Saint Eugène de Mazenod

Publié le par Mgr Ellul

 

 

Saint Eugène de Mazenod

 

Homélie pour le 29e dimanche  - Semaine Missionnaire.

 

Saint-Victor de Marseille - 21et 22 octobre 1995

 

 

 

           Frères et Sœurs : "Le Fils de l'homme, quand il reviendra sur terre, trouvera-t-il la foi sur la terre"?

 

 

 

         Question lancinante que se pose tout un chacun, mais qui était  : "La Question", il y a 2 siècles, après les sanglants évènements  de la Révolution Française. Beaucoup tentèrent d'y répondre par un surcroît de foi, et au milieu d'une grande cohorte de saints de tous âges, vient se placer la figure d'Eugène de Mazenod, que le Pape Jean Paul II, canonisera le 3 décembre prochain dans la basilique Saint-Pierre au Vatican.

 

         Qui est  Eugène de Mazenod ? Il nous faudrait au moins deux homélies pour tenter d'y répondre brièvement. Je vous laisse le soin de lire quelques ouvrages le concernant, surtout si vous avez décidé de vous joindre au 600 marseillais du diocèse qui rejoindront Rome dans un mois. Notre Diacre Eugène de GOY fera partie de ce pèlerinage, et il nous représentera, ainsi que le Père Jean-Claude DUHOUX, qui concélèbrera avec le Saint-Père.

 

         Eugène de Mazenod est né en 1782, à Aix-en-Provence, d'une vieille famille aristocratique. Charles-Antoine de Mazenod, son père, ayant parcouru le cycle des études de droit, est avocat.  A 26 ans, par dispense royale, ce jeune président,  entre à la cour des comptes, épouse le 3 février 1778, la fille d'un riche médecin de la ville d'Aix, Marie-Rose-Eugènie JOANNIS, qui vient d'avoir 18 ans. Grande fut leur joie, lorsque vint au monde, le 1er Août 1782, leur premier héritier du nom. Dès le lendemain, l'enfant reçut à l'église de la Madeleine, aujourd'hui détruite, le sacrement de baptême, avec les prénoms usuels de sa parenté : Charles-Joseph-Eugène.

 

Tout jeune, sa grand-mère "mamette bonne", lui apprend ses premières prières. Il est impétueux, vif, impérieux même : -"Je veux" - dit-il souvent, lorsque l'on contrarie ses demandes. Mais déjà d'une bonté d'âme, allant jusqu'à troquer ses vêtements pour les donner à un petit charbonnier. Sa maman le réprimande, lui rappelle la dignité de sa condition "Eh bien, moi, je serai un président-charbonnier". A la rude saison, les Revest n'avaient pas encore allumé le feu, étonné il leur demande pourquoi : "nous sommes pauvres, expliquent-ils à l'enfant étonné, et le bois est trop cher". celui-ci s'esquive et revient peu après, poussant une petite brouette "tenez, voilà du bois, chauffez-vous maintenant".

 

         Tempérament tout d'une pièce, rehaussé d'une qualité dominante, la franchise et la droiture, à la volonté tenace, aux réactions spontanées, avec une bonté de cœur qui ne calcule pas.  Tout cela, avec bien sûr, une grande sûreté de jugement, qui en feront un chef. Disciplinées et mises au service de Dieu, de l'Eglise, ces qualités permettront  à Eugène de Mazenod, malgré les heurts et les obstacles, la création et la réalisation d’œuvres impressionnantes, dans l'Eglise et le monde.

 

         La Révolution vient de frapper. Après les terribles évènements d'Aix, c'est le départ en famille, l'exil, l'errance. Nice, Turin, où en avril 1792, il fit sa première communion et sera confirmé, puis Venise la licencieuse, mais dans cette ville, il  découvrira combien la foi y est grande et profonde... Il rencontrant des prêtres, qui lui permettront de continuer ses études et d'approfondir son christianisme. Mais il restera seul avec son père, sa mère rentrant en France. Puis c'est le départ pour Naples, la Sicile, puis comme par un coup de la grâce, sa mère le rappelle en France, et c'est vers Marseille qu'il vogue. Il a 2O ans, et une profonde déchirure au cœur.

