SAINT PADRE PIO

Publié le par Mgr Ellul

  Homélie  - conférence spirituelle pour la 3ème semaine de Carême, - Vendredi 23 Mars 2001 – 19 h - basilique du Sacré-Cœur

Viens vers nous ce soir, en cette troisième semaine de Carême, un capucin renommé : Padre Pio. La Divine providence a voulu qu’il soit proclamé bienheureux à la veille du grand Jubilé de l’an 2000. Quel est le message qu’à travers cet événement d’une grande importance spirituelle, le Seigneur veut offrir aux croyants et à l’humanité tout entière ? Il me faut donc, en quelque minutes, évoquer 81 ans de la vie d’un religieux que Dieu a comblé de grâces spirituelles.

Le témoignage de Padre Pio, lisible dans sa vie et dans sa personne physique elle-même, nous conduit à penser que ce message coïncide avec le contenu essentiel du Jubilé que nous venons de vivre en Eglise : « Jésus-Christ est l’unique sauveur du monde. En Lui, dans la plénitude des temps, la miséricorde de Dieu s’est faite chair, pour apporter le salut à l’humanité mortellement blessée par le péché ». Sa «meurtrissure vous a guéri » (1 P 2, 24), nous rappelle, par les paroles de l’Apôtre Pierre, le bienheureux Padre Pio, lui dont le corps porta la marque de ces meurtrissures. Ainsi s’exprimait le Pape Jean-Paul II lors de la rencontre avec les pèlerins présents à l’audience qui suivit le lendemain, la messe de la béatification de Padre Pio le dimanche 2 mai 1999. Quelle vie ! Toute donnée au Seigneur.

Une vie de prière et de silence, de conversion totale, au service de ses frères et sœurs dans la foi, venus souvent chercher en visitant San Giovanni Rotondo, du sensationnel, et repartant convertis et pardonnés par Dieu, dans le plus profond de leurs cœurs. Mais l’approche de Padre Pio est souvent difficile, voire même impossible. On a fait de cet homme, lorsque le Seigneur lui fit don des stigmates, et que sa renommée se répandit, «un thaumaturge de kermesse », voire même pour certains, un imposteur. Il fut caché au cœur de son couvent, interdit de communiquer et d’écrire, mis au secret, tenu enfermé dans sa cellule, et rejeté par certains prélats hauts placés dans la hiérarchie de l’Eglise.

Cela laissait Padre Pio serein, le cœur rempli d’amour, toujours assidu à la sainte messe, à la prière, dans une obéissance totale à ses supérieurs. Il souffrait dans son âme et dans sa chair mais gagnait des âmes à Dieu. « Les épreuves qu’il dut supporter en conséquence, peut-on dire, de ses charismes particuliers, ne furent pas moins douloureux, elles furent même peut-être plus cuisantes humainement parlant.

Dans l’histoire de la sainteté, il arrive quelquefois que l’élu, par une permission spéciale de Dieu, soit l’objet d’incompréhensions. Quand cela se vérifia, l’obéissance devient pour lui un creuset de purification, un chemin d’assimilation progressive, un affermissement de la sainteté authentique. A ce sujet, il écrivait à l’un de ses supérieurs : « j’agis seulement pour vous obéir, le bon Dieu m’ayant fait connaître que c’est l’unique chose qui lui plaise le plus et pour moi, l’unique moyen d’espérer le salut et de chanter victoire ». (Lettres I, p. 807).

