Retraite à Sénanque

Publié le par Mgr Ellul

Retraite des Chevaliers et Dames du Saint-Sépulcre

A l’abbaye de Sénanque, jeudi 24 octobre 2002

La prière, récollection, retraite : dans l’évangile de ce jeudi, Jésus reconnaît à chacun le droit d’être lui-même. Etre soi-même ! Long temps de réflexion et de prière pour savoir qui l’on est ! Se connaître, sa vie, ses antécédents, ses victoires sur le péché, ses chutes innombrables, mais toujours dans la confiance d’être pardonné par le Christ. Dès la prière d’ouverture, au début de cette retraite, nous avons demandé au Père de faire grandir en nous l’esprit filial… et dans la lettre aux Ephésiens (3, 14-21), Paul « tombe à genoux devant le Père qui est la source de toute paternité, au ciel et sur la terre ». Il signale également le fait que le Christ habite en nos cœurs par la foi, il nous demande de rester enracinés dans l’amour, afin de pouvoir comprendre quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur.. et ainsi vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse tout ce qu’on peut connaître. Vous serez comblés jusqu’à entrer dans la plénitude de Dieu.

La prière : Nous pensons souvent à la prière comme à une tentative pour entrer en relation avec Dieu, pour exercer sur lui une certaine influence, pour obtenir qu’il nous soit favorable. Mais Dieu est infiniment grand, et nous sommes infiniment petits ! N’oublions jamais que la prière vient d’ailleurs, qu’elle vient de Dieu lui-même : nous ne pouvons que l’accueillir et la recueillir en nous. Recueillir : voilà le mot clef de la prière ; recueillir Dieu et se recueillir en Dieu. Aussi la prière émerge-telle du silence de l’amour éternel du Père pour ses fils, dans lequel nous l’entendons nous dire : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc1, 11). C’est ce silence plein de Dieu qu’il nous faut d’abord écouter : tant que nous ne l’aurons pas rencontré, nous ne seront pas entrés dans la prière.

La prière du Christ : Recherchons dans les Evangiles quelques péricopes où Jésus est en prière. Cela nous servira pour nos méditations personnelles.On peut aussi lire ces jours-ci, au bréviaire, la lettre à Proba sur la prière ; très beau commentaire de Saint Augustin sur le sens de la vraie prière,.

Le silence : Au moment où nous décidons d’entrer en prière, nous savons que Dieu est déjà là, secrètement présent. Mais dans ce « secrètement » se cachent toutes nos difficultés à prier. Ce silence plein de Dieu, nous le ressentirons d’abord comme un vide, tant que nous ne serons pas accoutumés à un retournement complet de notre façon de vivre. En effet, nous sommes habitués à recevoir de l’extérieur toutes les informations en fonction desquelles nous dirigeons notre vie : nous sommes ordinairement tournés vers les créatures, et à partir d’elles, nos yeux et nos oreilles nous transmettent les données qui vont occuper notre esprit. Or Dieu ne nous parle souvent de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur. Il va nous falloir faire demi-tour à notre attention si nous voulons entendre Jésus nous dire : « Toi quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là dans le secret » (matt, 6, 6) .

Donc faire taire le vacarme intérieur de nos vies, rester dans le silence près de Dieu, et l’écouter nous parler, opérer en nous une « conversion », méditer en sa présence, revoir la vie de Dieu un et Trinité, penser à Jésus, le retrouver dans l’évangile, prendre du temps pour lire quelques passage de notre Bible, voir même en souligner les différentes attitudes de Jésus concernant sa prière.

Il sort, le matin, pars de très bonne heure dans la montagne, redescend dans la plaine, parle aux foules, prie avant d’appeler les disciples, pleure lors de la mort de Lazare, regarde au fond des êtres, scrute les reins et les cœurs, pardonne inlassablement, remet debout par le pardon et la guérison, nous fait avancer sur une route que nous n’aurions jamais empruntée, seul, livrés à nous-mêmes. Que nous reste-t-il à faire ? A prendre du temps pour prière, c’est ce que nous allons faire, en union avec Marie, en méditant peut-être notre chapelet, et en revoyant tous les mystères de la vie du Christ, et surtout depuis la semaine dernière, préconisés par le Pape Jean-Paul II, les mystères lumineux.