 

         Mais il ne peut rester, sans rien faire de bien, dans l'oisiveté et la solitude, au cœur de la Provence, et décide, le 12 octobre 1808, de se présenter au Séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Etudes de théologie et il sera prêtre le 21 décembre 1811, et au soir de son ordination, l'abbé de Mazenod explose de joie : "Je suis prêtre ! Il faut l'être pour savoir ce que c'est. Cette seule pensée me fait entrer dans des transports d'amour et de reconnaissance et, si je pense quel pécheur je suis, l'amour s'augmente." Il rentre en octobre en Provence, mais sa venue préoccupe Mgr Jauffret, l'archevêque d'Aix. "Comment caser cet aristocrate, réputé si personnel et si fougueux ?

 

Pourtant, il ne demande aucuns avantages, aucune faveur, sinon celle d'être au service des plus pauvres.  Plus de mondanités, pas de visites inutiles, quitte à passer pour "un sauvage" . Réactions de surprises de la part de l'aristocratie, des amis qui l'entourent et qui seront indignés par son premier sermon de carême en provençal :

 

         « Domestiques, pauvres, qu'êtes-vous selon le monde ? Une classe de gens esclaves de ceux qui vous paient, exposés au mépris, à l'injustice et souvent, même, aux mauvais traitements des maîtres exigeants... qui croient acheter le droit d'être injustes envers vous par le faible salaire qu'ils vous accordent... Venez, maintenant, apprendre de nous ce que vous êtes au yeux de la foi. Pauvres de Jésus-Christ, affligés, malheureux, souffrants, infirmes, couverts d'ulcères... vous tous que la misère accable, mes frères, mes chers frères, mes respectables frères, écoutez-moi ! Oui, vous êtes les enfants de Dieu, les frères de Jésus-Christ, les cohéritiers du royaume éternel »...

 

         Ce carême d'un genre tout particulier et destiné avant tout au gens du peuple, eut un profond retentissement dans la ville d'Aix.  La haute société, que l'abbé semblait avoir trahi, courba la tête et finit par lui rendre hommage.

 

         C'est dans un contexte politique changeant, dont nous ne pouvons parler ici, qu'il fonde les missionnaires de Provence en 1816 puis une mission à Notre-Dame du Laus, dans les Hautes-Alpes .

 

         C'est alors que son oncle, Fortuné de Mazenod, prend possession du siège épiscopal de Marseille, le 1O août 1822, dans un climat de brouille, où les diocésains crient "vive les missionnaire de Provence, a bas l'évêque"... "maison à vendre, Mazenod à pendre".

 

         Eugène de Mazenod, fonde en 1816, la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, puis de 1837 à 1861, il fut pendant 24 ans l'Evêque de notre diocèse de Marseille , et c'est lui qui fit édifier, en autre églises, la cathédrale actuelle où repose son corps.

 

         Oui, cet homme rude n'est pas un saint de vitrail. La fermeté de ses convictions le rendait parfois rude et même impérieux. La raideur de son tempérament ne facilitait pas toujours ses relations avec ses prêtres et ses religieux. Il avait, disait-on "des coups de mistral". Mais cet évêque autoritaire, ce supérieur exigeant, était un homme de cœur.

 

La semaine prochaine, nous le verrons intronisé sur le siège épiscopal de Marseille. Prions-le de nous donner cette soif d'être tout entier au service de l'Eglise pour la mission universelle, et pour notre Eglise diocésaine de Marseille.

 

 

 

2ème Homélie sur Mgr de Mazenod - 30e dim ordinaire - 28 et 29 octobre 1995.

 

 

 

Frères et Sœurs : "Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé". Les textes de ce dimanche conviennent tout particulièrement pour évoquer la vie de Saint Eugène de Mazenod que le Pape Jean-Paul II, canonisera dimanche 3 décembre. Et pour nous préparer à célébrer dignement cet événement, nous continuons de mettre en lumière sa vie, et ses activités diocésaines à Marseille, durant son long épiscopat, puisqu'il en sera le pasteur pendant plus de 24 ans.

Il vient d'avoir 55 ans, et commence une véritable oeuvre de restauration du diocèse. Déjà, depuis 1832, il est évêque titulaire d'Icosie, et lorsque son oncle, Fortuné, remet au Pape sa démission pour raisons d'âge et de santé, c'est donc lui, son neveu, Eugène qui est nommé. Il sera intronisé dans la cathédrale de la Vieille Major, le 24 décembre 1837.

