Saint Martin de Tours

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour le  dimanche de la fête de Saint Martin

 

18 novembre 1997 ; Messe présidée par Mgr J. Sardou

 

Paroisse Saint-Martin 

 

Diocèse de monaco.

 

 

 

         Excellence, je voudrais vous remercier pour vos paroles de bienvenue, vous remercier également de m'accueillir dans votre diocèse pour cette fête de Saint Martin. Je me souviens, que votre première démarche, alors que vous étiez  archevêque-élu de Monaco, fut de venir à Saint-Victor, un vendredi Saint, en ce haut-lieu historique et monastique pour prier sur les tombes des premiers martyrs de la foi et vénérer Marie, la Vierge-Noire, Notre-Dame de Confession.

 

         Frères et Sœurs, 

 

Lorsque M. L'abbé Richard de Quay, votre curé, m'a proposé, au mois d'août dernier, de venir prêcher dans votre paroisse, j'ai été surpris. Peut-être voulait-il rappeler la similitude entre ce qui s'était vécu à Tours il y a 17 siècles, et l'implantation de la vie monastique dans ces mêmes années à Saint-Victor de Marseille, haut-lieu antique et historique où tant de moines bénédictins ont prié, qui est actuellement une paroisse, dont j'ai la responsabilité depuis 17 ans ? Je ne sais, mais je l'en remercie, car ce fut une joie pour moi, d'avoir pris le temps de redécouvrir la vie de Saint-Martin.

 

Les moines Cassianites de l'Abbaye de Saint-Victor, avait eux-mêmes vécu ce qu'à Ligugé, Marmoutier et Tours, Saint Martin avait essayé de réaliser, dans le silence, la prière, la contemplation. Alors qu'à Saint-Victor les anachorètes s'enfermaient dans une vie évangélique stricte, sans  contacts avec les fidèles du Christ, Martin au contraire partait sur les routes et les chemins, comme montreur de Dieu, de sa vie trinitaire, au plein vent de l'Esprit. Le prophète Daniel le note aujourd'hui : "En ce temps-là, viendra le salut de ton peuple et tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu".

 

         Vous connaissez la vie de Saint Martin ! D'ailleurs toute cette année à été consacrée à célébrer le 16ème centenaire de sa mort. Ce temps de grâce, cette "année martinienne", fut inaugurée lors de la venue du Pape Jean-Paul II à Tours en septembre 1996, pour rappeler qu'il fut le témoin remarquable de la charité évangélique, et ce dimanche la clôture.  Martin de Tours, né en Hongrie (Panonnie), converti à la foi chrétienne  voulut offrir à ceux qu'il rencontrait sur le chemin de sa vie,  la chance de  découvrir le Christ. "Allez, de toutes les nations faites des disciples..." (Mt 28)...Il annoncera la résurrection du Seigneur jusque dans  sa famille. Le baptême de sa mère en est le signe, malgré les réticences de son père et de ses frères.  Légionnaire du Bas-Empire, romain, né de parents païens...  dès l'enfance, son éducation et sa présence dans l'armée lui donneront de garder durant toute sa vie, les vertus de discipline, de rigueur, d'engagement dans l'action mais surtout, le sens de l'affrontement et du combat contre l'ennemi. Il va d'ailleurs transposer dans le service de l'Evangile ce qu'il vécu dans le service des armes : désormais le soldat de l'Empire, devient soldat de Dieu.

 

         Mais Martin est surtout l'homme au manteau partagé. Ce pauvre, nu et tremblant de froid restera toute sa vie, comme celui de la rencontre privilégiée avec ceux qui représentent le Christ. Et pour lui d'entendre ces phrases de l'évangile de Matthieu : "J'étais nu, et vous m'avez habillé" (Mt 25,36). Le Christ est là devant lui, dans le froid et la nudité. Oui, ce pauvre c'est Jésus... Tel est bien le sens du rêve qu'il fit dans la nuit qui suivit la rencontre d'Amiens : il aurait vu le Christ, couvert de la moitié de sa chlamyde qu'il avait donnée à ce miséreux, dire aux anges : "Martin qui n'est encore qu'un catéchumène, m'a recouvert de ce vêtement". Martin traduit dans ce geste concret les paroles de Jésus annonçant le Jugement dernier : Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel... (Marc, 13 24-32). et il dira "venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde". (Mt 25, 34).

 

