CLOVIS

Publié le par Mgr Ellul

Homélie pour  le 23éme dimanche du temps ordinaire - 7 et 8 Septembre 1996  - Homélie sur clovis en vue du voyage du pape Jean-Paul II en France - SAINT-VICTOR DE MARSEILLE.

                Il y a mille cinq cents ans, à deux ou trois années prés, Clovis, roi des Francs, décidait de se convertir au christianisme et se faisait baptiser par Rémi, l'évêque de Reims. L'historien, Michel Rouche, démontre dans un très bel ouvrage, que ce baptême ne pût guère avoir lieu avant 499,... mais qu'importe : le 14ème centenaire ayant été commémoré en 1896, cent ans après on en célèbre le 15ème... Et le Pape Jean-Paul II, qui vient en France dans quelques jours, ne vient pas célébrer simplement « le baptême de Clovis, et par la-même, le baptême de la France, notre pays étant déjà chrétien dès les origines du Christianisme... mais, invité en visite pastorale dans l'ouest de la France, il se rend également à Reims pour participer cette célébration, et ce, afin de nous conforter dans la foi ».

           Car, nous le savons bien, l'Eglise en France, n'est pas née ce jour là, mais en ce Ve siècle, en ces années-là, un roi, abandonne le paganisme, et après des années de réflexion, et de préparation, demande le sacrement qui fait de lui un fils de Dieu. Oui,  cela s'est fait très lentement. Et d'ailleurs pourquoi cette suspicion concernant sa démarche  de foi ? Mais, pour ceux qui contestent ce fait, il leur faut montrer que c'était un calcul politique qui lui permettait de l'emporter sur ses ennemis et mettait de son côté l'Eglise que l'on commençait d'appeler catholique, car elle était en butte aux divisions et aux schismes,... arien, surtout... ! Ces ariens qui niaient tout simplement la divinité du Christ.

                Rapidement, un peu de chronologie. En 275, première vague de Francs et d'Alamans en Gaule - A St Victor de Marseille, vénération des deux premiers martyrs de Dèce...inhumés en vers 250. ... Août 314, premier Concile en Gaule, à Arles, où participe Orésius, évêque de Marseille. Notez, ici, en  3O4, Victor et ses compagnons martyrs... puis en 325, Concile de Nicée, condamnant l'Arianisme. Vers 466, alors qu' Eustase, puis Graécus sont évêques de Marseille, naissance de Chlodweg. Latinisé en Choldovecchus, son nom donne ensuite Lodoys, Louis, puis Clovis. En 481, alors qu'il a une quinzaine d'années, Clovis succède à son père Childéric, comme roi des Francs Saliens à Tournai. L'évêque Rémi lui fait parvenir une missive en ces termes : "Il faut d'abord faire en sorte que le jugement de Dieu ne t'abandonne point, ...là où ton mérite  parviens par ton activité et ton humilité à ce très haut sommet. Rapporte-t-en aux évêques, recours à leurs conseils... rend courage aux affligés, favorise les veuves, nourris les orphelins. Que la justice sorte de ta bouche !".

              Premier contact d'un jeune roi, avec la réalité ambiante. Après un premier mariage avec une princesse rhénane inconnue, second mariage, vers 492 avec la catholique Clotilde, nièce du roi des Burgondes,  Gondebeau. En 496, victoire de Clovis sur les Alamans à Tolbiac. Son baptême se situe donc vers ces dates.

                Il se prépare, sous la direction de Clotilde, de catéchètes. Dans la nuit de Noël, « Il s'avance, nouveau Constantin, comme pour se guérir de la maladie d'une vieille lèpre... et Rémi, l'évêque de Reims lui dit : « Dépose humblement tes colliers, fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ». L'église métropolitaine était ornée et parfumée d'encens, illuminée comme aux plus grands jours.

                Rémi avait pris Clovis par la main. C'est alors que le Roi lui demanda : « Est-ce là le royaume du ciel, dont tu m'as parlé ?". Rémi aurait répondu : « Non, mais le commencement du chemin qui y conduit ! ». Le roi descendit dans la piscine baptismale et reçu l'eau de régénéressence, puis il fut confirmé. 

   Rapporté à la fin du 6ème siècle, soit environ 75 ans après l'évènement par Grégoire de Tours, cette anecdote, comme celle du vase de Soissons est dans toutes nos mémoires. Ce baptême, celui de ses deux soeurs et de ses 3.OOO guerriers, faisait du barbare, maître en Gaule septentrionale, s'étendant jusqu'à la Loire, le premier roi catholique d'Occident et le seul souverain catholique avec l'empereur romain de Constantinople. Sa femme Clotilde, fort bien éduquée chrétiennement par sa mère Carétène, dont on ne dira jamais assez l'impact sur l'âme de sa fille, avait déjà fait baptiser leur trois enfants, bien avant le baptême de Clovis. La décision du roi, son mari, venait de loin. Décision mûrement réfléchie et méditée, longuement préparée par de nombreux entretiens avec les évêques Rémi et Avit, le prêtre Vaast, et bien sûr Clotilde. Oui, décision venant de loin, ne relevant ni d'un coup de dés, ni d'un simple calcul politique, comme il est facile de le dire, pour nier d'un coup la démarche d'un homme entouré de chrétiens, pratiquant leur foi au Christ ressuscité dans le respect de l'évangile. La grande oeuvre de Coltilde aura été d'ammener son époux, et par lui son royaume au Christ.

                 Evoquons rapidement, après les différentes victoires de Clovis, vers 51O, la codification de la loi Salique, en juillet 511, le Concile d'Orléans, jetant les bases des diocèses à créer ou a reconstruire, dans les régions arrachées à l'hérésie arienne ou restée païenne. 32 évêques y participeront. Le 27 novembre 511, Clovis meurt à Paris. Il se fera enterrer, comme plus tard son épouse, dans la basilique dédiée aux Saints Pierre et Paul, qu'il avait fait édifier à Paris sur le tombeau de Sainte Geneviève.

    Saint Rémi mourra en 533, Clotilde en 544. Désormais et de nouveau le royaume est partagé, mais, en 3O ans, Clovis aura ainsi rassemblé en un seul royaume les populations franques et gallo-romaines dont le catholicisme allait, au cours des siècles suivants, précipiter la fusion en un seul peuple. Rien n'aurait été possible, sans cet acte fondateur qu'aura été son baptême, un baptême partagé avec tout un peuple, et rapprochant tous les chrétiens.

    Ici à Saint-Victor, la vie monastique est bien installé, et le tombeau de Saint Victor, à l'instar de celui de Saint Martin de Tours, rayonne de la sainteté de ces témoins de la foi, que nous sommes tous par le baptême de régénéressence que nous avons reçus. Que Marie, la Théotokos, Saine Mère de Dieu et  de l'Eglise nous y aide.  Amen.

                                               Père Jean-Pierre Ellul. 8 septembre 1996

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Homélies SAINT-VICTOR

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