30ème Anniversaire de Vatican II

Publié le par Mgr Ellul

HOMÉLIE pour le 30ème anniversaire du Concile de Vatican II

SAINT-VICTOR, 10 & 11 Octobre 92

 

 

 

 

Frères et sœurs,

 

 Alors que nous entrons dans la semaine de prière pour les Missions et les Jeunes Eglises, nous célébrons deux anniversaires importants : le trentième anniversaire de l’ouverture du Concile de Vatican Il, et ce lundi, le 5ème  centenaire de la découverte des Amériques par Christophe Colomb. Le Pape Jean-Paul vient d’arriver à Saint Domingue pour présider la 4ème  Conférence Générale du Conseil Episcopal Latino-Américain, le CELAM.

 

Le 11 Octobre 1962, après la longue procession d’évêques venus du monde entier, entourés des cardinaux, le Pape Jean XXIII entre dans la Basilique Saint Pierre où il assiste à la messe du Saint Esprit. Après des mois de préparation, s’ouvre alors la première session du Concile, et après l’obédience et la Profession de Foi, Jean XXIII s’adresse aux 2.540 pères conciliaires et à toute l’Eglise de Dieu... « Notre Sainte Mère l‘Eglise est dans la joie… En ouvrant ce Concile universel, il est bien naturel que le Vicaire du Christ jette un regard vers le passé et écoute les échos vivants et réconfortants qui en proviennent. Les graves problèmes posés au genre humain depuis près de vingt siècles sont les mêmes ; Jésus-Christ reste toujours au centre de l’histoire et de la vie. Et continuer en disant : “Les hommes ou bien sont avec Lui et avec son Eglise, et ils jouissent de la lumière, de la bonté, de l’ordre et de la paix, ou bien vivant sans Lui, agissent contre Lui ou demeurent délibérément hors de son Eglise ils connaissent la confusion, la dureté dans leurs rapports entre eux, et le risque de guerres sanguinaires ».

 

Poursuivant son discours, le Pape Jean XXIII, évoquant 1’origine et l’opportunité de ce concile, parle de la Providence, de la liberté d’action de l’Eglise, de l’Eglise du Silence. Dans la cité céleste et terrestre, par delà les progrès techniques, il demande que la doctrine de la foi soit exposée d’une façon qui réponde aux exigences de notre époque, tout en rappelant qu’elle est immuable. L’Eglise se doit de réprimer les erreurs, de faire grandir l’unité de la famille chrétienne et humaine. Appelant le secours de l’Esprit Saint et de Marie, Mère de l’Eglise, supplie les fidèles de s’unir dans la prière, ainsi s’acheva cette première réunion conciliaire.

 

Jean XXIII, pape de tradition, pape de transition, retournera vers le Seigneur le 3 Juin 1963, quelques mois après l’ouverture du Concile. Paul VI lui succédera, achevant l’œuvre accomplie sous l’action de l’Esprit Saint. Quatre sessions clôturées le 8 Décembre 1965, “sans doute l‘événement le plus important de ce XXème  siècle.

 

Trente ans après, il nous faudrait lire et relire les textes du Concile, surtout celui sur l’Eglise, “Lumen Gentium”, la Sainte Liturgie, “Gaudium et Spes”, joies et espoirs pour l’Eglise dans le monde, les textes fondamentaux sur l’épiscopat, les prêtres, les laïcs, plusieurs déclarations, tout un réseau qui devait donner à l’Eglise un dynamisme et un essor missionnaire incomparable.

 

On assista, impuissant, non à un essor, mais souvent à un retournement des idées et des comportements. Sous couvert du Concile (“Le Concile le demande !), on se mit à mettre en pratique ses idées personnelles, affirmant haut et fort, qu’il fallait ouvrir l’Eglise, ne plus rester dans nos sacristies comme des sclérosés, aller au grand vent du monde, pour le  convertir , enfin, faire preuve de nouveauté coûte que coûte, comme si l’Eglise d’avant le Concile n’était pas missionnaire.

 

Nous sortions d’épreuves politiques, la Deuxième Guerre Mondiale, le Vietnam, la Guerre d’Algérie, la décolonisation... C’était aussi, toujours comme une plaie vive au sein de l’Eglise de France, l’arrêt de l’expérience des prêtres-ouvriers... On passait d’une Eglise qui semblait liée au pouvoir en place, à une vision de l’Eglise libre et enfin débarrassée de tout “l’accidentel” dont les dernières décennies l’avaient engluée.

