Messe de rentrée du Tribunal de commerce

Publié le

Photo-St-Charles-039-copie-1.jpg

Comme chaque année, la messe de rentrée du Tribunal de Commerce était célébrée dans l'Eglise Saint-Charles. Une belle assistance, avec l'animation liturgique des Baladins de la Chanson, Anne-Elizabeth Muguet, soliste, Christiane Caligari, pianiste et Maître Emmanuel Douhaire à l'orgue.
La messe du jeudi 17 janvier , préparée par Me Henri Grange, avec les textes de la Parole de Dieu, tirés du Premier Livre de Samuel (4,1c-11), et l'évangile de St Marc (1, 40-45), fut présidée par Mgr Georges Pontier, Archevêque Métropolitain de Marseille, et concélébrée par Mgr Jean-Pierre Ellul et le Père Laurent Grégoire de Frélibert. Ci-dessous, l'homélie de Mgr Pontier
.


Homélie

 

Les deux textes dont nous venons d’entendre la proclamation reflètent des étapes différentes de la réflexion d’Israël et de la révélation divine.

 

Le passage du premier Livre de Samuël entre dans la compréhension progressive que la protection divine ou la foi en Dieu ne saurait cautionner les comportements immoraux et injustes de ceux qui l’invoquent. L’Arche d’alliance ne saurait accorder la victoire à Israël qui a engagé ce combat contre les Philistins, de manière déraisonnable, ni l’impunité aux fils d’Eli, les prêtres de Silo, qui utilisaient à leur profit personnel la garde qu’ils en avaient.

 

 Au fond, on pourrait dire : l’engagement religieux, l’invocation divine, le statut de croyants ne dispensent pas ceux qui les revendiquent de la conversion morale, d’une vie conforme à leur foi et à la morale individuelle ou sociale. Cela nous paraît évident aujourd’hui. Et pourtant, nous pouvons voir encore des violences et des batailles menées tragiquement au nom de Dieu, et des croyants utiliser pour eux-mêmes leur position sociale dans la société ou leur position hiérarchique dans l’Eglise ou les institutions religieuses. Le visage du Christ serviteur, celui du Christ refusant l’usage de la violence pour se défendre, celui du Christ faisant de sa vie un don, deviendront pour nous, chrétiens, des révélations indépassables de la profondeur de son amour pour les hommes. Ils deviendront le modèle du comportement moral : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse. Fais pour lui ce que tu voudrais qu’il fasse pour toi et même va plus loin : aime tes ennemis »

 

La rencontre du lépreux avec Jésus, comme d’autres rencontres de l’évangile, manifestent la divinité du Christ qui, pris de pitié pour ceux qui viennent à lui, purifie, guérit, pardonne, accueille. Ces rencontres permettent à Jésus d’établir une saine distinction entre ce qui  arrive à l’être humain et ce qu’il est en profondeur. Le lépreux avait la lèpre, il n’était pas pour autant un pécheur dont il fallait se tenir éloigné, un homme dangereux à exclure de la société. Vous savez que le statut de lépreux était codifié par la Loi : il ne devait pas entrer dans la ville, il devait signaler sa présence en criant dés qu’il apercevait quelqu’un, on ne devait pas le toucher jusqu’à ce que la guérison lui rende son statut social. Son mal physique était signe de son mal moral, de son péché.

 

En acceptant la rencontre, en le touchant et en le guérissant, Jésus lui révèle sa puissance divine, et lui rend son statut social. Jésus enfreint la Loi en acceptant de le toucher et de l’entendre. Jésus respecte la Loi en l’envoyant vers les prêtres faire ce qui était prévu par la Loi après une guérison. Jésus n’a pas demandé le changement de la Loi. Il a su prendre en compte la situation particulière de celui qui était venu de lui-même, vers lui, avec humilité et respect : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». A l’intérieur d’un système donné, Jésus a su laisser parler sa pitié, son humanité et faire pour cet homme-ci ce qu’il n’a pas fait, ni demandé pour tous.

« Je le veux, sois purifié ». C’était lui rendre l’estime de soi-même, c’était le libérer d’une culpabilité malsaine. « Donne pour ta purification ce que Moïse prescrit dans la Loi », c’était le resituer dans la société à laquelle il appartenait et aux règles qui la régissaient.

 

Nous contemplons le Christ qui avait cette puissance de compassion, cette liberté intérieure, ce sens des exigences de la vie en société, et qui, en agissant ainsi, révélait la dignité de tout être humain au-delà de ce qui a pu lui arriver. En même temps, il redisait l’importance du respect des règles que la société se donne pour son vivre ensemble, même s’il a su rappeler que les hommes n’étaient pas faits pour les lois, mais les lois pour les hommes. L’homme, la recherche de son bien, sa valeur, sont au dessus de tout.

 

Vous êtes des hommes de loi, mais vous êtes des hommes tout court ! Vous savez qu’il est bien là notre défi à nous tous : faire passer le bien général avant le bien particulier et , pourtant, comprendre à ce point les situations particulières qu’on puisse parfois faire preuve d’une clémence qui ne remet pas pour autant en cause les règles présidant à la marche de nos sociétés.

 

Puisse notre contemplation du Christ nous permettre d’unir fortement en nous - mêmes justice et miséricorde, vérité et compassion. Que le Seigneur nous donne l’humilité nécessaire pour demeurer exigeants envers nous-mêmes et plein de pitié pour les autres.

Amen.

+ Georges Pontier

Publié dans Homélies St Charles

Commenter cet article