VENDREDI 25 OCTOBRE 2002  : Les textes de ce jour : lectionnaire férial.

Savoir lire les signes des temps ou savoir juger le temps où nous sommes ? C’est un peu la même chose. S’arrêter, relire nos vies, lire les signes des temps pour comprendre où, dans ce monde, dans « notre monde », dans nos familles, notre travail, nos relations, Dieu nous attend. « T’aimant en toute choses, nous obtenions l’héritage qui surpasse tout désir »… ; mais pour cela, nous dit l’oraison de ce jour : « Pour ceux qui t’aiment, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir » ! Et dans l’épître aux Ephésiens : « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur, de patience, supportez-vous les uns les autres ; ayez à cœur de garder l’unité dans l’Esprit, par le lien de la paix ». En méditant le psaume 23, reprenant le refrain qui rythmera celui de la Toussait, nous retiendrons ces phrases : « Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur peut, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles ». Ainsi, nous reconnaîtrons les signes des temps, si nous sommes en communion avec le Christ et l’Eglise.Il nous faut également nous souvenir que le vendredi, est un jour de prière en union avec le Christ sur la croix, mort pour nous, pour le pardon de nos péchés. Comme vous le savez le Pape Jean-Paul II nous adresse sa lettre sur le Rosaire. Que nous dit-il ? « …le Rosaire est une prière dont le centre est christologique. Dans la sobriété de ses éléments, il concentre en lui la profondeur de tout le message évangélique, dont il est presque un résumé.2 En lui résonne à nouveau la prière de Marie, son Magnificat permanent pour l'œuvre de l'Incarnation rédemptrice qui a commencé dans son sein virginal. Avec lui, le peuple chrétien se met à l'école de Marie, pour se laisser introduire dans la contemplation de la beauté du visage du Christ et dans l'expérience de la profondeur de son amour. Par le Rosaire, le croyant puise d'abondantes grâces, les recevant presque des mains mêmes de la Mère du Rédempteur. 

5. Cependant, la raison la plus importante de redécouvrir avec force la pratique du Rosaire est le fait que ce dernier constitue un moyen très valable pour favoriser chez les fidèles l'engagement de contemplation du mystère chrétien que j'ai proposé dans la lettre apostolique Novo millennio ineunte comme une authentique “pédagogie de la sainteté”: « Il faut un christianisme qui se distingue avant tout dans l'art de la prière ».9 Alors que dans la culture contemporaine, même au milieu de nombreuses contradictions, affleure une nouvelle exigence de spiritualité, suscitée aussi par les influences d'autres religions, il est plus que jamais urgent que nos communautés chrétiennes deviennent « d'authentiques écoles de prière ».10 Le Rosaire se situe dans la meilleure et dans la plus pure tradition de la contemplation chrétienne. Développé en Occident, il est une prière typiquement méditative et il correspond, en un sens, à la « prière du cœur » ou à la « prière de Jésus », qui a germé sur l'humus de l'Orient chrétien.Il nous exhorte à la contemplation du Christ, en compagnie de sa Mère, la Très Sainte Vierge Marie et à son école. En effet, réciter le Rosaire, n’est rien d’autre que contempler avec Marie, le visage du Christ.

12. C'est précisément à partir de l'expérience de Marie que le Rosaire est une prière nettement contemplative. Privé de cette dimension, il en serait dénaturé, comme le soulignait Paul VI: « Sans la contemplation, le Rosaire est un corps sans âme, et sa récitation court le danger de devenir une répétition mécanique de formules et d'agir à l'encontre de l'avertissement de Jésus: “Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens; ils s'imaginent qu'en parlant beaucoup, ils se feront mieux écouter” (Mt 6, 7). Par nature, la récitation du Rosaire exige que le rythme soit calme et que l'on prenne son temps, afin que la personne qui s'y livre puisse mieux méditer les mystères de la vie du Seigneur, vus à travers le cœur de Celle qui fut la plus proche du Seigneur, et qu'ainsi s'en dégagent les insondables richesses ».14 Il convient de nous arrêter sur la pensée profonde de Paul IV, pour faire apparaître certaines dimensions du Rosaire qui en définissent mieux le caractère propre de contemplation christologique. 

