour un nouveau dialogue avec le Père.

Nous, nous serions restés ! Nous serions restés pour recevoir honneurs et félicitations, avec ces éclats de voix émerveillés devant un si grand miracle. Lui, non ! Il part dans la solitude où il a l’habitude de se retirer, pour être en adéquation avec le Père, écouter encore sa Parole. Il ne veut pas de la royauté humaine. Sa couronne, il l’aura bientôt, ce sera la couronne de dérision, la couronne d’épines, que les soldats enfonceront sur son front avec un bâton.

Et même devant Pilate, lorsque celui-ci le questionne, lui disant : « Alors du es roi ? » Jésus répondra : « Oui, je suis roi, je  suis né, je suis venu dans le monde que pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Nous connaissons la réponse de Pilate en forme d’interrogation : « Qu’est-ce que la vérité? »La vérité, c’est lui, c’est Jésus, le sauveur du monde, celui qui enlève les péchés, pour les prendre sur lui, l’Agneau de Dieu, marchant sur le Chemin de la Croix, pour nous faire comprendre que nous avons-nous  aussi, à marcher vers la vie qui n’a pas de fin ; lui qui meurt pour ressusciter et nous entraîner à sa suite dans le royaume.

Cette pâque du Pain de Vie est déjà, avec la multiplication des pains l’annonce de l’Eucharistie. Et en toute Eucharistie, nous renouvelons notre foi en sa présence réelle, en ce pain et ce vin, qui vont devenir, par l’action de l’Esprit Saint et par les paroles de la consécration, son corps et son sang, donné, rompu, pour que nous ayons la vie éternelle. Ce corps du Christ, qui s’opère par la Transsubstantiation,  que nous gardons dans le tabernacle, où,  comme nous le chantons, « prisonnier de son amour », il attend notre visite, si peu fréquente, notre adoration qui tarde, notre vénération pleine et entière. Car nous devrions êtres prosternés devant lui, n’ayant de cesse, comme le saint curé d’Ars, de lui parler, de l’aviser, et de l’entendre nous répondre. Nous devrions participer nombreux à la messe quotidienne, car il est là présent, et souvent délaissé.

Cette Pâque du pain de vie, ce chapitre 6 de St Jean, que je vous invite à relire chez vous, « in extenso », vous permettra de faire route avec lui, en cette fin de carême, comme le firent les pèlerins d’Emmaüs. En retrouvant le texte, vous le verrez marcher sur la mer à la rencontre de ses disciples, l’entendre parler dans la synagogue de Capharnaüm ; peut-être même le questionnerez-vous, en lui demandant, comment il est arrivé là ? Il vous dira  : « En vérité, vous me chercher non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé du pain. Travaillez non pour la nourriture périssable, mais pour la nourriture, qui subsiste dans la vie éternelle, celle que vous donne le Fils de l’Homme, car c’est lui que le Père a marqué de son sceau. »

En ce temps de carême, alors que depuis trois semaines, nous avons cheminé et témoigné, que nous avons jeûnés et fait de nombreux sacrifices, que nous avons tenu notre langue : effort de carême le plus difficile à réaliser, car nous, qui somme prompt à la critique et au dénigrement, à la violence verbale quelque fois… nous avons fait un grand effort : oui, nous sommes restés silencieux, le regardant, lui le Seigneur Jésus et prenant exemple sur sa vie divine et sa Parole d’amour, nous sommes restés dans l’adoration.

Comme Pierre, alors que ceux-là même qui ont mangé le pain, le quittent, après le discours sur le pain de vie, dans la synagogue de Capharnaüm, nous aurons sur les lèvres la réponse de Pierre : « Te quitter ? Mais à qui irions-nous Seigneur, toi seul a les Paroles de la Vier éternelle. Nous, nous croyons que tu es le saint, le saint de Dieu. » Et ce chapitre se termine par cette phrase terrible : « Je vous ai choisi, vous les Douze. Pourtant l’un de vous est un démon. Oui, il parlait de Judas, car c’est lui qui devait le livrer. »

Nous, Seigneur Jésus, nous ne te livrerons pas. Au contraire, nous témoignerons que tu es vivant et que dans l’attente de ton retour glorieux, nous irons, en pensée, la semaine prochaine à la dernière « église stationale », à St Pierre, où ton, disciple fut mis à mort, près du cirque de Néron, faisant notre dernière station de carême, avant de te voir entrer glorieux à Jérusalem, le jour des Rameaux.

Alors que l’Eglise prendra les vêtements de deuil, tes souffrances Seigneur, continuellement évoquées durant les jours saints, nous permettront de prendre nos dernières résolutions de carême : jeûner, convertir notre cœur, nous confesser, partager avec les plus démunis, faire pénitence. Comme pour le grain de blé, tombé en terre, invisible, le Mystère de Vie s’opère, dans la mesure de notre fidélité.

Bonne fin de carême, Frères et Sœur, bonne Semaine Sainte, avec la Vierge Marie pour compagne. Elle chemine à nos cotés et soutiens nos efforts, elle, l’Immaculée Conception, elle nous redit comme à Ste Bernadette, courage, pénitence et conversion. Avec elle, nous faisons sur nous le signe de la croix. Mgr Ellul

Publié dans Paroisse St Charles

Commenter cet article