Cardinal STEPINAC

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour le 27ème dimanche du temps ordinaire

 

C - 3 et 4 octobre 1998 - Saint-Victor de Marseille.

 

 

 

Frères et Sœurs

 

 

 

         « Seigneur, augmente en nous la foi » ! Combien de fois avons-nous demandé dans notre prière, que la foi que nous portons au fond de notre cœur, s'élargisse aux dimensions de l'univers ? Souvent et sans être entendu, pensons-nous !

 

         "Déracine-toi, et va te planter dans la mer !". Comment croire que cela pourrait se réaliser. Nous savons bien que non, que c'est scientifiquement impossible, que cela ne se peut pas... D'accord, comme exemple pris dans l'évangile... Mais enfin, soyons sérieux ! Oui, nous sommes croyants, mais nous manquons de foi, et pour éclairer notre propos, je voudrais très simplement faire mémoire de 4 chrétiens, de 4 saints, qui n'ont pas eu peur de prendre l'évangile au sérieux, d'en vivre ou milieu de leurs contemporains, d'être des témoins de la foi. Nous venons d'ailleurs de les prier ces jours-ci.

 

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte face. Elle à compris que la foi en Jésus, la conduirait, sans les quitter, au-delà des murs de son carmel, que la foi pouvait transporter les montages. Elle à fait des choses ordinaires, d'une manière extraordinaire, aimant Jésus comme l'un de ses disciple, sans l'abandonner, étant toujours fidèle. Elle est même, patronne des missions, alors qu'elle n'est jamais sortie de son monastère, mais elle à marché pour des missionnaires, elle à donné sa vie pour son époux et Seigneur bienheureux. Celle dont on avait fait une religieuse mièvre, lançant des pétales de roses, dont la vie et le message avaient été édulcoré, en relisant son Histoire de l'Ame, on comprit que comme nous, elle avait soif de réaliser sa vie à la lumière du Christ. Elle qui semblait bien loin des réalités de la vie, mais qui vivait dans l'amour de son Seigneur la vie évangélique et carmélitaine, qui sans cesse méditait la Bonne Nouvelle et par ses écrits la mettait à la portée de tout un chacun : elle est désormais Docteur de l'Eglise.

C'est d'ailleurs ce que fit également Saint François d'Assise, le pauvre parmi les pauvres, mais riche de la transcendance de Dieu, dont nous faisons mémoire aujourd'hui... Tout donner, radicalement, se séparer de tout, vivre en attendant tout de Dieu, de son amour et de sa miséricorde, partir par les chemins, pour prêcher sa passion et sa résurrection, prêcher aux oiseaux, aux animaux, quand les hommes n'écoutent plus, et recevoir les stigmates de la passion du Sauveur, pour bien montrer que ce ne sont plus des mots qui sont prononcés, mais toute vie donnée, offerte, sublimée, comme en une icône qu'il faut dépasser, entrouvrir pour contempler la béatitude éternelle et être enfin ébloui et comblé par la lumière bienheureuse. François dont la foi transporte, fortifie et sert exemple à l'évangile de ce dimanche.

 

         Nous pouvons également, plus proche de nous, faire mémoire du bienheureux cardinal Aloïs Stépinac, que le Pape Jean-Paul II à béatifié aujourd'hui, sur l'esplanade du sanctuaire de Marijia Bistrica, à Zagreb. Prêtre, archevêque, défenseur des droits de l'homme, martyr. Ainsi était titré depuis le Vatican, le commentaire de presse, dont je me sers, pour vous en parler aujourd'hui.

 

Qualifié par Jean-Paul II de "figure la plus illustre" de l'Eglise de Dieu chez les Croates, le Cardinal Stépinac naquit le 8 mai 1898. Etudes supérieures, service militaire, il participe à la 1ère  Guerre Mondiale. En 1924, il prend la décision de se faire prêtre. Après des études à Rome il est docteur en théologie et en philosophie, et ordonné prêtre le 26 octobre 1930. Curé engagé dans les quartiers les plus pauvres de la capitale, Pie XI le nomme à 36 ans, évêque-coadjuteur de l'archevêque de Zagreb. 

