MESSE DES ARTISTES 2008 AU SACRE-COEUR

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Accueil pour la Messe des Artistes

6 février 2008

Mercredi des Cendres

 

Chers amis artistes,

Chers paroissiens

Depuis bien des années, cette messe fut célébrée à Saint-Victor, puis au Couvent des Dominicains, en 1980 en l’Abbaye de Saint-Victor et depuis 2001 en l’église St- Charles, où le Père Irénée Hétier avait en charge la pastorale des artistes…

L’année dernière nous n’avons pas pu honorer le Vœu de Willette, le Père Jean-Christophe Clerc, aumônier des Artistes, étant malade.

Depuis, en accord avec notre archevêque, nous avons décidé qu’elle serait célébrée cette année, dans la basilique du Sacré-Cœur, qui vient de fêter le 60ème anniversaire de sa consécration.

Aussi en ce jour, nous pouvons avoir une pensée et une prière pour tous les artistes marseillais, et plus particulièrement pour les artistes qui ont œuvré pour l’édification de ce monument inachevé et pour ceux qui nous permettent de prier en ces lieux, et remercier tous les Marseillais, car cette église est leur église.

Chacune de ces pierres, les vitraux, les colonnes, ils les ont offerts pour que le Seigneur soit loué, afin que nous devenions, nous même, comme on le disait si bien ce matin le Père Paul Raynal, sur les ondes de Radio-Dialogue, « des poussières d’étoiles », pour illuminer les autres au contact du Christ. « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière. »

Je remercie le Père Jean-Marc Aveline, d’avoir accepté de célébrer pour nous, car Mgr Georges Pontier, notre archevêque est en retraite spirituelle, avec les évêques de la région.

Le Père Aveline approche lui aussi tant d’artistes, que ce soit dans le ministère qui lui est confié à Marseille et à l’Institut Catholique de la Méditerranée, mais également tout autour de la « Mare Nostrum », par son apport théologique, et ses contacts, tissant des liens de paix, dans la reconnaissance de chacun. N’est-ce pas être aussi artiste, en écoutant, en proposant, en devenant… artisan de réconciliation ? Tant de fils qui se nouent, pour donner une tapisserie splendide, où les fils entrecroisés,  montrent une œuvre originale et magnifique lorsqu’on la découvre dans sa conception finale.

Il en est ainsi pour nous artistes. Nous avons en nous cette parcelle de divinité, que nous portons, avec tant de questionnements, mais aussi une joie soudaine, qui jaillit de nos pinceaux, de nos instruments, de nos ciseaux, de notre acte créateur.

Et l’Esprit qui est à l’œuvre en nous, nous permets de transmettre nos sentiments les plus profonds. Je n’oublie pas, le cinéma, les médias, la danse, le théâtre, les arts premiers. Mais aussi nos personnes, nos âmes et nos corps, donnés, livrés, pour que le monde vive, avec un peu de gratuité, d’espérance, de beauté.

Oui, tout cela et bien plus encore, nous le portons en nous, le faisant partager, sans craindre la critique, la louange, et j’ose avancer le mot, le viol, car le regard posé sur l’œuvre et nos personnes, peut à la fois nous combler et nous conforter, nous faire avancer, mais également nous questionner ou nous détruire, lorsque nous avançons sans reconnaissance ou sans amour. Il en est ainsi de la vie de l’artiste.

L’amour, le don total, cette parcelle de divinité, nous te l’offrons Seigneur, et regarde-nous, nous sommes là, ce matin pour te remercier et te demander d’aller plus loin, dans la confiance et la sérénité.

Hier je retrouvais dans mes archives, les noms de celles et ceux qui avaient lu la prière des Artistes du Père Georges Durand. Ont défilé sous mes yeux, des hommes et des femmes, tremblants, pour la plupart, mais fiers de se placer dans cette grande lignée de témoins marseillais.

La presse, que je remercie pour son soutien, annonce ce matin la présence d’artistes de « Plus belle la vie », le feuilleton du soir sur FR3. L’un d’eux aurait dû lire le vœu. Cela n’a pas été possible à la dernière minute. On m’a demandé pourquoi ce choix ? Mais parce que j’ai toujours proposé une ouverture, j’allais dire une aventure spirituelle, à celles et ceux qui dans Marseille, apportaient leur concours pour la faire connaître et aimer.

Aussi, je remercie Emmanuel Laugier, historien de l’art, qui connaît très bien le quartier du Mistral et des Accoules, d’avoir pris le relais. Nous avons travaillé ensemble et avec d’autres, pour réaliser l’ouvrage sur la basilique du Sacré-Cœur, également avec Michel Eisenlhor qui en a réalisé les photos.