 

Ces années furent dures à vivre. Les prêtres, les ordres religieux, subissaient le contrecoup des réformes. Plus de signes distinctifs, fermeture des petits séminaires, terrorisme intellectuel, attitudes adolescentes ; on brûlait aujourd’hui ce qui allait de soi hier... et bien sûr dans la surenchère et la suspicion. Ce fut la théologie de la mort de Dieu... Clavel, le converti, poussera un cri dans l’un de ses ouvrages rappelant que “Dieu est Dieu, nom de Dieu”... Le Père Bernard Bro, O.P. brossa un tableau aigre- doux du clergé. La liturgie se célébrait dans un “à peu près” des textes fondamentaux que le Concile avait édictés pour une meilleure participation du Peuple de Dieu. Ces fidèles, ce peuple de “prêtres, de prophètes et de rois”, que Vatican Il avait éveillé et à qui il proposait d’être des acteurs vivants, dans une liturgie rénovée, embellie, célébrant le sacrifice du Christ sur la croix, ce peuple de Dieu, déçu, s’en alla sur la pointe des pieds pour ne plus supporter les élucubrations théologico- politiques de ses responsables, pour ne plus entendre ces “musiquettes de cabarets” qu’on lui proposait...

 

Plus d’orgue, bien sûr, “car cela fait procession”, “triomphaliste”, plus vite, “pour ne pas perdre de temps” dans une gestation rituelle, moins beau, “pour cacher l’incurie de certains ».

 

Que le Seigneur me pardonne ces phrases, mais il fut un temps où, dans cette Eglise que nous aimons, certains perdirent leur place, et désespérés, déçus, ne trouvant plus l’impulsion missionnaire, qui sous l’invitation du Christ, nous enjoint d’aller vers toutes les nations pour proclamer qu’il est ressuscité ; ces prêtres, ces religieux et religieuses, partirent et quittèrent le ministère. Combien sont partis, combien ?

 

 Le Pape Paul VI, le 7 Décembre 1968 déclarait “L’Eglise se trouve en une heure d’inquiétude, d’autocritique, on dirait même d’autodestruction. C’est comme un bouleversement général intérieur aigu et complexe auquel personne ne se serait attendu après le Concile”; et le 24 Mai 1976 à Rome, lors d’une réunion avec les Cardinaux, il parla des “fumées de Satan qui s’étaient infiltrées dans l’Eglise de Dieu, et proclama le credo de l‘Eglise catholique.

 

Puis vinrent Jean-Paul 1er et Jean-Paul il le missionnaire infatigable. En 1978-80, l’Esprit Saint nous fit prendre conscience de ce laisser­ aller ambiant.

 

Lentement, après le rapport de Mgr Robert COFFY à Lourdes, “Une Eglise qui célèbre et qui prie”, après l’arrivée des charismatiques, donnant à l’adoration et à la prière la première place, après les cris d’alarme de Mgr Lefebvre, qui alla jusqu’au schisme, une reprise s’est opérée. Quand je dis « reprise », comprenez bien que je ne dis pas “restauration du passé”. Je parle d’une Eglise ouverte et missionnaire, célébrant son Seigneur dans la joie, consciente des promesses de vie éternelle. Je le disais encore lors des fêtes de Chandeleur : « Nous sommes dans un temps de “vérification” de nos communautés chrétiennes.

 

Bien des prémisses nous rendent pleins de  joie dans le Seigneur : le Synode de notre Eglise de Marseille, l’amitié grandissante entre les prêtres malgré les divergences, le respect dans le dialogue des catholiques de Marseille travaillant à l’avènement du Royaume. Mais il nous faut prier pour notre Archevêque, il nous faut prier pour le Pape Jean-Paul II, il nous faut prier pour que nous ayons toujours des vocations religieuses et sacerdotales.

 

On ne peut pas gérer la crise en nous disant mais c’est comme ça ! Dans huit ans, dans quinze ans, il faudra fermer les lieux de culte ? Non ! Il faut que le Seigneur entende notre prière, et sans nous lasser, nous allions  vers Jésus, pour l’entendre nous dire : « Ai confiance, relève-toi et va, ta foi t’a sauvé ».

 

                                                                             Amen. Père Jean-Pierre ELLUL

 

 

Publié dans Homélies SAINT-VICTOR

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