La Samaritaine

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3ème dimanche de carême

La Samaritaine – 23 et 24 février 2008.

 

Frères et Sœurs,

Jésus vient de s’assoire près du puits de Jacob. Il est midi. Chaleur du soleil, longue marche pour parvenir en Samarie, qu’il ne devait que traverser, mais où il restera quelques jours… A quoi pense-t-il ? Qu’il est fatigué et qu’il a soif !

Avec lui, en ce 3ème dimanche de carême, en ce dimanche de l’eau vive, nous pensons, nous aussi à l’eau qui désaltère, redonne courage et nous permet de repartir ; à cette eau jaillissante ; à cette eau combien nécessaire dans les régions désertiques ; on peut penser également au fleuve aux quatre bras qui arrosait le jardin d’Eden ; à l’eau du Nil et à Moïse qui en fut sauvé ; à l’Exode et au passage de la mer à pied sec ; au rocher d’où il fit jaillir l’eau vive, afin que le peuple boive et qu’il s’aperçoive de la présence du Seigneur ; à l’eau dont nous parlent les prophètes Isaïe et Ezéchiel, cette eau qui nous remet dans la droiture . « Lavez-vous, cessez de faire le mal… Je vous aspergerai d’eau pure, je vous donnerai un cœur nouveau et un esprit nouveau… Il y aura une source pour laver votre péché et ses souillures  ; répands ton cœur, comme l’eau devant la face de Yahvé » ; enfin, aux paroles de l’Ecclésiaste, qui fait dire à la Sagesse personnifiée : « ceux qui boivent auront encore soif, annonçant déjà celui qui donnera l’eau de la vie éternelle »…

C’est alors qu’arrive la Samaritaine et Jésus, lui demande à boire. Première constatation : Jésus ne boira pas. Du moins le texte ne nous le dit pas. Au contraire, un dialogue s’instaure, jetant les bases d’un approfondissement théologique.

Des questions : Comment toi un  juif ? A moi une Samaritaine ?

Une réponse, bien difficile à comprendre pour cette femme : « Si tu savais le don de Dieu » !

Autre invitation : Va chercher ton mari ! Je n’ai pas de mari. Approfondissement sur l’amour humain…

Questions pertinentes  de la femme : « explique-moi, qui doit-on adorer ? Qui est le Messie ? » Et la réponse de Jésus : « C’est moi qui te parle… »

La surprise des disciples, en le voyant parler avec une femme étrangère et leurs appels : « Rabbi, viens manger ! » et sa réponse, qu’ils ne comprennent pas : « Pour moi j’ai de quoi manger !  Ma nourriture c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé. »

Vous l’avez compris ! Tout est dit comme en raccourci. Car cet « évangile charnière », en ce 3ème dimanche de Carême, vient faire le point et permet une halte, dans ce temps de conversion, permet à ceux qui se préparent au baptême, un approfondissement scripturaire. Il en est de même pour nous tous, vous l’avez compris.

Essayons de reconstituer très rapidement un schéma de prédication, dont l’Eglise primitive se servait, pour enseigner les catéchumènes, c’est-à-dire ceux qui se préparent au baptême.

L’eau, c’est Jésus qui vous la donne ! Bien plus, l’eau de la Vie, dans laquelle vous serez plongés le soir du passage de la mort à la Vie Eternelle, va vous configurer au Christ, avec les paroles rituelles, elle fera de vous des créatures nouvelles. Cette eau, vous fera connaître le don de Dieu et ce celui dont on vous a parlé durant votre catéchèse. La Samaritaine, c’est vous, c’est celle qui questionne, mais qui représente aussi, tous les peuples appelés à rencontrer le Christ, invités à la conversion et au baptême.

Vous n’aviez rien pour puiser ? L’Eglise qui vous accueille, vous  permet d’approfondir en vous cette source jaillissante. Mais vous devrez encore et toujours, puiser de cette eau, descendre en vous pour y trouver le visage du Christ, ce visage qui vous révèle qui vous êtes, afin que vous puissiez l’adorer et le servir sans péchés, en esprit et en vérité, avec une vie droite et toute donnée à votre Dieu.

Ce Messie, l’Envoyé du Père, regardez-le ! Il est là, présent au milieu de vous, par sa Parole et dans l’Eucharistie, dans les sacrements que vous allez recevoir, présent par vos frères déjà baptisés, et qui sont l’Eglise, présent bientôt par vous, vous qui allez devenir à votre tour, ces dispensateurs d’eau vive.

Et si vous êtes venus vers Lui, le Seigneur d’amour et de bonté, c’est parce que vous vous êtes posé cette question fondamentale : « Qui est celui que j’ai cherché et qui m’appelle ? », et vous avez trouvé la réponse : « Oui, c’est lui le Messie, c’est lui, le Fils de Dieu, c’est lui, qui est le montreur du Père. »  Et désormais votre nourriture, ce sera de faire la volonté du Père et d’accomplir l’œuvre d’amour qu’il a entreprise en vous.

N’oubliez pas, que vous être précédés… D’autres ont semé, planté, arrosé et c’est vous qui en recueillez les fruits et profitez de leurs travaux. Désormais, comme il le fit en Samarie,  et dans d’autres régions de Palestine, le Christ ne restera pas seulement deux jours avec vous, mais sera-là, en vous, vous accompagnant pour la Vie Eternelle. Et si vous croyez en lui, ce n’est pas seulement sur le témoignage de ceux qui vous l’ont annoncé, mais aussi, et surtout, parce que vous l’avez personnellement rencontré et vous savez que désormais, que c’est lui le Sauveur du monde.

Frères et Sœurs, cette catéchèse sur l’eau vive, elle est aussi pour nous, pour nous rappeler l’eau de notre baptême.

La semaine dernière, à Lourdes, en méditant sur cet évangile de la Samaritaine, en priant pour vous tous et à toutes vos intentions, je voyais tous ces pèlerins venir implorer la miséricorde du Seigneur et prier Notre-Dame, l’Immaculée Conception.

J’étais là, moi aussi, où il y a 150 ans, dans la grotte de Massabielle, la Vierge Marie, demanda à Bernadette de creuser la terre, pour y trouver cette source d’eau vive qui régénère et qui continue de couler. Elle l’invitait à prier pour les pécheurs et à se laver le visage, à en boire, à se purifier, faisant de cette source, un autre puits de Jacob, où le Christ, invisible mais présent, est constamment assis, pour que nous puissions le rencontrer. Tant de prières, de supplications, de conversions, tant de miracles, tant de guérisons, opérés par la foi.

Aussi, durant ces dernières semaines de carême qui nous conduisent à Pâques, asseyons-nous près du puits de notre âme, et demandons-nous, dans le silence et la prière, si nous n’avons pas encore à creuser profond, pour en désensabler la source.

Oui, Seigneur, continue de nous donner l’eau vive de ton amour. Amen.                                                  Mgr. Jean-Pierre Ellul.

 

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