Lorsque la «tempête » vint s’abattre sur lui, il  prit pour règle de son existence, l’exhortation de la première lettre de Saint Pierre : « approchez-vous du Christ, il est la pierre vivante ». De cette manière il est devenu une pierre vivante pour la construction de l’édifice spirituel qui est l’Eglise. Ce soir est présenté à notre méditation l’image vivante du Christ souffrant, humilié et ressuscité. Cet homme à mis en pratique, totalement, dans une absolue humilité cette prière que tous juifs pieux récite souvent dans la journée et que nous venons de proclamer dans l’évangile : « le Seigneur notre Dieu est l’Unique. » Il a aimé Dieu de toute son âme et de tout son cœur, de tout son esprit et toute sa vie fut une lente montée vers la lumière, malgré ses souffrances, le temps passé au confessionnal, à soulager la souffrance du corps et de l’esprit. Oui, c’est l’homme de la prière, de l’eucharistie, d’une intense dévotion mariale. On croit le connaître, parce que superficiellement on en a entendu parler : mais quand on scrute sa vie à la lumière de l’évangile et de ce que nous en propose l’Eglise, on reste confondu, par tant de simplicité évangélique, d’obéissance à la parole de Dieu, d’observance de la règle des capucins. Qui est Padre Pio ? Qui est Francesco Forgione ? Francesco naquit le 25 mai 1887 à Pietrelcina, en Italie, dans l’archidiocèse de Benevento. Ses parents : Gracio Forgione et Maria Guiseppa De Nunzio le feront baptiser le lendemain. Il passa son enfance et son adolescence dans un milieu serein et tranquille : maison, église, champs… et plus tard, l’école. C’est à l’âge de 12 ans, qu’il fait sa première communion et reçoit le sacrement de la confirmation.

Le 6 janvier 1903, à l’âge de 16 ans, il entre au noviciat des Frères mineurs Capucins à Morcone, où il prit, le 22 janvier de la même année, l’habit franciscain, sous le nom de Fra Pio. Au terme de son année de noviciat, il émit sa profession de vœux simples et, le 27 janvier 1907, il émit ses vœux solennels.

Après son ordination sacerdotale, le 10 août 1910 à Benevento. Le rêve de toute sa vie était enfin réalisé et sa famille, profondément croyante, partageait sa joie. il demeurera en famille, chez les siens, jusqu’en 1916, pour des raisons de santé. La correspondance de Padre Pio s’ouvre par la manifestation d’un désir de sa part : « Etre ordonné prêtre le plus tôt possible, même avec dispense d’âge » (Lettre I, 178, du 22 janvier 1910. Le jour de son ordination sacerdotale restera gravé dans sa mémoire car ce fut le jour où son cœur fut le plus enflammé par l’amour pour Jésus. A partir de ce jour-là il fit de la messe le cœur de son sacerdoce, la source et le sommet, le noyau et le centre de toute sa vie et de son œuvre. Tous les phénomènes mystiques les plus importants eurent lieu lors de la célébration de la Messe ou en concomitance avec elle. La «fusion des cœurs » eut lieu le matin du 16 avril 1912, à la fin de la messe, lors de l’action de grâce. La touche substantielle et «la prison spirituelle » eurent lieu lors de l’offertoire de la messe célébrée le jours de la fête du Corps du Christ, le 30 mai 1918. La stigmatisation eut lieu le matin du vendredi 20 septembre 1918, lors de la prière d’action de grâce, après la célébration de la messe. Oui, le sacrifice de l’autel était véritablement le cœur et la source de toute sa spiritualité, de toute sa vie et de toute son œuvre. C’est de là que venait sa façon unique et inimitable de célébrer, qui attira l’attention de milliers et de millions d’âmes. Mais que se passait-il lors de la célébration de la messe ? On peut affirmer, de façon simplifiée, qu’à l’autel, Padre Pio participait pleinement à la passion du Christ… Ses concitoyens, au début de son ordination, alors qu’il était encore chez lui, en famille, l’auraient préféré un peu moins saint.

Un jour, ils portèrent plainte à l’archiprêtre car, disaient-ils «la messe du jeune Padre Pio n’en finit jamais. On veut bien satisfaire au devoir dominical, aller à la messe en semaine, mais on n’a pas de temps à perdre et les travaux des champs n’attendent pas… » Don Salvatore voulut s’en rendre compte et vit, en effet que le jeune prêtre perdait à l’autel le sens du temps. Ravi en Dieu, il s’attardait indéfiniment aux mémentos et à l’action de grâces, tandis que le bon peuple trépignait d’impatience. Alors l’archiprêtre eut une idée qui permit d’arranger les choses : « prend garde, lui disait-il mentalement… je t’avertirai au nom de la sainte obéissance lorsqu’il te faudra continuer. ; » Et de sa stalle, dès qu’il s’apercevait que les ravissements de Padre Pio duraient trop longtemps, Don Salvatore lui intimait l’ordre de continuer, et le jeune prêtre obéissait sur le champs. Il se rattrapait ensuite. Caché derrière le maître-autel, il restait pendant des heures dans un profond recueillement. On l’enfermait même dans l’église… puis on lui donna le double des clefs pour qu’il puisse rester plus longtemps en prière.

