Messe de Requiem pour Mme de Sévigné

Publié le par Mgr Ellul

Messe de Requiem,

 

 à l'occasion du Tricentenaire de la mort de la Marquise de Sévigné.

 

Abbaye de Saint-Victor - 21 Janvier 1996 - 11 h –

 

Messe animée par les Festes d'Orphée (Direction Guy Laurent)

 

 

 

Chers Amis, nous sommes heureux d'accueillir à Saint-Victor, le Centre Méridional de  Rencontres, sur le 17ème  siècle, son Directeur, M. le Professer Roger Duchêne, les participants et tous ceux qui, à l'occasion des journées d'ouverture des Années Sévigné, travaillent à mieux faire connaître cette femme exceptionnelle. La célébration du Tricentenaire de sa mort nous permet de matin de nous retrouver dans cette antique abbaye où elle vint assister à la messe monastique, en janvier 1673, accompagnée de l'Evêque de Marseille.

 

         Depuis ce haut-lieu de la foi et avec l'ensemble baroque "les Festes d'Orphée, dirigées par Guy Laurent, nous entendrons la Messe de Requiem Solennelle et Savante, composée de 11 pièces, à 4, 5 et 6 voix, dont l'auteur est inconnu. Cette messe est tirée des fonds de la Cathédrale d'Aix en Provence et restituée par Virginie Heulin.

 

Unis au Pape Jean-Paul II et à notre Archevêque, son Excellence Monseigneur Bernard Panafieu, nous entrons en célébration, demandant au Seigneur de faire de nous tous, des témoins de son amour.

 

En ce dimanche, nous prions également pour le Roi Louis XVI, en l'anniversaire de sa mort et pour tous les défunts de nos familles, à toutes nos intentions particulières et pour l'Unité de tous les Chrétiens.

 

Homélie

 

         Frères et Sœurs,

 

          Il ne nous est pas facile, même sous ces voûtes multiséculaires, de nous replonger, dans ce que fut l'histoire de l'Eglise de France au 17è siècle ! Cela est pourtant essentiel, pour essayer de comprendre comment, la Marquise de Sévigné, vécut sa foi chrétienne. Vous excuserez, je l'espère, la rapidité avec laquelle je brosserai, ce tableau du temps.

 

         Lorsqu'elle naît, à Paris, le 5 février 1626, ici à Saint Victor, les moines noirs, les bénédictins, célèbrent l'octave de la Chandeleur. Ils la célèbrent dans une grande ferveur, telle que le Concile de Trente les y invite. Oui, il faut, en ces années de contestations, faire face aux reproches de nos frères Réformés, Protestants, qui demandant plus de simplicité dans les rites de la messe, dans les prières adressées à la Vierge Marie, radicalité qui risque de vider de leur contenu, les saints mystère de la Foi.  Dans l'Eglise de France, on ressent comme une attitude d'émancipation vis-à-vis de Rome, et on aime bien que l'Eglise soit en quelque sorte "Nationale", Gallicane dira-t-on !

 

En revanche, l'esprit de la Croisade est  toujours présente. La vie du Père Joseph, cet illustre capucin, éminence grise du Cardinal de Richelieu, en est un éclatant témoignage : il faut mener la guerre sainte contre les infidèles musulmans, et ce sera le thème de son grandiose projet, présenté au Pape Paul V. Il faut aussi et surtout sortir des déviations dogmatiques émanant des chrétiens réformés : ainsi l'on approfondit des thèmes tels que "l'Eucharistie et les caractères propres de la véritable Eglise du Christ", "la Transsubstantiation, La Présence réelle des Saintes Espèces" après la messe. Il faut aussi souligner que la première moitié du 17e siècle, fut l'âge d'or des missions - missions au sens large - qui est l'effort de toute l'Eglise pour correspondre à ce qu'en attend le Christ. Il faut que l'Eglise apparaisse comme la maison de tous, qu'elle se fasse proche des plus pauvres, et Saint Vincent de Paul s'y emploiera, mais également, qu'elle soit propre à toucher la sensibilité des fidèles.

