Marie de Jésus

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour la messe de la Fête de Marie de Jesus

 

 

Monastère de la Servianne, 27 Février 1997

 Chères Soeurs dans le Christ, Frères et Soeurs, 

   "L'Amour n'étant pas aimé. Elle fit le choix de l'Absolu". Nous pourrions résumer ainsi, à larges traits, la vie toute donnée au Seigneur de la Mère Marie de Jésus, votre fondatrice, assasinée un 27 février 1884 par un jeune anarchiste. Sa vie vous est bien connue, ainsi que ses écrits spirituels fondant la Société des Filles du Coeur de Jésus. Elle vécut dans un siècle où l'Eglise était persécutée, mais rien ne l'empêcha d'être témoin de Celui qui avait tout donné pour le salut du monde. Son message je l'ai relu avec foi depuis quelques jours, pour préparer cette célébration eucharistique. Quelle force, quel amour pour le Christ, l'eucharistie, le sacerdoce.

         Ce soir, nous nous transportons, en pensée, en Belgique, dans la basilique dédiée au Sacré-Coeur, à Berchem-les-Anvers, pour nous agenouiller devant la chasse où repose la bienheureuse Mère Marie de Jésus Deluil-Martiny, béatifiée par le Pape Jean-Paul II le 22 décembre 1989. Devant elle, nous faisons silence, pour entendre Jésus parler à notre coeur. "Oui, disait-elle, n'avoir qu'un amour : Jésus ! ... Qu'un désir : lui plaire et ne plaire qu'à Lui.... Me détruire, pour qu'il vive en moi !... Qu'un but : sa gloire, l'extension du règne de son Coeur ! Qu'un travail : le faire aimer ! Qu'une demeure : la plaie de son Coeur au Tabernacle.... Ne plus mettre de bornes à l'Amour !... Désespérer de moi, tout attendre de Lui!"... Sublimes paroles, qui résonnent au seuil de ce 3ème millénaire, comme en écho, à la lettre aux Catholiques de France, que les évêques viennent de nous adresser. Il y a de belles similitudes entre ce qu'elle écrivait et ces phrases extraites du  texte intitulé : "Proposer la foi dans la société actuelle".

         Dans la 2ème  partie, "Aller au coeur du mystère de la Foi", nous lisons : " Le signe de la croix, le mystère de la croix, révèlent pleinement l'humanité de Dieu dans l'épreuve du mal, sous toutes ses formes : violence, trahison, reniement, abandon... Mais Jésus, quand il est livré, fait de sa mort un acte de liberté, au point de devenir pareil au grain de blé qui tombe en terre, qui se défait... et qui porte du fruit. (Jn 12, 24). En passant ainsi de ce monde à son Père, Jésus inscrit dans le monde une autre logique, qui n'est pas de ce monde : celle d'un amour désarmé, qui au plein coeur du mal, veut et crée un monde réconcilié, car "en sa personne, il a tué la haine" (Ep 2, 16). Bien des fois, tout au long de l'histoire, et encore aujourd'hui, se vérifie cette fécondité de la Croix, vécue par des chrétiens qui donnent leur vie jusqu'au bout. Mais cette vocation est aussi la nôtre en permanence. Nous sommes appelés, à la suite de Jésus, à affronter l'épreuve du mal, avec la force de la foi, en y ouvrant des chemins de résurrection. Notre expérience de disciples de Jésus-Christ est déconcertante ; elle comprend en même temps des cris de souffrances, des luttes... et la joie de participer à l'enfantement d'un monde nouveau. C'est le signe que l'Esprit apprend aux chrétiens à "vouloir ce que Dieu veut"... Plus nous nous laissons guider par ce désir, plus nous décidons de nos actes... dans une dynamique d'amour, l'Amour même qui animait le Christ et lui faisait accomplir la volonté du Père (Ph 2, 6-11)."

          Dans une de ses lettres écrite à la Servianne, le 8 décembre 1882, Mère Marie de Jésus, parle de l'Amour, de cet amour..."au Coeur divin qui nous a conquises, et qui a ravi tous nos coeurs"... "Mes soeurs, mes filles, ... je voudrais vous donner la passion, la céleste passion de Jésus-Christ. Il est venu apporter le feu sur la terre ; et que désirerais-je, sinon qu'il embrase vos âmes, je voudrais vous voir dévorée de cet amour ; non point d'un amour de désir et de sentiments inféconds, mais d'un amour en oeuvre et en vérité, qui va jusqu'aux dernières extrémités du dévouement, et qui se laisse porter par le Bien-aimé jusqu'aux dernières extrémités de l'immolation..." (H. Arnaud, p. 106).