Passons rapidement, tout en évoquant son service militaire, la grande guerre, sa vie de prière et se grande confiance en Dieu et en la Providence, les souffrances qu’ils rencontra durant ces années terribles, les menaces de la sécularisation, puis le retour. En septembre 1916, il fut envoyé au couvent de San Giovanni Rotondo, dans les Pouilles, où il demeurera jusqu’à sa mort, contribuant à l’édification de nombreux fidèles. C’est désormais de cette montagne du Gargano que cette lumière, mise par Dieu sur le chandelier, illuminera le monde. Il sera, au milieu de ses frères, un priant, comme eux, soumis à la règle et à l’obéissance à ses supérieurs.

En 1918, ceux-ci virent en lui les signes de la Passion du Seigneur et d’autres charismes. Au cours de la longue histoire de la stigmatisation, il faut distinguer deux périodes, l’une de préparation au grand phénomène qui dura 8 ans : de septembre 1910 à septembre 1918… Déjà en famille, après son ordination, il ressentait, des picotements aux mains, qu’ils secouaient comme s’il s’était brûlé. C’était la période des stigmates invisibles. Les signes de la passion du Seigneur apparurent par intermittence sur son corps.

Abasourdi, comme il le confesse lui-même, par la présence de ces signes, le jeune prêtre capucin « pria le Seigneur, afin qu’il retire un tel phénomène visible ». Et le Seigneur l’écouta. Toutefois, même lorsque les signes des blessures n’étaient pas visibles, la douleur était toujours présente et se faisait ressentir de façon particulière le mardi, et du jeudi soir au samedi. La deuxième période, celle de la stigmatisation permanente dura 50 ans : de septembre 1918 à septembre 1968. Tout se passa rapidement et tient en peu de paroles.

Padre Pio est à sa place, dans le chœur, au 3ème et dernier rang. A sa droite une fenêtre. En face un grand Christ en bois de cyprès. Leur impression fut l’œuvre d’un mystérieux personnage crucifié, dont Padre Pio affirme qu’il avait les mains, les pieds et le côté qui ruisselaient de sang. C’est le même personnage qui lui apparut le soir du 5 août précédent… Il n’est pas seul dans l’église du couvent. Padre Arcangelo, lui aussi s’attarde. On sonne. C’est l’heure. Ils sortent. Padre Arcangelo voit que les mains de Padre Pio saignent. Vous êtes blessé ? demande-t-il candidement ! « Occupez-vous de vos affaires, répond Padre Pio, cela ne vous regarde pas », dit-il d’un ton bourru et gêné ! D’un pas chancelant, il alla se présenter au Père gardien, qui naturellement fut bouleversé. Impossible de cacher de pareilles plaies. En plus des stigmates des pieds et des mains, Padre Pio avait sur le côté droit une profonde entaille qui saignait abondamment. Son linge, ses bras en étaient tout maculés. Et chose curieuse, le sang de ces blessures ne se coagulait pas et dégageait un parfum agréable. Il porta ces stigmates ouverts et ensanglantés pendant un demi-siècle…

Enflammé par l’amour de Dieu et par l’amour du prochain, Padre Pio vécut en plénitude sa vocation à contribuer à la rédemption de l’homme, selon la mission particulière que le Seigneur lui confia et qui caractérisa toute sa vie. Il accomplit ce programme à travers trois moyens : à travers la direction spirituelle des âmes : Padre Pio accomplit cette mission de deux façons : épistolaire et orale. La première, est témoignée par sa correspondance, en particulier par les volumes II, III et IV, mais elle est limitée par une décision prise par le Saint-Office. La seconde est attestée par des milliers de fidèles et a duré plus d’un demi-siècle. Au cours de son ministère sacerdotal, de nombreux athées ont retrouvé la foi, de nombreuses âmes ont embrassées la vie religieuse, d’autres encore ont émis des vœux de chasteté, tout en continuant à vivre dans le monde. Tous ont appris de lui à prier et à orienter leur vie en Dieu. Les Groupes de prière fondés par lui, continuent leur mission dans le monde. Oui, Padre Pio est tout entier contenu dans ces trois éléments fondamentaux, qui caractérisent le sacerdoce catholique : la célébration de la messe, la confession, la direction des âmes.

