Messe de Requiem Duc d'Anjou

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour la messe du 10ème anniversaire de requiem du duc d'Anjou. 30 janvier 1999 - 11 h

Abbaye de Saint-Victor de Marseille

  "Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule en paraboles, et le soir venu, il leur dit : "passons sur l'autre rive"... Et il le suivirent... Ce désir de proximité avec Jésus est inscrit au plus profond de nous-même, avec cette phrase que nous gardons toujours présente à notre esprit à à notre coeur : "Veillez    donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure..."

Frères et Soeurs dans le Christ, C'était il y a dix ans. Bouleversés, nous apprenions avec stupeur cette triste information : "Son Altesse royale, le Prince Alphonse de Bourbon, duc de Cadix est décédé à l'âge de 52 ans...Stoppée au détour d'une piste de ski du Colorado, sa vie s'achevait brutalement ; il était 16 h. Le Prince Alphonse, dans un souci de justice et d'équité, voulant par lui-même, semblait-il, reconnaître le tracé de descente, dont le jury venant de déplacer la ligne d'arrivé, perdit la vie ce soir-là."  Le 1er  février 89, nous nous retrouvions à Saint-Victor, à la veille des fêtes de la Chandeleur pour prier en union avec vous, Louis son fils, sa famille, tous ses amis. Après cette brutale disspartition, son souvenir reste très présent à nos mémoires. Vous me proposiez de le recevoir à Saint-Victor pour une visite officielle, le vendredi 2 décembre 1988. Ce fut avec plaisir que je le conduisit dans les cryptes, Il me demandait de préciser l'importance d'une une si riche histoire chrétienne, vécue dans ce monastère antique, autour des tombes des premiers témoins de la foi, prémisses du Christianisme en France, aimait-il à rappeler. Et je garde le souvenir d'un homme particulièrement attentif et très près de Dieu. Quelle émerveillement devant la majestueuse beauté de notre basilique, priant un instant devant le tableau de la Vierge dans l’attente de l’Avènement de Papety, soulignant que le lendemain, il partirait pour Cotignac, et St Joseph du Bessillon. Puis ce furent les quelques phrases échangées dans la chapelle du Saint-Sacrement, où après s'être un moment recueilli en prière, devant le tabernacle, il se redressa et me dit : "Nous n'avons qu'un seul Seigneur, Notre-Seigneur Jésus-Christ !". c'est alors qu'il me demandait de bien vouloir prier pour François, son fils aîné, décédé tragiquement au cours d'un accident de la circulation. et pour son plus jeune fils Louis et toute sa famille, en ce lieu qui avait accueilli tant de rois et de reines. Chacun d'entre-vous, pourra, dans un instant de méditation personnelle, rappeler devant le Seigneur le souvenir qu'il garde du Duc d'Anjou, et en faire son intention de prière. Alors que nous approchons du Grand Jubilé de l'An 2000, il aurait aimé le chemin tracé par le saint-père, le Pape Jean-Paul II, pour faire de ce temps un temps de grâce, une étape de vie, dans la réflexion, la métanoîa, l'approfondissement du sens donnée à sa vie et la prière de conversion du coeur. Chemins de vies, mystère de Dieu, voilà que les vagues de la tempête viennent se jeter sur la barque dans laquelle, vous aviez pris place avec lui, pour l'aider à réaliser sa mission. Joies et difficultés, désir de changements, investissement de tous les instants, et pour vous l'annonce de sa mort ; ce fut le cri des apôtres : "Nous sommes perdus !" Et la réponse du Seigneur : "Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n'ayez pas la foi ?". Il vous a fallu, comme eux, convertir vos coeurs, regarder son oeuvre, relire ses messages, ré-écouter les principes qu'il avait établis sous le regard du Seigneur. D'ailleurs votre attachement à sa personne : "Ne tenait pas seulement aux principes qu'il incarnait, mais aussi à l'homme que vous aviez découvert en lui. Un homme en prise directe avec son temps, mais aussi un homme d'une très grande foi, sachant trouver dans la prière, le réconfort dont il avait besoin pour accomplir sa tâche. un homme à l'écoute des autres, désireux de connaître leur points de vue, de recevoir leurs avis et d'en faire son profit. Un homme très courtois et d'une très grande bonté qui se lisait sur son visage et dans son regard souvent empreint de tristesse ; un père extraordinaire, qu'il chérissait et dont il parlait souvent. Un homme qui tirait sa grandeur de sa simplicité. "Un roi, comme on aurait aimé en avoir un",( comme l'a écrit un journaliste au lendemain de sa brutale