 

Dans son discours d'installation il précisera les devoirs d'un évêque : " Garder le dépôt de la foi, défendre la pureté de la morale évangélique, maintenir les traditions et la discipline de l'Eglise ; veiller sans cesse à la garde du troupeau, enseigner, exhorter, prêcher la parole et l'exemple... Tous les prêtres, sauront toujours trouver en nous, les sentiments qu'ils ont si longtemps aimé à y venir chercher, notre cœur leur sera toujours ouvert...".

 

Il écrira dans son carnet de notes spirituelles, quelques temps avant son intronisation : "Il faudra que je m'attache à ce peuple, comme un père à ses enfants ; il faudra, en un mot, que je me consume pour lui, disposé à leur sacrifier mes aises, mon attrait, le repos, la vie même". Et à la veille d'assumer une telle charge il est assailli par des sentiments contradictoires : "O ! dissipation ! O ! faiblesse ! les affaires, les contradictions, le dégoût, un certain mépris de l'espèce humaine, m'ont enlevé jusqu'au zèle dont je brûlais dans un temps". Et de cet homme, qui vient lui-même de se soupeser et de se trouver léger, s'échappe un appel angoissé : "Seigneur, aidez-moi, venez vous-même à mon secours !... Car je dois opérer mon salut, pour les âmes des diocésains qui me sont confiés et je dois me sauver avec elles".

 

         Solide programme d'action, qui aura une suite constante, sans alternatives, pour le rayonnement de l'évangile. Il va prêcher, rendre visite, confirmer, apporter le sacrement des malades, en un mot, se fait tout à tous, humble et patient, sauf lorsque ses prérogatives sont en jeu :"Il faut que l'on comprenne qu'il appartient à l'évêque de gouverner !" Phrase que l'on aimerai souvent entendre dans les diocèses de France, de nos jours.

 

         En fait, Marseille est devenue une grande ville, à la croissance constante, et il fallait transformer les paroisses, les dénombrer, en créer d'autres. Pour cela il fallait des prêtres, bien formés, priants, vivant en communauté et partageant le casuel, c'est-à-dire, les offrandes faites à l'occasion des sacrements. Plus de différences entre les curés de ville et ceux de la campagne. L'accent fut mis également sur l'annonce de la Parole de Dieu, lors des messe dominicales, sur le chant, la liturgie, la tenue des églises...Oui, ils devaient prêcher, mais non pas dans « un style fleuri », qui négligeait la compréhension, et l'écoute...  mais, bien au contraire, avec des mots simples, accessibles à tout ce peuple de Marseille, qui n'attendaient que la parole de ses prêtres pour continuer de se convertir. "S'il faut prêcher en provençal, pour plus de compréhension, et bien, leur disait-il faites comme moi, prêchez en provençal !" Il ne prêchait jamais moins d'une heure, et dans une de ses biographie actuelle, l'auteur note : « De nos jours où les curés, les prédicateurs, et surtout les paroissiens, chronomètres leur paroles, et n'excèdent rarement que les 10 minutes tolérées, il aurait vidé les églises ». Rien n'en est moins certain !... car... il ne se contentait pas de débiter un petit discours bien poli et de circonstance,  mais se lançait dans de savoureuses improvisations, parfaitement adaptées au milieu, si bien que l'on lui faisait remarquer que "pas un enfant qui ait tourné la tête... et lui de dire "oui, tous les yeux étaient braqués sur moi, toutes les oreilles était attentives...."

 

         L'évêché de Marseille, (le nom lui est toujours resté, depuis la séparation de l'Eglise et de l'Etat, c'est le vaste palais, qui devant la cathédrale de la Major, sera de locaux à la police), était ouvert à tous : le débardeur y avait accès, au même rang que l'avocat, car point n'était besoin de décliner ses titres, ni d'obtenir un rendez-vous. Monseigneur recevait de 10 heures  du matin à 2 heures de l'après-midi. L'évêque accueille son visiteur, l'écoute. S'il s'agit d'une véritable infortune, il redouble de sollicitude. Mais souvent, il doit écarter l'importun : "Mgr, je dois aller voir un de mes oncle, évêque comme vous, d'ailleurs, mais qui réside dans le centre de la France.  Pourriez-vous m'avancer quelque argent ? "Oh, lui dit Mgr de Mazenod, tient, il est de passage à Marseille... attendez... il est dans la pièce à côté... je vais l'appeler. Et plus de quémandeur... Le soir il note dans son journal :"Ce n'est rien de donner de  son argent, mais de se trouver face-à-face, avec  des êtres malheureux, se voir dans l'impossibilité de satisfaire à leurs besoins, c'est au dessus de mes forces, je n'en puis réellement plus... Après cela, mettez-vous à table, et mangez si vous le pouvez !...