 

 

      Et comme en réponse, dans la  lettre des évêques il nous est dit : "Demeurer de manière stable dans ce don de Dieu est possible à la liberté humaine, avec toutes ses fragilités,... parce que ce don s'est fait pardon sur la croix du Christ, une fois pour toute. Il ne s'agit plus seulement de se demander :"Que dois-je faire, pour bien faire ?", mais aussi : "Qui dois-je être, qui dois-je devenir,... pour que ma vie soit réellement réponse au don qui m'est fait ?". "Le Christ devient alors la norme morale concrète, personnelle et universelle... pour le chrétien, selon sa promesse : "je vous ai donné l'exemple pour que vous agissiez, comme j'ai agi envers vous. (Jn 13, 15).Cette référence à la présence du Christ est exigente, mais d'une exigence libérante. Un seul chemin en ouvre l'accès : la contemplation de la figure du Christ, l'écoute de sa Parole éclairent et façonnent la liberté humaine, et la font entrer dans une vision de l'existence conforme au vouloir de Dieu"...

     "La figure de Mère Marie de Jésus mérite d'être honorée", disait le Pape Jean-Paul II, le lendemain de sa béatification, et je souhaite que vous méditiez le message de ses notes spirituelles et ... de la fondation de son Institut religieux. L'attachement de Mère Marie de Jésus à l'Eucharistie est exemplaire ; elle a compris en profondeur l'offrande que le Christ fait de lui-même à son Père pour le salut du monde. Les chrétiens de toutes les générations sont appelés à communier avec le Christ dans son acte rédempteur. La Mère Marie de Jésus montra admirablement le sens d'une dévotion eucharistique bien comprise, unissant à l'adoration, l'action de grâce, la supplication et l'offrande sincère de sa propre vie. Puisse sa béatification entraîner plus de disciples sur les voies tracées par son message et sa vie, dans la consécration religieuse, aussi bien que dans la condition laïque" !

     C'est ce que vous essayez de réaliser, Chères Soeurs, dans la prière et la contemplation des mystère du Christ, dans sa passion.  Vous y êtes aidées par la méditation quotidienne de la Parole de Dieu, les grands textes du magistère, les intentions de prière de notre Eglise diocésaine et les lettres de votre fondatrice, durant l'adoration eucharistique quoditienne. Dans ces temps, où il nous faut un sursaut de foi, pour être témoins du Christ, dans ces temps, où à l'extérieur,  tout va si vite,... où le bruit quelque fois, empêche d'entendre le frémissement de la parole de Dieu,... des hommes et des femmes, des jeunes, donnent leur vie, pour que dans le silence et la contemplation, ils soient, comme vous l'êtes, des témoins de l'absolu de Dieu. Que la Vierge Marie, comme à Nazareth, au Cénacle et au calvaire,  soutienne notre fervente prière, pour que des jeunes entendent l'appel du Seigneur, et répondent oui dans leurs coeurs, s'avançant pour être prêtres, diacres, religieux ou religieuses.

   Mère Marie de Jésus nous redit : "Confiance et intrépide action" ... "Mais que ferons-nous faibles femmes ?... nous prierons, nous réparerons, nous aimerons, nous souffrirons !... D'autres seront des apôtres, actifs combattants, ...jetés dans la mélée ! ... Nous serons, avec la très douce Vierge Marie, des holocaustes, cachées en Jésus-Christ, immolées avec Jésus-Christ, en achetant ...avec Lui,... par Lui,... en Lui, le salut du monde".  Que du haut du ciel, en cette année préparatoire au Jubilé de l'an 2000, alors que nous approfondissons le sens de notre baptême, et que nous méditons sur la vie du Christ-Jésus, le même hier, aujourd'hui et à jamais... la bienheureuse  Mère Marie de Jésus, intercède pour nous auprès de Celui qui est l'Amour !                                                       Amen.

 

Père J.P. ELLUL,

curé de SAINT-VICTOR DE MARSEILLE.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Homélies SAINT-VICTOR

Commenter cet article