Pour donner un grand relief à cette invitation, profitant du tout proche 120e anniversaire de l’encyclique de Léon XIII, je désire que, tout au long de l’année, cette prière soit proposée et mise en valeur du manière particulière dans les communautés chrétiennes. Cette année à venir sera l’Année du Rosaire, pour constituer et favoriser chez les fidèles l’engagement de contemplation du Mystère chrétien. Ecoutons le Pape Léon XIII : « Le devoir du suprême apostolat qui Nous a été confié, et la condition particulièrement difficile des temps actuels, Nous avertissent chaque jour instamment, et pour ainsi dire Nous pressent impérieusement, de veiller avec d'autant plus de soin à la garde et à l'intégrité de l'Eglise que les calamités dont elle souffre sont plus grandes. C'est pourquoi autant qu'il est en Notre pouvoir, en même temps que Nous Nous efforçons par tous les moyens de défendre les droits de l'Eglise comme de prévoir et de repousser les dangers qui la menacent et qui l'assaillent, Nous mettons aussi Notre plus grande diligence à implorer l'assistance des secours divins, avec l'aide seule desquels Nos labeurs et Nos soins peuvent aboutir. A cette fin, Nous estimons que rien ne saurait être plus efficace et plus sûr que de Nous rendre favorable, par la pratique religieuse de son culte, la sublime Mère de Dieu, la Vierge Marie, dépositaire souveraine de toute paix et dispensatrice de toute grâce, qui a été placée par son divin Fils au faîte de la gloire et de la puissance, afin d'aider du secours de sa protection les hommes s'acheminant, au milieu des fatigues et des dangers, vers la Cité Eternelle. C'est pourquoi, à l'approche des solennels anniversaires qui rappellent les bienfaits nombreux et considérables qu'a valus au peuple chrétien la dévotion du Saint Rosaire, Nous voulons que cette année, cette dévotion soit l'objet d'une attention toute particulière dans le monde catholique en l'honneur de la Vierge Souveraine, afin que, par son intercession, nous obtenions de son divin Fils un heureux adoucissement et un terme à nos maux. Aussi, avons-Nous pensé, Vénérables Frères, à Vous adresser ces lettres, afin que Notre dessein Vous étant connu, Votre autorité et Votre zèle excitent la piété des peuples à s'y conformer religieusement.

Qu’est-ce que la prière du Rosaire : Dès le Ive siècle, les anachorètes orientaux utilisent des petits morceaux de pierre ou de bois pour compter le nombre de leurs prières vocales.Dès le Xie siècle, sinon auparavant, les moines occidentaux enfilent sur un cordon des grains percés de trous pour constituer une sorte de psautier des laïcs, destinés aux frères convers. La prière qui remplace le psautier est d’abord le Pater : on appellera les premiers chapelets, des patenôtres. Un peu plus tard on répètera de la même façon des séries d’Ave Maria, qu’on fait suivre de prostrations ou de génuflexions. La prière médiévale de l’Occident a développé la prière du Rosaire, en substitut populaire de le Prière des Heures. En Orient, la forme ltanique de l’Acathiste et de la Paraclisis est restée plus proche de l’office choral dans les Eglises Byzantines, tandis que les traditions arménienne, copte et syriaque ont préféré les hymnes et les cantiques populaires à la Mère de Dieu. (C de l’Ecc Catho n° 2678).