la réconciliation sacramentelle des péchés :

Deux faits, frappent principalement dans ce domaine : sa fidélité constante à ce ministère et la foule qui accourait à son confessionnal .Il fut, durant toute sa vie brûlé par le désir de confesser, c’est à dire de libérer les frères des filets de Satan, comme il l’écrit lui-même. Et il nous faut également mentionner, que sa constance et son assiduité au confessionnal lui ont conféré le titre de « martyr du confessionnal ». Sa façon de confesser était un peu brusque, et souvent il lui arrivait de renvoyer les fidèles sans leur donner l’absolution. Cela entrait  dans sa méthode pédagogique et faisait partie de son charisme de confesseur. La preuve en est que les âmes renvoyées sans absolution ou traitée énergiquement, ne trouvaient la paix que lorsque, sincèrement repenties, elles retournaient aux pieds du confesseur, qui se révélait alors un père de toute tendresse.

L’exceptionnel ministère de confession de Padre Pio a été reconnu à plusieurs reprises par le Pape Jean-Paul II, comme un message à accueillir et à pratiquer. Le 23 mai 1987, lors de sa visite pastorale à San Giovanni Rotondo, en parlant dans le sanctuaire de Sainte-Marie-des-Grâces, il disait : « les pèlerins, les nombreux fidèles, trouvèrent en lui, un accueil particulier et une résonance spirituelle, dans ces deux aspects qui caractérisent le sacerdoce catholique : la faculté de consacrer le Corps et le Sang du Seigneur, et celle de remettre les péchés. L’autel et le confessionnal, ne furent-ils pas les deux pôles de sa vie ? Ce témoignage sacerdotal contient un message aussi valable qu’actuel. Et d’ajouter, un vendredi Saint, 24 mars 1989, alors qu’il venait de confesser dans la Basilique Vaticane, en sortant du confessionnal, devant un groupe de plus de mille pèlerins : « Saint Jean-Marie Viannay, restait dans le confessionnal environ 16 heures par jours, et Padre Pio, y restait lui aussi, pendant de nombreuses heures.

La célébration de la messe :

Les fidèles qui participaient à la messe, percevaient en elle, le sommet et la plénitude de sa spiritualité. Padre Pio est celui qui offre la Divine Victime à l’Autel, à chaque Messe. Chacun sait à quel point était impressionnante, émouvante, sublime, tragique, la Messe de Padre Pio, rappelle le Père Jean Derobert, dans un très bel article paru dans l’Osservatore Romano, édition en français, lors de sa béatification. Et il continue ainsi : « les foules arrivaient, nombreuses, pour assister à cette messe hors du commun, qu’il célébrait à 5 heures du matin. » Il y faisait passer toute sa personne, toute sa vocation de co-rédempteur à côté de l’Unique Rédempteur, toute sa mission de témoin de Dieu, sa mission de salut et de sanctification qu’il accomplissait au confessionnal, mais plus encore sur cet autel… « Sanctifie-toi et sanctifie », lui avait dit le Seigneur Jésus, dès son enfance. Un jour il avait répondu à l’une de ses filles spirituelles qui lui demandait : « Père, pour nous, qui êtes-vous ? ». Il répondit : « au milieu de vous, je suis le frère, au confessionnal, le juge, à l’autel, la victime ».

 Oui, chaque jour il revivait cet événement de sa propre crucifixion, le vendredi 2O septembre 1918… Qui ne se souvient, dira le Saint-Père, de la ferveur avec laquelle il revivait la Passion du Christ lors de la célébration de l’eucharistie qu’il appelait un mystère terrible., car il fut associé aux souffrances du Seigneur, avec une conscience permanente que « le calvaire est la montagne des saints ».