         Mais pour accéder au Royaume, Martin va laisser le Christ le saisir tout entier. C'est pour nous tous chrétiens, baptisés,  un exemple à suivre. Sa vie, après qu'il ait reçu le baptême, fut caractérisée par une recherche de la simplicité, louange quotidienne,  prière de tous les instants, mais également la méditation des paroles  de l'évangile que les disciples du Seigneur avaient laissées à son Eglise. Cette vocation à la vie parfaite, va trouver son accomplissement naturel dans l'expérience du monachisme. Etre moine, être seul avec le Christ, partir comme lui au désert, puis annoncer le message d'amour et surtout le vivre. Il connaît bien ce style de vie déjà pratiqué par Hilaire de Poitiers. C'est aussi le temps où il rencontre tous ceux qui résistent à l'arianisme. Martin les rejoindra, alors que dans ces années-là se développe le culte des martyrs, dont les moines se disent les successeurs par leur "martyr quotidien". On verra ainsi s'implanter des groupes monastiques à Marmoutier et Ligugé, mais également à Lérins avec Honnorat et à Saint-Victor de Marseille avec Cassien. Martin sera évêque de Tours avec quelques difficultés. Elles ne venaient ni de son manque de savoir, ni de sa sainteté, mais de sa tenue. Lors de sa consécration épiscopale l'accueil de ses confrères lui fut hostile : "Un homme à la mine pitoyable, aux vêtements sales, aux cheveux en désordre, était indigne de l'épiscopat!". L'extrême dépouillement, la pauvreté n'étaient pas une fin en soi. Elles visaient à le rendre libre, libre par le jeûne, libre par le refus de tout ce qui n'était pas strictement indispensable, libre pour chercher Dieu. Mais son style de vie rigoureux, son exigence d'absolu, ses pouvoirs de guérison subjuguèrent les foules des villes et des campagnes. Et il assuma sa tâche épiscopale, en menant de front sa vocation monastique, avec cet immense désir de rencontrer le Dieu vivant, mais également en participant, par de nombreux voyages, aux grand évènements politiques et religieux de son temps... Le premier biographe de Martin, Sulpice-Sévère, résume l'opinion générale de ses contemporains quand il lui décerne le beau titre "d'authentique successeur des apôtres". Cet homme de Dieu conçut sa mission épiscopale, difficile en tous temps, comme un combat où il affronta le mal sous toutes ses formes: erreurs païennes, maladie, possession, prestige trompeur des faux moines et des faux martyrs. De nos jours, lui qui ne fut pas un très grand orateur, il aurait su trouver les mots et les images pour stigmatiser ce crime qu'est l'avortement, le laisser-aller moral actuel, et défendre la Sainte Eglise, contre toutes les agressions subtiles que lui font subir les médias, les groupes de pression et les sectes.

 

         Evêque pendant 26 ans, de 371 à 397, il sera par sa prédication, un "véritable bastion" de la foi trinitaire, faisant siennes les paroles de l'apôtre Paul :"Soit que je vive, soit que je meure, la grandeur du Christ sera manifestée dans mon corps" (Ph 1, 20). Il est à la fois le modèle du baptisé laïc, du moine, et de l'évêque, réunissant dans sa vie donnée, tout le sens évangélique qui nous fait dire :"Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi". Pourtant il n'a rien laissé de ses écrits, seul son biographe, Sulpice-Sévère dans sa "Vita Martini" rappelle quelques uns de ses propos ; ils tiennent en deux pages, et sa biographie n'en a que 60. Mais c'est elle qui a contribué à révéler le profil religieux de Martin. Cela explique le rayonnement du culte de Martin en Europe, mais également dans le monde.

 

Des milliers d'églises ont été placées sous sa protection. Il est le témoin de l'évangile du Christ, dans sa simplicité et sa radicalité et ici, dans votre communauté, vous êtes, vous aussi, les héritiers de la charité et de la sainteté martinienne, et vous devez rayonner, - comme vous y invite souvent votre Archevêque, et les prêtres de votre paroisse - du dynamisme de la foi qui l'animait.

 

         Frères et Sœurs, en relisant sa vie, on prend conscience du besoin de nous sentir réveillés, stimulés, poussés dans nos résolutions, afin  de vivre d'une façon digne les engagements de notre baptême. "Ne vous conformez pas au monde présent", nous dit l'apôtre Paul dans sa lettre aux Romains. Pour retrouver le sens de l'Eglise, de la vérité,  du véritable amour conjugal et de la famille, pour devenir plus conscients et plus résolus dans les objectifs d'éducation morale des enfants et des jeunes... nous devons comme lui pratiquer, dans la prière : amour, justice et charité ! Comment serons-nous les héritiers de Saint Martin, l'homme du partage, si restons emmurés en nous-mêmes, insensibles ou indifférents à toutes les détresses et misères humaines qui nous entourent ? En ce dimanche où nous nous penchons sur le sens de la pauvreté et du partage, nous nous souvenons que Mgr Rodhain, prit Saint Martin comme patron du Secours Catholique. Et nous faisons notre, les appels à la solidarité, que les évêques réunis à Lourdes, nous ont proposé.

 

         Je laisse le Pape Jean-Paul II, conclure cette méditation. Voici les phrases de l'homélie qu'il prononça le 21 septembre 1996, à Tours, lorsqu'il rencontra les "blessés de la vie", dans la basilique où repose Saint Martin. "Frères et Sœurs, Saint Martin vous laisse un témoignage exceptionnel d'appartenance au Christ. Sa disponibilité totale est pour vous un modèle et un encouragement : continuez à annoncer l'évangile, comme il le fit lui-même "à temps et à contre-temps" ! Offrez votre vie au Christ avec confiance et sérénité : il l'a prendra et lui fera donner le meilleur d'elle-même". ! Saint Martin a été un apôtre admirable, mais il ne suffit pas de s'en souvenir. Dans les conditions différentes d'aujourd'hui, soyez à votre tour des membres vivants de l'Eglise vivante, des communautés unies et accueillantes, sachant "rendre compte de l'espérance qui est en elles"... Quelques années seulement nous séparent du 3ème millénaire : soyez au rendez-vous ! Saint Martin vous accompagne" ! 

 

Revêtons-nous du manteau de Martin, partageons-le avec les plus démunis, et que l'Esprit Saint, que nous invoquons en  cette année de préparation au Jubilé de l'an 2000, nous  aide, comme le fit Marie, la Théotokos, la Vierge fidèle, à découvrir et à écouter toujours mieux le Christ-Jésus.

 

Amen.

 

Père Jean-Pierre Ellul,

 

Curé de Saint-Victor

 

 

 

        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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