 Au Moyen Age, on avait l’habitude de coiffer de couronnes de fleurs les statues de la Vierge et des Saints et aussi les prêtres et les membres des confréries participant aux processions. On appelait ces couronnes des chapelets ou des capiaux (des chapeaux de fleurs). Par extension, on appela chapels, puis chapelets les couronnes d’Ave adressées à Marie. Le chapelet de 50 Ave correspondait aux cinq joies de Notre-Dame : Annonciation, Nativité, Résurrection, Ascension, Assomption. Ici et là, on compta aussi sept allégresses de Notre-Dame et même ses quinze joies. Les grands chapelets de 150 Ave finirent par s’appeler Rose-tum (rosier) ou Rosarius (roseraie)… On donna le nom de Rosaire au « psautier de Marie », composé de 150 Ave, comme le psautier biblique est composé de 150 psaumes. Le Rosaire est une forme de prière répétitive qui existe depuis le XIIe siècle. C’est à un chartreux, Dominique de Prusse (dès 1409 à Trèves) qu’il faut attribuer l’institution du Rosaire tel qu’on le connaît avec ses quinze mystères et ses cent cinquante « Je vous salue Marie ».

 Au XVe siècle, le bienheureux Alain de la Roche, dominicain, proposa le Rosaire dans sa structure actuelle : au début le Credo ; puis 3 Ave ; ensuite les cinq dizaines d’Ave, précédées chacune par le Pater et suivi du Gloria Patri ; et leur appliqua la méditation des Mystères, joyeux, douloureux et glorieux. Il prétendait que le Rosaire avait été donné par Marie à saint Dominique qui le propagea. Des études récentes ont infirmé sa thèse. Cependant, dès le Xve siecle, les dominicains fondes des confréries du Rosaire et la propagation de cette dévotion leur est confiée exclusivement par le pape saint Pie V, qui institue la fête du Rosaire le 7 octobre, anniversaire de la victoire navale de Lépante. D’autres ordres religieux ont aussi leur chapelet particulier dont l’usage est très ancien : ainsi les Camaldules (couronne de Notre-Seigneur), les Franciscains (chapelet des sept allégresses) ; les Servites (chapelet des sept douleurs). Notons aussi le chapelet de sainte Brigitte, aux 63 Ave (ce serait, dit-on les années vécues par la Vierge Marie). Et le chapelet de la miséricorde de Sainte Faustine. Pater ave credo. Gros  grains : Père Eternel, je t’offre le corps et Sang l’esprit et la divinité de Jésus ton fils… Petits grains :  par la douloureuse passion de ton Fils. Fin : Dieu saint, Dieu fort… 3 fois.

Les quinze mystères sont regroupés en trois catégories : les mystères joyeux (naissance du Christ), les mystères douloureux (mort du Christ), les mystères glorieux (résurrection du Christ). Chaque mystère est annoncé ou médité et est suivi d’une dizaine de chapelet (une dizaine de "Je vous salue Marie") . Le Pape Jean-Paul II vient d’ajouter les mystère lumineux.

Les mystères joyeux :
l’annonciation : l’ange Gabriel annonce à Marie qu’elle aura un fils, texte : Luc 1, 26-38
la visitation : visite de Marie à sa cousine Élisabeth, texte : Luc 1, 39-56
la naissance de Jésus à Bethléem, texte : Luc 2, 1-20
la présentation de jésus au Temple : marie et Joseph emmène Jésus au Temple de Jérusalem pour le présenter au Seigneur comme tous les garçons premiers-nés de son époque, texte : Luc 2, 22-35
Les retrouvailles au Temple : Marie et Joseph ont cherché Jésus pendant trois jours, il était resté au Temple avec les docteurs de la loi, texte : Luc 2, 41-52

Les mystères glorieux

la Résurrection, textes : Matthieu 28, 1-8, Marc 16,1-8 ; Luc 24, 1-10 ; Jean 20,11- 18
l’Ascension, textes : Marc 16, 19 ; Luc 24, 50-52 ; Actes 1,3-14
la Pentecôte, textes : Actes 2, 1-13
l’Assomption de Marie : Apocalypse 12, 1
le couronnement de Marie au ciel : Apocalypse 12, 1

Les mystères lumineux : -         Le baptême dans le Jourdain -         Les Noces de Cana -         Annonce du Royaume et invitation à la Conversion -         La Transfiguration -         L’institution de l’Eucharistie