Sur le plan social :

Padre Pio s’engagea profondément pour soulager la souffrance, les douleurs et les difficultés de nombreuses familles, à travers la fondation de la « Casa sollievo della soffrenza », inaugurée le 5 mai 1956. Sa charité se répandait comme un baume sur les faiblesses et les souffrances de ses frères. Il unissait ainsi au zèle pour les âmes, l’attention aux souffrances humaines, e faisant le promoteur d’une structure hospitalière : la maison du soulagement de la souffrance. Il a voulu en faire un hôpital de première catégorie, mais surtout il se préoccupa qu’on y pratique une médecine vraiment humaine, où les relations avec les malades soient empreintes de la sollicitude la plus chaleureuse et de l’accueil le plus cordial. Il savait bien que ceux qui sont malades et qui souffrent, ont besoin, non seulement d’une utilisation correcte des moyens thérapeutiques, mais aussi et surtout d’un climat humain et spirituel qui leur permette de se retrouver eux-mêmes dans la rencontre avec l’amour de Dieu et la tendresse de leurs frères.

Avec la Casa Sollievo della Sofferenza, il a voulu montrer que les miracles ordinaires de Dieu, passent par notre charité. Nous devons nous rendre disponibles pour le partage et le service généreux de nos frères, en nous servant de toutes les ressources de la science médicale et de la technique. Près de nous, l’abbé Fouque, fit de même, dans les premières années pour l’Hôpital Saint-Joseph.

Sur le plan spirituel, il fonda des « groupes de prières », définis par lui-même, comme de « vivantes assemblées de foi et foyers d’amour » et le Pape Paul VI, disait de ces groupes qu’il sont comme « un immense fleuve de priants ». Mais nous ne conclurons pas sans parler de Marie, et sa dévotion tendre et filiale. Car la fonction de cette « chère Mère », de la Madone, de la Vierge Marie, est double : d’abord nous conduire à Jésus son fils, puis, nous accorder à travers lui les grâces dont nous avons besoin. Dans sa vie de tous les jours, il parlait très souvent de Marie, Médiatrice de toutes grâces… et lorsque les fidèles lui demandaient une grâce, il répondait invariablement : « mais qu’ai-je à voir avec cela, moi ! … Demandez à Jésus et à Marie. Faites aimer Marie, récitez tous les jours le rosaire. Récitez-le bien ! Récitez le, … le plus que vous pouvez ».

Il priait bien sûr pour ceux qui s’étaient recommandés à sa prière. Or, aussi, chose étrange, il priait également pour ceux dont le Seigneur lui soufflait l’intention, même s’ils ne les connaissaient pas. Sa prière ornait et en même temps nourrissait sa constante, profonde..  et habituelle union à Dieu. Oui, il nous a laissé ce grand exemple de prière. Il nous a fait comprendre que tout travail spirituel ne peut être accompli et réussi si, à la base… il n’y a pas ce regard d’amour porté sur Dieu dans une intense prière. Sa santé fut fragile et en particulier, au cours des dernières années de sa vie, elle déclina rapidement.Il était sur le fauteuil de sa chambre, revêtu de son habit de capucin, serrant entre ses doigts son chapelet et il expira doucement en murmurant les noms de Jésus et de Marie. Il pouvait ajouter, comme on le dit en Italie : La messa est finià, andate in pace… La messe est finie, allez dans la paix…

Il mourut de façon sereine le 23 septembre 1968, à 2 h 3O du matin à l’âge de 81 ans. Une foule extraordinaire participa à ses funérailles. Ce que personne ne savait, dans toute cette foule qui avait défilé devant le cercueil où il reposait, c’était que bien qu’eût laissé les bas et les mitaines sur les pieds et les mains, les stigmates avaient disparues. Plus aucune trace de blessures. A la place on voyait de fines croûtes qui tombèrent immédiatement. La peau était lisse comme celle d’un nouveau-né. D’ailleurs deux ou trois mois avant sa mort les plaies avaient commencées à se refermer. Et le soir de ce même jour, le Postulateur des Capucins, le Père Bernadino de Siena, se rendit à San Giovanni Rotondo, pour vénérer sa dépouille mortelle. Il fut impressionné par la foule de fidèles qui était réunie en prière autour de lui, signe évident de la renommée de sainteté dont il jouissait durant sa vie et qui allait se poursuivre après sa mort. Le postulateur pensa immédiatement à un procès en béatification.