 

         Car, son souci constant, ce sont les enfants pauvres, les enfants d'ouvriers. Quels trésors d'ingéniosité n'a-t-il pas déployé, pour trouver des prêtres qui puissent s'en occuper. Ainsi fut crée l’œuvre Timon-David, l'Oeuvre Allemand, des crèches pour les jeunes enfants, les Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, les Sociétés de Secours Mutuels... et pour tous, ... les missions paroissiales... Tout cela, en menant de front, et son diocèse, et l'envoi  de missionnaires, Oblats de Marie Immaculé, dans différents continents...

 

         Mais il faut aussi construire des églises dans les nouvelles paroisses : 6, seront crées et bâties dans la ville, et 6 également en banlieue. 9 paroisses également dans la zone d'Aubagne, la Ciotat, sans compter celles qui fait restaurer et agrandir. De nombreuses communautés religieuses d'hommes et de femmes seront établies par ses soins dans le diocèse, qu'elles soient pour les jeunes et les malades, ou cloîtrées. Petit et Grand séminaires seront remis à l'honneur, ainsi que les écoles paroissiales.

 

         Ce qui prédomine, qui est son souci constant, c'est la construction d'une cathédrale, qu'il veut en plein centre-ville et qui déplore-t-il, sera belle, mais pas assez au milieu du peuple de Dieu. C'est aussi le projet de reconstruire  le sanctuaire de Notre-dame de la Garde, dont il posera la première pierre en 1853. 

 

Nommé Sénateur d'Empire, par Napoléon III, il défend vigoureusement les droits de Pie VIII, contre "ce tyran qui persécute l'Eglise". Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée, il veut répondre aux urgences de l'Eglise Universelle, il sera même proposé au cardinalat, mais les incidences politiques, ne lui seront pas favorables.

 

         Le 21 mai 1861, alors qu'il est alité, c'est un homme qui s'est battu, toute sa vie, pour le bien de l'Eglise, de son diocèse et de la France, qui va rendre son âme à Dieu. Déjà, vers le milieu de décembre 1860, un mal mystérieux, alarme son entourage. Douleurs dans la poitrine, fièvres seront les signes avant-coureurs, d'une tumeur au dessous du sein gauche. La première intervention, révéla un mal plus profond et à la troisième, on crut son heure venue... Extrême onction, en présence de nombreux prêtres et de Mgr Guibert, accouru de Tours, larmes des participants prêtres et Oblats alors que lui, restait calme et souriant, heureux de l'amour de ses enfants.

 

Mais ses forces déclinent, et un jour où la pensée de la séparation lui arrache des larmes, il dit à ceux qui l'entoure : "Je ne pleure pas parce que je vais mourir, non ! mais je pleure, à la pensée de quitter des êtres chéris tels que vous. Il faut que vous le sachiez : le Bon Dieu m'a donné un cœur d'une capacité immense et qu'avec ce cœur, il m'a permis d'aimer immensément mes enfants. Quand je ne serai plus, vous aurez qu'un qui me remplacera dans mon autorité, qui vous estimera selon votre mérite, mais qui vous aimera, comme moi je vous aime jamais ! Quand il se vit terrassé, il dit à ceux qui le veillait: "Si je viens à m'assoupir, et que je suis au plus mal, éveillez-moi, je vous en prie, je veux mourir, en sachant que je meurs !"

 

         Et le 21 mai, après avoir béni une dernière fois ses proches collaborateurs et ses chers Oblats, tandis que les assistants achevaient de réciter le Salve Regina, il expirait en écoutant les dernières paroles de ce chant marial :" O Clemens, O pia, O dulcis virgo Maria..."

 

         Frères et Sœurs, voilà brossé à trop larges traits, la vie de celui dont nous suivrons la canonisation en décembre prochain. Comme lui, inscrivons dans notre cœur et dans notre vie la devise qu'il fit inscrire sur son blason :" Le zèle pour ta maison me dévore... il m'a envoyé porté la bonne nouvelle". Amen .

 

                                                               Père Jean-Pierre Ellul.

 

                                                               Curé de Saint-Victor 

 

              

 

 

 

 

 

 

Publié dans Homélies SAINT-VICTOR

Commenter cet article