 

Aussi on prendra du soin de restaurer et d'illuminer les églises, à processionner aux grandes fêtes, et ce sera la dévotion des 4O heures d'adoration du Saint-Sacrement. Des livres de prières, à la portée des fidèles sont imprimés, donnant la manière de suivre la messe, dévotion à la bonne mort, catéchisme en images du jésuite Allemand Pierre Casinius, recours aux langues régionales, tant l'ignorance de la religion est épouvantable, et l'apparition des premières communions solennelles...

 

         Le Concile de Trente avait affirmé la valeur de la Tradition, donc de l'apport humain, aux données scripturaires. Après le concile se manifeste donc, un catholicisme qui se ressaisit, montrant la joie d'être chrétien, d’être catholique. Il est connu en France sous le nom "d'humanisme dévot". Il s'agira de mettre à la portée de tous,  l'humanisme chrétien des deux siècles précédents. Et puis il faut un effort personnel pour atteindre la perfection. Un style de vie religieuse se recherche sous l'impulsion de Saint François de Sale ; il ne sera ni ridicule, ni insupportable, pour en reprendre ses propres termes. Son laïc modèle, s'éloignant de ceux qui pensent être dévots, sera une sorte d'honnête homme de la piété. Il rappelle à Philothée qu'elle doit fréquemment retrouver Dieu présent en elle "comme le cœur de votre cœur".

 

         Pour Pierre de Bérulle, maître spirituel et homme d'action en ce 17ème siècle, l'homme est profondément corrompu par la tâche originelle. Il faut donc insister sur le rôle exclusif de Dieu dans le salut. Ce courant augustinien qu'il  présentera et recherchera  dans sa forme extrême donnera le Jansénisme, avec Saint Cyran et le redoutable Père Joseph, Pascal, Arnaul, Nicole et  les pensionnaires de Port-Royal.

 

         Voilà brossé à grands et larges traits l'environnement chrétien de Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné. Sa grand-mère, Jeanne-Françoise Frémyot, Baronne de Chantal, participera à l'effort général, entrepris par le clergé, pour remodeler les fidèles. Veuve après 8 années de mariage, ayant eu 6 enfants, elle fonde en 1610, sous l'impulsion de François de Sales, le Monastère de  la Visitation. Mme de Sévigné, toute jeune la rencontrera, alors qu'elle passe plusieurs mois à Paris en 1641. Ayant reçue une bonne éducation, quelques années plus tard, Marie de Rabutin, épouse le 4 août 1644, à deux heures du matin,  Henri de Sévigné. Le I0 octobre 1664, naîtra Françoise-Marguerite, future comtesse de Grignan, puis, deux an plus tard, un garçon qu'elle prénommera Charles. 

 

         Par la catéchèse, la prédication, la société laïque du temps, était plus ou moins pénétrée par les idées jansénistes que véhiculait une partie du clergé... mais il s'agissait d'un jansénisme diffus, exprimé surtout par des attitudes morales, des scrupules de conscience, parfois une révérence craintive à l'égard des sacrements. De même, le discours officiel sur la femme, restera au 16e et 17e siècle, essentiellement négatif. Les confesseurs, les casuistes la considèrent comme suspecte, marquée de faiblesse congénitale, de légèreté, d'imagination excessive, de moindre aptitude à raisonner. "Les instructions aux confesseurs", ouvrage de Charles Borromée, diffusent au niveau le plus large, la peur panique de la femme et le dogme de sa foncière infériorité.

 

         Et pourtant les femmes lisent, écrivent, pratiquent "la conversations des trois Dames", apprennent l'italien, se passionnent pour tout ce qui touche à la foi et la religion. Pour la femme, la vocation religieuse donne  à certaines, la force de braver l'ordre familial, l'autorité paternelle, et par exemple, Anne de Xaintonge, qui voulait aider au salut les âmes féminines, "disait que les femmes étaient nées pour le Ciel aussi bien que les hommes".