Chacun de ces mystères est une révélation du Royaume désormais présent dans la personne de Jésus. A nous de nous imprégner et de méditer ces mystères. Si nous ouvrons le catéchisme de l’Eglise Catholique qu’y trouvons-nous ? n° 971, 2678, La méditation est à la fois et surtout une prière et une recherche. L’esprit cherche à comprendre le pourquoi de la vie chrétienne, afin d’y adhérer et de répondre à ce que le Seigneur nous demande. Il y faut une attention difficile à discipliner. Habituellement, l’on s’aide d’un livre, ou des mystères du Rosaire proposés. Méditer ce que l’on lit ou ce que l’on prie, conduit à e l’approprier en le confrontant avec soi-même. Les méthodes de méditation sont aussi diverses que les maîtres spirituels et les personnes qui prient. Oui, la méditation met en œuvre la pensée, l’imagination, l’émotion et le désir. Cette mobilisation est nécessaire pour approfondir les convictions de foi, susciter la conversion du cœur et fortifier la volonté de suivre le Christ.

La prière chrétienne, s’applique de préférence à méditer les mystères du Christ, comme dans la Lectio Divina ou le Rosaire. Cette forme de réflexion priante est de grande valeur, mais la prière chrétienne doit tendre plus loin : à la connaissance d’amour du Seigneur Jésus, à l’union avec Lui. (caté. 2705, 2706, 2707, 2708).L'écoute de la Parole de Dieu : 30. Pour donner un fondement biblique et une profondeur plus grande à la méditation, il est utile que l'énoncé du mystère soit suivi de la proclamation d'un passage biblique correspondant qui, en fonction des circonstances, peut être plus ou moins important. Les autres paroles en effet n'atteignent jamais l'efficacité particulière de la parole inspirée. Cette dernière doit être écoutée avec la certitude qu'elle est Parole de Dieu, prononcée pour aujourd'hui et « pour moi ».Ainsi écoutée, elle entre dans la méthodologie de répétition du Rosaire, sans susciter l'ennui qui serait produit par le simple rappel d'une information déjà bien connue. Non, il ne s'agit pas de faire revenir à sa mémoire une information, mais de laisser “parler” Dieu. Dans certaines occasions solennelles et communautaires, cette parole peut être illustrée de manière heureuse par un bref commentaire.

Le silence : 31. L'écoute et la méditation se nourrissent du silence. Après l'énonciation du mystère et la proclamation de la Parole, il est opportun de s'arrêter pendant un temps significatif pour fixer le regard sur le mystère médité, avant de commencer la prière vocale.La redécouverte de la valeur du silence est un des secrets de la pratique de la contemplation et de la méditation. Dans une société hautement marquée par la technologie et les médias, il reste aussi que le silence devient toujours plus difficile. De même que dans la liturgie sont recommandés des moments de silence, de même, après l'écoute de la Parole de Dieu, une brève pause est opportune dans la récitation du Rosaire, tandis que l'esprit se fixe sur le contenu d'un mystère déterminé.

Le « Notre Père » : 32. Après l'écoute de la Parole et la focalisation sur le mystère, il est naturel que l'esprit s'élève vers le Père. En chacun de ses mystères, Jésus nous conduit toujours au Père, auquel il s'adresse continuellement, parce qu'il repose en son “sein” (cf. Jn1,18). Il veut nous introduire dans l'intimité du Père, pour que nous disions comme Lui: « Abba, Père » (Rm 8,15; Ga 4,6). C'est en rapport avec le Père qu'il fait de nous ses frères et qu'il nous fait frères les uns des autres, en nous communiquant l'Esprit qui est tout à la fois son Esprit et l'Esprit du Père. Le « Notre Père », placé pratiquement comme au fondement de la méditation christologique et mariale qui se développe à travers la répétition de l'Ave Maria, fait de la méditation du mystère, même accomplie dans la solitude, une expérience ecclésiale.