 

         Le comité qu'il a mis en place et qui défend les droits de l'Eglise catholique, vient en aide aux personnes persécutées par le nazisme, ainsi que l'organisme d'assistance au Juifs réfugiés. Durant la 2ème  Guerre Mondiale, sa défense des droits de l'homme s'adressait à tous, et en particulier, à qui était persécuté, sans préjugé de race ou d'appartenance ethnique, de religion, de nationalité ou de classe sociale. Voici ce qu'écrivait dans sa lettre pastorale à l'occasion du centenaire de la naissance de son prédécesseur Mgr Bozanic, l'actuel archevêque de Zagreb qui hier, recevait le Pape : "Lorsqu'il fallut, devant les assauts de la violence, protéger la vie de Serbes ou de Juifs qui, pour survivre, désiraient se convertir au catholicisme, Stépinac adressa à son clergé une recommandation confidentielle : "Quand viennent à vous des personnes de confession juive ou orthodoxe, se trouvant en danger de mort et qui veulent pour cela se convertir au catholicisme, recevez-les pour leur sauver la vie. Ne cherchez d'eux, aucune connaissance religieuse particulière car les orthodoxes sont des chrétiens comme nous, et la foi juive est la racine du christianisme... Quand prendra fin ce temps de démence et de sauvagerie, pourront rester dans notre Eglise, ceux qui auront été convertis pas conviction. Les autres, une fois le danger passé, retourneront dans la leur".

 

         Il ne perdit pas une occasion de condamner le racisme. En défense des Droits de l'homme, en 1943, il écrivait : "Nous avons toujours mis en valeur, dans la vie publique, les principes de la Loi divine éternelle, qu'il s'agisse aussi bien des Croates que des Serbes, des Juifs, des Tziganes, des catholiques, des musulmans et des orthodoxes, ou de n'importe qui d'autre... l'Eglise catholique ne connaît pas de race qui dominent et d'autres qui sont esclaves. L'Eglise catholique ne connaît que des races et des peuples qui sont créatures de Dieu. Et si elle respecte quelqu'un davantage, ce sera la personne au cœur le plus généreux, et non pas celle au poing le plus fort".

 

         En 1945 la Croatie, entra dans le giron de la nouvelle Yougoslavie communiste. Cette année-là, à la suite d'une lettre qu'il avait écrite, dénonçant l'exécution de prêtres, par des miliciens communistes, il fut arrêté une première fois et échappa à une tentative d'assassinat.

 

         Quelques années plus tard, à la suite d'une compagne de dénigrement dans les médias, après avoir longtemps refusé de rompre les liens de son église avec Rome, de toujours dénoncer l'arbitraire des biens placés sous séquestres par le gouvernement, il fut condamné à 16 ans de travaux forcés et à la privation de ses droits civiques. En 1951, il fut libéré, pour être placé aux arrêts domiciliaires et le 12 janvier 1953, Pie XII l'éleva au cardinalat, comme exemple de zèle apostolique et de force chrétienne.

 

         Le chapeau lui fut accordé pour "récompenser ses extraordinaires mérites, afin aussi, d'honorer et consoler de façon spéciale ces fils et filles qui confessent résolument leur foi catholique en ces temps difficiles". A la suite de geste papal, le gouvernement yougoslave rompit ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège.

 

         Malgré les faiblesses qui ont pu être les siennes, malgré la campagne de dénigrement dans les médias  de ces jours-ci, le Cardinal Stépinac "à incarné, écrit le Père Joseph Vandrisse, la force radicale de la fidélité évangélique : celle de démasquer le mensonge de tout pouvoir qui vise à s'ériger en absolu, quand César veut se substituer à Dieu"...Témoin de la foi, il mourut le 10 février 1960, après 13 ans et 4 mois de prison,...il est pour nous tous un exemple.

 

         Et je terminerai par Edith Stein, la bienheureuse Thérese Bénédicta de la Croix, qui sera canonisée le 11 octobre prochain à Rome, alors qu'ici, à Saint-Victor, nous célébrerons la dédicace de notre abbatiale. Nous ferons mémoire d'elle dans l'homélie du 18 octobre prochain. (voir l’homélie des 20ans de pontificat de Jean-Paul II)

 

         Saints et Saintes de Dieu, dont la vie et la mort ont chanté Jésus-Christ, sur la route des hommes, saints et saintes de Dieu, priez pour nous, montrez-nous le chemin, demandez au Seigneur d'augmenter en nous la foi.

 

         Jésus, Toi le Fils du Père, dans la motion de l'Esprit, fais que nous ayons toujours une foi vivante, rayonnante, à l'image de Marie, Ta Mère, une foi remplie d'amour, à l'abri des doutes et des peurs...

 

         Que la foi de l'Eglise, de notre baptême, que nous professons tous les jours nous permette d'aller à ta rencontre.

 

Amen.

 

Père Jean-Pierre Ellul

 

Curé de Saint-Victor.

 

 

 

        

 

Publié dans Homélies SAINT-VICTOR

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