disparition). Après une telle catastrophe, nous sommes abattus et dans le désarroi. Nous nous sentons orphelins et nous avons bien du mal à "nous relever". Pourtant il le faut : plus que jamais, nous devons être débout, présents et unis ! Le Prince nous avait montré la voie à suivre.. Ces phrases sont extraites d'une lettre de notre ami Charles-Henri de Provenchères, au lendemain du décès du Prince Alphonse, (20 février 1989), et il me plaît de les citer en ce jour anniversaire... Et la lettre aux Hébreux, comme en écho rappelle : "C'est dans la foi qu'ils sont tous morts, sans avoir connu la réalisation des promesses ; mais ils l'avaient vu et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs..." Oui, la voie était ouverte, et comme avec une prescience, le Prince Alphonse, vous en avait tracé le chemin... il vous permettait de redécouvrir une autre voie, soucieux des problèmes de son temps où il faut savoir se redresser pour ne pas être submergé, et savoir rester un homme libre. Ecoutons-le quelques instants : "Tout en défendant son identité"...faire l'effort de savoir ce que l'on est et d'où l'on vient, aide assurément à savoir où l'on va"... Car disait-il :"La seule mission que j'ai à remplir, c'est de maintenir la tradition royale de ma famille. Ce sont donc des devoir que j'ai à assumer. Mais au nom de cette mission et de ces devoirs, j'estime avoir un droit, celui de rappeler aux français leur tradition et leur histoire. C'est pour l'heure, la seule chose que j'ai a faire. Le principe que j'incarne, est un principe d'union et de réconciliation, pas d'exclusion ou de faction. Je suis un homme libre et j'entend le rester, et une famille comme la mienne, n'a d'autre raison que d'être et de servir... C'est ce que nous faisons depuis mille ans, avec un bilan plutôt positif. Mon avenir personnel ne me préoccupe pas, mais celui de la France, de l'Europe, de la Chrétienté, en somme de la civilisation occidentale, oui...". Et cette phrase, en échos à toutes les autres : "S'ils ont un jour besoin des Capétiens, fasse le Ciel que les Capétien soient toujours-là : que ce soit moi, mon fils, le fils aîné de mon fils... Dans ma famille, le principe que nous incarnons ne meurt, lui, jamais..." En la fête du 15 août 1988, à Bernières-sur-mer, dans le Calvados, il rappelait dans un message, après avoir rappelé que le Roi était commis de Dieu pour le royaume dont il assurait la lieutenance : "Le roi, par son sacre devenait, à l'instar des rois d'Israël, l'oint du Seigneur et le fils aîné de l'Eglise, il était le chef d'un royaume qui n'était déjà plus tout à fait de ce monde, soucieux du bien commun de ses sujets, comme du salut éternel de leurs âmes. Je conçois combien toutes ces notions peuvent sembler étrangères, voire incongrues, dans une société déchristianisée qui en abolissant une monarchie plus que millénaire, a aussi et d'abord voulu abolir la royauté de Dieu sur elle. Je ne puis donc, que vous exprimer ma gratitude pour vous être en ce jour assemblé afin de méditer le mystère de la France et d'implorer la Sainte et Glorieuse Vierge Marie, patronne principale de la nation et médiatrice des grâces de son divin Fils, Elle, qu'une très vénérable tradition rappelée par le concile Vatican II, invite à prier comme fils de prédilection du Père, bienheureuse Mère du Fils et épouse de l'Esprit-Saint"...

En rappelant que depuis le Ve siècle, Saint Jean Cassien, fondateur de ce monastère à nommée Marie, comme la Toute Sainte Mère de Dieu la Théotokos, c'est vers elle que montent nos prières pour Alphonse, serviteur du Seigneur, pour qui nous prions au cours de cette eucharistie, qu'elle continue de conduire son âme vers Dieu notre Père, et Jésus son Fils. Que celui qu'elle a accompagné de son amour maternel, au jours de son baptême, par le Cardinal Pacelli, qu'elle a suivie de sa maternelle tendresse au cours de sa vie, lumière sur la route des hommes, jusqu’au jours de ses funérailles, célébrées à Madrid, un 2 février, en le fête de la Présentation du Seigneur au Temple. Ici, à Marseille, nous étions unis dans la prière, en ces fêtes de la Chandeleur. Que le Seigneur le garde auprès de lui, et qu'il lui permette de vous dispenser dans l'Esprit-Saint, force, courage, grandeur du coeur et une disponibilité de tous les instants. Très unis au Prince Louis, son fils, depuis notre Abbaye de Saint-Victor, nous lui disons notre attachement, en cette heure de prière. Amen. Père Jean-Pierre Ellul. 

 

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