homélie

Publié le par Mgr Ellul

4ème dimanche de l’Avent - Année B – 18 décembre 2005 

Frères et Sœurs,

            Comme Marie, en ce dernier dimanche de l’Avent nous accueillons la Parole de Dieu. Reportons-nous un instant dans sa maison de Nazareth, où l’ange Gabriel vient la visiter de la part du Très-Haut. Il est là, devant elle. Voici que la puissance du Seigneur se dévoile et dans le beau dialogue que nous venons d’entendre, Marie dit : « Fiat, Oui ». Un "oui" qui la met sous l’ombre du Tout-Puissant ; celui qui va naître sera le Fils de Dieu, l’Emmanuel, Dieu parmi nous. Par son "oui" à l'archange Gabriel, Marie accepte totalement la volonté de Dieu et permet l'accomplissement du grand mystère de la rédemption. 

            Nous pouvons trouver un écho, une similitude entre les paroles de l’Ange Gabriel, et celles du Prophète Nathan. Dans le second livre de Samuel, on nous montre le roi David, installé dans sa maison à Jérusalem. Alors qu’il habite une maison de cèdre, ces cèdres pris au Mont Liban, bois dur et imputrescible, qui désormais sera le soutien de sa demeure dans un quartier qu’on appellera « maison de la forêt du Liban », l’Arche du Seigneur est toujours sous une tente. Magnificence du palais de David et maison de toile pour le signe que Dieu à donné à son peuple, humble demeure de Marie où la Parole créatrice engendre Jésus.

            Cette maison de toile, cette tente est le rappel du long cheminement du Peuple de Dieu à travers le désert et l’entrée en Terre promise. La Tente est le lieu où Dieu habite, ou les représentants du peuple et le Roi se réunissent pour prendre conscience qu’ils sont mandatés par Yahvé pour conduire son peuple. La tente, le tabernacle tissé de main d’homme est l’habitation où l’Arche demeure. 

            Cette arche en bois d’acacia, qui mesure environ 1 m 30 de longueur, sur 80 de largeur, contient les Tables de la Loi données à Moïse sur le Sinaï. Elle marche toujours en avant du peuple élu, que ce soit à la guerre ou dans les temps de pérégrination. Mentionnée plus de 200 fois dans la Bible, recouverte d’or et surmontée de deux chérubins, elle est le trône de Dieu. Elle est la demeure de Dieu, lieu de la rencontre de Dieu avec son peuple. Sa parole, « Les 10 Paroles », sont gravées sur des pierres ; les prophètes demanderont qu’elles soient surtout gravées dans les cœurs ! 

            David en a conscience et veut construire un temple magnifique. Mais c’est Dieu qui prend toujours l’initiative. Dieu dit et cela se fait. Aussi ce n’est pas David qui lui construira une maison, qui construira la demeure de Dieu parmi les hommes. Il ne le pourra pas. Malgré sa conversion totale, il a péché… mais il donnera toutes ses instructions à son fils Salomon pour qu’il le réalise. C’est Dieu lui-même qui fera par David, sa maison, sa descendance. « Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira et il ne tremblera plus et les méchants ne viendront plus l’humilier…Je te donnerai un successeur dans ta descendance, je rendrai stable sa royauté ! Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils… ».  

            On entend à nouveau les paroles de l’Ange Gabriel : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils… il sera Fils du Très-haut… son règne n’aura pas de fin ». D’un côté une royauté de prestige, la volonté de construire grand, de l’autre une jeune fille, vierge, humble qui devient, en son corps et par son acceptation, la demeure où le fils de Dieu prend vie.

        Enfin, ce mystère resté caché, dans le silence depuis toujours, ce mystère est maintenant révélé. Lorsque les temps seront accomplis, ce ne sont plus les Tables de la Loi qui marcheront en avant du Peuple de Dieu, c’est son propre Fils, né d’une femme, qui viendra « In Nomine Domini » leur parler et témoigner de son amour. Plus besoin de temple. C’est lui-même, qui sera le temple de Dieu. Et nous avec, depuis notre baptême, comme le rappelle Paul dans ses lettres aux premières communautés chrétiennes. 

        Ainsi s’achève le cycle des 4 dimanches de l’Avent. 

        Après avoir été annoncé par les prophètes, décrit et montré par Jean-Baptiste, c’est à une jeune fille, une vierge qu’il est révélé dans le mystère de Nazareth. 

        Essayons de réaliser ce qu’a été la vie de cette toute jeune femme, enceinte, soumise à la critique de ses proches et de son village alors qu’elle est promise en mariage à Joseph ; qui part à Ain-Karim, rendre visite à sa cousine Elizabeth. Dans la rencontre de ces deux femmes, l’Ancien et le Nouveau Testament se rencontrent. La stérile et la vierge se serrent dans les bras l’une de l’autre, et alors que Jean-baptise tressaille d’allégresse dans le sein d’Elizabeth, Marie redit les paroles d’Anne, la mère du prophète Samuel et les transforme en un Magnificat, qui sera désormais sur les lèvres du peuple chrétien, pour louer la grandeur du Seigneur et magnifier sa puissance.  

           Ainsi avec Marie, toute disponible, pleine de grâce rentrons dans l’attente immédiate du Messie-Seigneur, qui revient naître parmi nous comme un tout petit enfant. 

            Oui, comme elle, portons l’Enfant-Jésus dans nos cœurs. Portons-le, laissons-le grandir, et ayant conscience du don qu’il nous fait, donnons-le aux autres. Nous qui allons ces jours-ci, demander le pardon du Seigneur, laissons monter en nous une immense action de grâce. Car le Rédempteur de l'homme vient nous libérer, briser les chaînes de nos erreurs, de notre égoïsme et du péché qui font de nous des prisonniers. Le Christ vient libérer par son amour, le cœur de l'homme, et il est important de nous préparer à l'accueillir dans l'humilité et la sincérité en allant nous réconcilier avec lui. 

             N’hésitons pas à dire à Dieu : « Que tout se passe pour moi selon ta Parole ». Cette parole créatrice peut nous transformer entièrement. Laissons-là faire œuvre de puissance et sous le regard d‘amour du Seigneur qui revient, restons le regard fixé vers Marie, et disons : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de ton sein est béni. » 

            Fais que toute notre vie soit un "oui" à l’amour de Dieu. Que la Vierge de Nazareth nous accompagne dans notre rencontre avec l'Emmanuel, Dieu parmi nous. Amen.

Mgr Jean-Pierre Ellul

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