20 ANS DE PONTIFICAT JEAN-PAUL II

Publié le par Mgr Ellul

VINGT ANS DE PONTIFICAT DU PAPE JEAN-PAUL II 17 et 18 octobre 1998

        Alors que le Pape Jean-Paul II célébre le 20éme anniversaire de son élection au souverain pontificat, son encyclique sur les rapports entre la Foi et la Raison, est proposée à notre méditation. Et durant cette semaine missionnaire, nous avons prié, pour tous les missionnaires, celles et ceux qui, de par le monde, annoncent la Parole de Dieu, et font fructifier la vigne du Seigneur. Journée missionnaire que nous avons quelque peu anticipée, à Saint-Victor, puisque le 30 août dernier, le Père Yves Daniel, missionnaire au Tchad était venu nous parler de ses activités pastorales dans son diocèse. 

    Le 16 octobre 1978, il était 18 h 18, la fumée blanche s'échappait de la cheminée de la Chapelle Sixtine. Karol Woytila était élu 264ème  successeur de Saint-Pierre. "Loué soit Jésus-Christ", telles furent ses premières paroles, en saluant les fidèles depuis le balcon de la Basilique Vaticane. "N'ayez pas peur, ouvrez toutes grandes les portes de votre coeur et de votre vie au Christ" recommandait-il lors de la messe inaugurale de son pontificat, célébrée, quelques jours plus tard. Aujourd'hui, il y a 7.305 jours qu'il est élu, comme vicaire du Christ-Jésus, évêque de Rome, successeur de Pierre, témoin de la communion dans l'Eglise universelle. Il vit et réalise ainsi ce que l'apôtre Paul écrivait au jeune Timothée dans la 2ème lecture que nous venons d'entendre : "Proclame la parole, interviens à temps et à contre-temps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d'instruire". Durant son pontificat, il a tenu 7 consistoires au cours desquels il a créé 157 cardinaux ; à nommé 2.653, des 4.200 évêques que compte l'Eglise de par le monde ; a publié 13 encycliques, effectué 84 voyages apostoliques, faisant 27 fois le tour de la terre, et prononcé durant ces voyages 3.078 discours. Lors des l'audiences de ces semaines dernières, en recevant les pèlerins ce furent 14 millions de fidèles qui reçurent sa bénédiction. Dimanche dernier il canonisait Soeur Thérèse-Bénédicta-de-la-Croix. 

 

        Lorsque le 2 août 1942, 2 officiers SS arrivèrent au Carmel d'Echt, ordonnant à Edith et Rose STEIN de le quitter, quelqu'un à ce moment, entendit Edith, dire à sa soeur : "Viens, nous partons pour notre peuple". Ce jour-là 242 juifs de la religion catholique furent déportés, en représailles de la Lettre des Evêques des Pays-Bas. Edith était née à Breslau le 12 octobre 1891, 11ème et dernier enfant d'une famille juive. Toute jeune elle professa son athéisme, et en 1911, en s'inscrivant à la faculté de Philosophie de l'Université de Breslau, tout en poursuivant ses études, elle fut fortement attirée par la lecture des Recherches Logiques d'Husserl, puis se spécialise en phénoménologie et fait connaissance du philosophe Max Scheler, entrant ainsi, pour la première fois, en contact avec la pensée catholique. Durant la première Guerre Mondiale, elle s'engagea comme infirmière de la Croix-Rouge, et un soir du printemps 1921, se trouvant seule chez une amie, elle trouva dans la bibliothèque l'autobiographie de Sainte Thérèse d'Avila. Elle en fut tellement passionnée, qu'elle passa toute la nuit à le lire. En refermant le livre, elle dit : "Mais, c'est là, la vérité !". Elle venait, au milieu de ses recherches philosophiques, de découvrir sa véritable vocation. 

 

         "Le chemin de la foi, écrivait-elle dans l'une de ses oeuvres, nous conduit plus loin que celui de la connaissance philosophique. Il nous porte à un Dieu proche et personnel, à celui qui est amour et miséricorde, à une certitude qu'aucune connaissance naturelle ne saurait offrir". Le 1er  janvier 1922, en recevant le baptême, elle choisit le prénom de Thérèse-Edwige, assiste à la messe, communie pour la première fois. Désormais elle le fera quotidiennement, ainsi que la récitation du bréviaire, la Liturgie des Heures. Dès sa première tentative d'entrée au Carmel, ses confesseurs le lui déconseillent : "Attendez, restez dans le monde, continuez votre recherche philosophique". Elle sera enseignante quelques années, mais perd son emploi en 1933 à cause des lois raciales anti-juives. Le 15 avril 1934, elle entre au Carmel de Cologne, reçoit l'habit des carmélites. Elle s'appellera désormais Soeur Thérèse-Bénédicta-de-la-Croix. Elle fit sa profession solennelle le 21 avril 1938.   