Les normes alors en vigueur ne prévoyaient rien quant au délai pour ouvrir un procès, elles exigeaient uniquement que l’enquête ait lieu dans ses trente ans suivant la mort d’un Serviteur de Dieu. La prudence, toutefois le persuada d’attendre au moins cinq ans, pour voir si la renommée de sainteté de Padre Pio allait en diminuant ou en augmentant. Entre-temps, un fait bouleversa totalement les desseins du postulateur. La presse, constatant que rien n’était fait pour entamer la cause en béatification, lança une campagne diffamatoire et scandaleuse contre l’Ordre des Capucins et l’Eglise : on y rapportait comment l’un et l’autre avait persécuté Padre Pio de son vivant et comment ils continuaient de le faire après sa mort. Afin de mettre un terme aux allégations de la presse, le Postulateur général entama immédiatement les premières démarches officielles. Après avoir obtenu l’accord des Supérieurs, le 9 novembre 1969, il remit entre les mains de l’Evêque de Lucera, le libelle, par lequel il demandait officiellement l’ouverture du procès en béatification de Padre Pio. L’évêque accueillit de façon positive la demande et la première mesure qu’il prit fut celle de receuillir des témoignages écrits et sous serment, de personnes l’ayant bien connu.

Le 2O février 1971, trois ans à peine après sa mort, Paul VI, parlant aux Supérieurs majeurs de l’Ordre des Capucins, dit de lui : « Voyez la célébrité qu’il connut, la foule des fidèles qu’il réunit autour de lui ! Mais pourquoi ? Etait-ce peut-être parce qu’il était philosophe ? Parce qu’il était savant ? Parce qu’il avait des moyens à sa dispositions ? » « Non ! Parce qu’il célébrait la Messe humblement, il confessait du matin au soir et il portait, … c’est difficile à dire, … la représentation des stigmates de Notre Seigneur. C’était un homme de prière, marqué par la souffrance ». Son témoignage constitue un rappel de la dimension spirituelle, qu’il ne faut pas confondre, avec le phénomène des miracles, déviation dont il se garda toujours avec fermeté. Et Jean-Paul II d’ajouter lors de la messe de béatification : « que se tournent vers lui, en particulier les prêtres et les personnes consacrés. Il enseigne aux prêtres à devenir des instruments dociles et généreux de la grâce divine, et à tous, la prière constance, le rappel de notre vocation de baptisés, de prêtres, de prophètes et de rois. » Padre Pio est entré dans la gloire du Ciel.

Quel réconfort de sentir près de nous, celui qui voulut être un pauvre qui prie, frère du Christ, frère de Saint François d’Assise, frère de celui qui souffre, frère de chacun d’entre-nous. Puisse son aide nous guider sur la voie de l’Evangile et nous mettre à la suite du Christ, avec toujours plus de générosité. Puisse « Sainte Marie de toutes grâces », que l’humble capucin de Pietrelcina, a invoqué avec une dévotion tendre et constante, nous aider à garder le regard fixé sur Dieu. Puisse-t-elle nous prendre par la main et nous pousser à rechercher inlassablement la charité surnaturelle qui jaillit du côté transpercé du Crucifié. Et Toi, Bienheureux Padre Pio, du ciel, tourne ton regard vers nous qui sommes réunis ce soir en ce temps de carême. Intercède pour nous et pour tous ceux qui, dans le monde font monter par toi, leurs supplications vers le Seigneur. Viens au secours de chacun d’entre-nous, donne-nous, la grâce du repentir, la force du pardon, un amour toujours plus grand dans la vénération de la Sainte eucharistie, la paix du cœur et la force du témoignage pour Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

Mgr Jean-Pierre Ellul.

Bibliographie :

Maria WINOWSKA : le vrai visage du Padre Pio. Vie et survie. Fayard.

Jean DEROBERT : transparent de Dieu. Editions Hobine.

Pascal CATANEO : Fioretti de Padre Pio. Médiaspaul.

L’OSSERVATORE ROMANO : édition en Français. Les numéros 18 et 19

(2570 et 2571) des 4 mai et 11 mai 1999.

 

 

 

 

 

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