Entrons dans la prière. Prions pour tous ceux qui nous ont quittés et qui du Royaume nous aident à tenir notre rôle de prophètes, d’annonciateurs d’un monde meilleur, où la paix, la justice et l’amour, seront les symboles forts.

Mgr Jean-Pierre Ellul

 

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Homélie Messe des Artistes 2008

Basilique du Sacré-Cœur

 

Chers amis

Le mercredi des Cendres est un jour de joie. Ce n’est pas tous les jours, en effet, que l’on reçoit de la part du Seigneur une telle invitation, qu’elle nous soit transmise par le prophète Joël : « revenez à moi de tout votre cœur », ou par l’apôtre Paul : « laissez-vous réconcilier avec Dieu. » Le temps du Carême est un temps béni, un temps où Dieu vient demander l’hospitalité de notre cœur pour nous faire du bien, pour nous transformer à son image, pour nous permettre de donner fécondité aux dons qu’il nous a faits, de « ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui ». « Je me tiens à la porte et je frappe, dit le Seigneur ; si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure. » Y a-t-il plus grande joie au monde que la perspective de cette visitation ?

Et le Dieu qui s’annonce à la porte nous invite à sortir. Sortir de nous-mêmes, de nos habitudes, de nos sécurités si bien rôdées, sortir de nos travers, de ces ornières du chemin où nous aimons parfois nous embourber ! Sortir de nos prisons multiples pour approfondir le sens libérateur de notre attachement au Christ. Sortir de nos suffisances pour redécouvrir la miséricorde de Dieu et pour devenir nous-mêmes miséricordieux envers nos frères. Trois engagements spécifiques nous sont proposés pour mettre en œuvre ce processus de renouvellement intérieur, trois pratiques que l’on pourrait aisément trouver en d’autres traditions religieuses (le Christ, d’ailleurs, les emprunte au judaïsme) : la prière, le jeûne et l’aumône.

Dans le message que le pape Benoît XVI a envoyé à tous les chrétiens du monde au début de ce Carême, il met l’accent sur l’aumône. Voilà un geste simple, souvent négligé, mais à la portée de tous. Un geste qui vient en aide à ceux qui sont dans le besoin et un geste qui nous libère de certains de nos attachements idôlatriques aux richesses de ce monde. Le pape rappelle l’avertissement de l’apôtre Jean : « Si quelqu’un possède les biens du monde et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » En ce début de Carême, il est bon que nous nous interrogions sur ce que nous donnons aux autres de ce que nous possédons. À une époque où le développement de l’action humanitaire pourrait nous dédouaner de tout don concret, personnalisé, il importe de redécouvrir cette dimension fondamentale de la vie. Pensons à la vieille dame que Jésus remarqua un jour, qui au Temple, offrit son obole, donnant non pas son superflu, mais ce qu’il lui restait pour vivre. Et le Christ de nous laisser entendre à travers le geste de cette femme, que donner, se donner, c’est correspondre à ce que Dieu a fait pour nous, c’est accorder notre vie à la vie même de Dieu. C’est pour cela que l’aumône évangélique, comme le rappelle Benoît XVI, n’est pas « simple philanthropie », mais « expérience concrète de la charité. » « L’aumône, en nous rapprochant des autres, nous rapproche de Dieu. »

Et si c’était là, chers amis, dans la densité spirituelle du geste qui consiste à donner, à se donner, que se trouvait le point de convergence entre la pratique du croyant et le travail de l’artiste ? Tous deux, dans leur offrande, célèbrent ce qu’ils ont reçu et le transforment à leur manière pour le donner aux autres. L’art, comme la prière, est tout aussi indispensable qu’inutile. « L’artiste, lorsqu’il est à l’œuvre, écrit Régine du Charlat, ne cherche pas d’abord le beau, mais le vrai. Il cherche, par un travail acharné qui se reprend sans cesse, à manifester ce qu’il perçoit de la vérité du monde vu, entendu, ressenti par lui. Cette vérité là, avant lui, n’avait pas été manifestée. Car il est de la vocation de chaque être humain de révéler une part du réel qui s’incarne de façon unique dans sa propre sensibilité : création, apparition, épiphanie de ce qui n’était pas encore apparu. L’œuvre est belle d’être vraie. »

Unir le culte et la culture, comme dirait notre ami André Gence, qui fêtera dans quelques jours son quatre-vingt-dixième anniversaire ! Réconcilier l’expérience religieuse et l’expérience esthétique. Unifier le sens de la création avec celui de la solidarité, comme avait su le faire Varian Fry, ce Juste parmi les artistes, qui en 1940 et 1941 aida tant de jeunes artistes et intellectuels réfugiés à Marseille à échapper à la barbarie nazie. Car l’artiste ne vit pas un apesanteur : il est souvent un révolté, un homme qui a le sens de la justice et le goût de la fraternité. La culture, la justice, la solidarité : telles pourraient être, chers amis, les grandes lignes d’une belle coopération entre l’Église et les artistes.