        Malgré le silence et la clôture du Carmel, Edith Stein suivit avec indignation les dérives du Nazisme qu'elle entendit comme un expression de haine nazie envers le Christ. Ainsi, écrit-elle : "J'avais déjà entendu parler de sévères mesures contre les Juifs, mais une lueur particulièrement vive éclaira mon esprit. C'est seulement alors que j'eus l'intuition que Dieu, portait à nouveau sa main sur son peuple et que le destin de ce peuple était aussi le mien". Elle eut, dans ses écrits une grande préoccupation pour le destin de son peuple. Elle vécut alors ce qu'elle appela : la Science de la Croix : "Si nous sommes unis au Seigneur, nous sommes membres du corps mystique du Christ qui continue de vivre dans ses membres et souffre en eux. Et la souffrance, portée en union avec le Seigneur, lui appartient, inscrite dans la grande oeuvre de la Rédemption". Le 9 juin 1939, présentant le pire, elle avait rédigé son testament : "J'accepte désormais avec joie la mort à laquelle Dieu m'a destinée, et ce, en parfaite soumission à sa volonté. Je prie le Seigneur d'accepter ma vie et ma mort pour sa louange et sa gloire, pour toutes les intentions de la Sainte Eglise, et en particulier, pour la sauvegarde, la sanctification et la perfection de notre ordre". 

 

        Le 2 août 1942, elle fut conduite avec sa soeur au camp de concentration de Westerbok, au nord du pays, où elle se distingua pour le soin qu'elle prodigua aux autres. Le 7 août, un train la déporta au camp d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne. Elles y arrivent, après 2 jours de voyage. Dès la descente du train, elles furent menées à la chambre-à-gaz et moururent avec les autres prisonnières. Dimanche dernier dans son homélie le Pape Jean-Paul II a demandé que son témoignage serve "à rendre toujours plus solide, le pont de la compréhension réciproque entre Juifs et Chrétiens  et désormais, en célébrant la mémoire de la nouvelle sainte, le 9 août de chaque année, nous pourrons nous souvenir de la Shoah, ce plan effroyable d'élimination d'un peuple, qui coûta la vie à des millions de nos frères et soeurs juifs...". Pour l'amour de Dieu et de l'homme, s'est exclamé le Pape, une fois encore je lance un vibrant appel : "Que jamais plus, ne se renouvelle de telle entreprise criminelle, contre aucun groupe ethnique, aucun peuple, aucune race, dans aucun lieu de la terre...". Et dans sa conclusion il ajouta : "N'acceptez jamais, comme elle le fit, une vérité qui est privée d'amour ; n'acceptez jamais comme amour, ce qui est privé de vérité ; l'un sans l'autre n'est qu'un mensonge destructeur". Et ces phrases nous serviront de conclusion, pour rappeler sa dernière encyclique, datée du 14 septembre, fête de l'exaltation de la Sainte Croix, et qui est destinée aux évêques de l'Eglise catholique. Elle s'intitule "Fides et Ratio", traite des rapports entre la Foi et la Raison. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi, lors de la conférence de presse présidée par le Cardinal Joseph Ratzinger, la présentait à larges traits : après une introduction, intitulée "Connais-toi toi-même", suivent 7 chapitres : "la révélation de la sagesse de Dieu" - "la sagesse sait et comprend" - "avancer dans la recherche de la Vérité" - "les rapports entre la foi et la raison" - "les interventions du Magistère dans le domaine de la philosophie" - "l'interaction entre la théologie et la philosophie"- "les exigences impératives de la parole de Dieu" et enfin "les tâches actuelles de la théologie". 

 

        Nous aurons le temps de revenir, bien sûr, sur tous ces thèmes dans les semaines et les mois à venir, car cette encyclique est une réflexion contenant un grand souffle philosophique et théologique. Loin de lancer des condamnations, Jean-Paul II pose au contraire un grave problème qui ne pourra pas, ne pas susciter un large débat entre les hommes de culture : "Pourquoi la raison veut-elle s'empêcher elle-même de tendre vers la vérité, tandis que par nature, elle est tendue vers ce but ? Vérité et liberté vont de pair, ou bien elles périssent misérablement ensemble. C'est là le message de cette encyclique ; c'est un cri lancé par Jean-Paul II pour réveiller la conscience de ceux qui ont à coeur la vraie liberté de l'homme. Cette liberté dit le Pape, "ne peut être atteinte et garantie, que si le chemin vers la vérité, reste toujours ouvert et accessible à tous et en tout lieu". 

 

        Je ne sais si vous vous souvenez de la dernière phrase de l'évangile de ce jour : "Le Fils de l'homme, quand il reviendra, trouva-t-il la foi sur la terre ?". Elle trouve ici une réponse positive, car tout le pontificat du Pape Jean-Paul II se veut une réponse à cette question. Et notre réponse est également : "Oui" ! Oui, si nous ouvrons toutes grandes, les portes de notre coeur et de notre vie au Christ et à la Vérité... oui si nous  répondons à la question lancinante, qu'il posait en venant pour la première fois dans notre pays : "France, qu'as-tu fait de ton baptême ?". Ici à Saint-Victor, nous n'avons qu'à descendre dans les cryptes, près des martyrs et de Marie, Notre-Dame-de-Confession, pour redire dans notre coeur : "Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t'aime". Amen. 

 

Père Jean-Pierre Ellul. 

 Homélie pour le 20éme anniversaire du 

Pontificat du Pape Jean-Paul II. 

17 et 18 octobre 1998 - 29ème C.  

Saint-Victor de Marseille.  

Publié dans Homélies SAINT-VICTOR

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