 

         Mme de Sévigné, participera, à ce renouveau. Missives, billets, écrits, pris sur le vif et longues lettres, d'autant que sa fille est partie pour Grignan, vont la retenir tant d'années. Egalement, ces quelques considérations sur la foi et la religion, "anecdotes savoureuses", qu'il nous plaît d'entendre en ce jour où nous prions pour elle et rappelons sa mémoire. "Vous me demandez si je suis dévote ; ma bonne, hélas, non, ce dont suis très fâchée ; ... "il me semble que je me détache un peu de ce qui s'appelle le monde."... Dieu est tout puissant, écrira-t-elle, qui est-ce qui en doute ?"...Ou encore, ..."quelle est dangereuse cette Ninon ! Si vous saviez comme elle dogmatise sur la religion, cela vous ferait horreur"...

 

         La séparation d'avec sa fille, nous vaudra une correspondance passionnée. Douleur de l'âme, amour d'une mère, tendresse et attentions. Elle sanglote à Sainte-Marie, où ne trouvant plus la force de prier, elle pense que dans son âme, "il n'y à plus de place que pour la souffrance". Et elle sait que les deux "divinités" qui seront présentes tout au long de sa vie et de sa correspondance seront : "Dieu et Mme de Grignan". Mais pourtant, lors d'une Semaine Sainte, à Livry, dans l'Abbaye de son oncle, elle consacre du temps à la prière, cherche à voir clair dans son âme, pleure sur ses péchés, et offre sa peine à Dieu. Pourtant elle voudrait que son cœur, pour Dieu, soit comme il est pour sa fille. Il nous faudrait relire ici, le très bel ouvrage du Professeur Roger Duchême, dans la collection "Les écrivains devant Dieu", pour vraiment prendre conscience de sa profonde recherche spirituelle.

 

         Lors de ses nombreux voyages à Marseille, l’abbaye de Saint-Victor accueillera Mme de Sévigné un 23 janvier 1673. Elle vient à l'abbaye, de bon matin, entendre la messe,  accompagnée de l'évêque de Marseille, Toussaint  de Forbin-Janson. En ces années là, Philippe de Bourbon-Vendome, Grand Prieur de France de l'Ordre de Malte, en est l'abbé commendataire.

 

         La marquise de Sévigné, pour qui nous prions et célébrons l'Eucharistie en ce dimanche, est une femme d'esprit, une mère aimante, une chrétienne fervente et qui prit le temps de se convertir : "Une femme qui eut besoin que la justice et l'ordre subsistent malgré son expérience, et elle eut foi dans le Dieu qui les lui garantissait. ...Il fait mieux ; il leur donne du prix, puisque tout ce qui paraît insupportable, peut devenir, avec sa grâce, un moyen de salut ; car ce Dieu de justice, est aussi, quoique pour certains seulement, un Dieu de miséricorde :  il commande d'espérer à ceux qui le connaissent et s'efforcent de faire le bien.

 

         Comment Mme de Sévigné, ne croirait-elle pas en cette Providence,  qui, aux douleurs de son déchirement, donne à sa foi, un sens et de la valeur".

 

C'est le 17 avril  1696, que Mme de Sévigné s'éteint à Grignan, rencontrant face à face, ce Dieu  qu'elle a tant prié, ce Dieu d'amour qui la reçoit dans la lumière de sa résurrection.                                  Amen.

 

Père Jean-Pierre Ellul

 

Curé de Saint-Victor de Marseille

 

 

 

Bibliographie :

 

 

 

Roger Duchêne : Chère Mme de Sévigné,

 

                            Mme de Sévigné : les écrivains devant Dieu.

 

                            M me de Sévigné et Marseille.

 

Histoire la France Religieuse XIV-XVIIIe siècle tome 2

 

                            Jacques Le Goff et René Rémond.

 

Vie quotidienne au Marais XVIIe siècle de Jacques Wilhem :

 

                            Mme de Sévigné au Marais.

 

Histoire des Saints et de la Sainteté Chrétienne - tome VIII - 1546-1714.

 

Liste des Abbés de St Victor - Paul Amargier un Age d'Or du Monachisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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