Chacun de nous, quel qu’il soit, reçoit mission de donner forme par sa vie aux dons reçus de Dieu. Chacun, qu’il soit ou non artiste, est appelé à faire de sa vie une œuvre. Car chacun porte l’empreinte de l’image de Dieu à laquelle il a été créé, mais reçoit pour tâche d’ajouter sa propre empreinte dans ce qu’il transmet aux autres. Ce que nous disent les textes de la liturgie d’aujourd’hui, c’est que cette empreinte se réalise progressivement, au gré d’un patient travail de simplification.

Lorsque j’étais enfant, et cela m’arrive encore parfois aujourd’hui, je regardais mon père sculpter, sur son établi, des morceaux de bois, et créer, à partir d’un tronc, d’un plateau, d’une vulgaire planche à peine dégrossie, une forme, une statue, un meuble, un objet. Plus tard, en lisant les homélies de St Grégoire de Nysse, j’ai compris la profonde similitude entre le travail du sculpteur et la vie spirituelle. Les deux sont affaire de simplification. Pour créer une œuvre, expliquait Grégoire, le sculpteur n’ajoute rien à la matière dont il dispose. Mais patiemment, délicatement, il lui retire ce qui est en trop pour faire voir ce qui y était déjà, pour faire jaillir le fondement en brisant l’apparence de la forme. Comme le vieil Antoine au désert d’Égypte, ne négligeant rien de ce que la vie comporte, il en apaise peu à peu le tumulte pour en recueillir la teneur. Ainsi en va-t-il dans la vie spirituelle. Dieu, tel un bon sculpteur, ne nous demande pas, pour nous conformer à l’image de son Fils, d’aller chercher des choses que nous n’aurions pas pour ajouter à ce que nous avons. Il nous aide, patiemment et délicatement, à nous décharger de ce qui nous encombre, à nous simplifier, pour qu’apparaisse ce qui était déjà en nous et que nous étouffions, son propre souffle créateur, sa propre lumière, sa propre vie sans cesse en travail d’enfantement, d’engendrement et de résurrection. L’art, comme la prière, est conversion du regard vers l’hôte intérieur.

Prions ensemble, frères et sœurs, en demandant au Seigneur de nous simplifier tout au long de ce Carême, de réduire en cendres tout ce qui nous encombre, pour que s’allume en nous, au soir de Pâques, le feu nouveau de sa résurrection. Amen.

                                                                        Père Jean-Marc Aveline

Vicaire Général de Marseille

                                                                                                             Directeur le l’ICM

 

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PRIERE DES ARTISTES 

Nous voici Seigneur, face à face déjà dans le désir et le tremblement, dans ce moment où nous pensons à notre corps, comme à la poussière du chemin que le vent soulève et qui retourne à la poussière ! Car tu es poussière, homme surgi du néant et de l'argile. Poussière du verger qu'un vent emporte, pour que la vie de l'amandier fleurisse et se répète ailleurs.

Regarde, Seigneur, et reconnais l’artiste qui veut redire Ta Parole, et refaire ton geste créateur. I

Nous aurons, nous dévoués à l'art, tenté d'épuiser au fil du temps ta parole éternelle, ensemencée et presque perdue dans l'espace de la douleur.

0 cendres bénies par le prêtre, moulues par le signe de croix ; cendres parlez-nous de la pénitence et de la

mort, de l'infinie tristesse et du désespoir.

Parlez-nous aussi du feu de la vie, du résidu de notre être, mais aussi de rame, de la flamme qui sort du bois, de toute vie crucifiée et repentie, de toute transfiguration à même l’âme et le corps.          

Regarde, Seigneur, tous ces artistes, nos frères, qui reconnaissent en Toi celui qu'ils ont deviné, celui qu'ils ont prophétisé» celui qui leur a confié la Beauté de sa création et sa propre gloire.     

 

Georges Durand

 

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