Les dix « Ave Maria » : 33. C'est tout à la fois l'élément le plus consistant du Rosaire et celui qui en fait une prière mariale par excellence. Mais précisément à la lumière d'une bonne compréhension de l'Ave Maria, on perçoit avec clarté que le caractère marial, non seulement ne s'oppose pas au caractère christologique, mais au contraire le souligne et le met en relief. En effet, la première partie de l'Ave Maria, tirée des paroles adressées à Marie par l'Ange Gabriel et par sainte Élisabeth, est une contemplation d'adoration du mystère qui s'accomplit dans la Vierge de Nazareth. Ces paroles expriment, pour ainsi dire, l'admiration du ciel et de la terre, et font, en un sens, affleurer l'émerveillement de Dieu contemplant son chef d'œuvre – l'incarnation du Fils dans le sein virginal de Marie –, dans la ligne du regard joyeux de la Genèse (cf. Gn1,31), de l'originel « pathos avec lequel Dieu, à l'aube de la création, a regardé l'œuvre de ses mains ».36 Dans le Rosaire, le caractère répétitif de l'Ave Marie nous fait participer à l'enchantement de Dieu: c'est la jubilation, l'étonnement, la reconnaissance du plus grand miracle de l'histoire. Il s'agit de l'accomplissement de la prophétie de Marie: « Désormais tous les âges me diront bienheureuse » (Lc1,48). Le centre de gravité de l'Ave Maria, qui est presque comme une charnière entre la première et la seconde partie, est le nom de Jésus. Parfois, lors d'une récitation faite trop à la hâte, ce centre de gravité disparaît, et avec lui le lien au mystère du Christ qu'on est en train de contempler. Mais c'est justement par l'accent qu'on donne au nom de Jésus et à son mystère que l'on distingue une récitation du Rosaire significative et fructueuse. Dans l'exhortation apostolique Marialis cultus, Paul VI rappelait déjà l'usage pratiqué dans certaines régions de donner du relief au nom du Christ, en ajoutant une clausule évocatrice du mystère que l'on est en train de méditer.37 C'est une pratique louable, spécialement dans la récitation publique. Elle exprime avec force la foi christologique appliquée à divers moments de la vie du Rédempteur. Il s'agit d'une profession de foi et, en même temps, d'une aide pour demeurer vigilant dans la méditation, qui permet de vivre la fonction d'assimilation, inhérente à la répétition de l'Ave Maria, en regard du mystère du Christ. Répéter le nom de Jésus – l'unique nom par lequel il nous est donné d'espérer le salut (cf. Ac 4,12) –, étroitement lié à celui de sa Très Sainte Mère, et en la laissant presque elle-même nous le suggérer, constitue un chemin d'assimilation, qui vise à nous faire entrer toujours plus profondément dans la vie du Christ. C'est de la relation très spécifique avec le Christ, qui fait de Marie la Mère de Dieu, la Theotòkos, que découle ensuite la force de la supplication avec laquelle nous nous adressons à elle dans la seconde partie de la prière, confiant notre vie et l'heure de notre mort à sa maternelle intercession.

Le « Gloria » : 34. La doxologie trinitaire est le point d'arrivée de la contemplation chrétienne. Le Christ est en effet le chemin qui conduit au Père dans l'Esprit. Si nous parcourons en profondeur ce chemin, nous nous retrouvons sans cesse devant le mystère des trois Personnes divines à louer, à adorer et à remercier. Il est important que le Gloria, sommet de la contemplation, soit bien mis en relief dans le Rosaire. Lors de la récitation publique, il pourrait être chanté, pour mettre en évidence de manière opportune cette perspective qui structure et qualifie toute prière chrétienne.Dans la mesure où la méditation du mystère a été attentive, profonde, ravivée – d'Ave en Ave – par l'amour pour le Christ et pour Marie, la glorification trinitaire après chaque dizaine, loin de se réduire à une rapide conclusion, acquiert une juste tonalité contemplative, comme pour élever l'esprit jusqu'au Paradis et nous faire revivre, d'une certaine manière, l'expérience du Thabor, anticipation de la contemplation future: « Il est heureux que nous soyons ici ! » (Lc9,33).

L'oraison jaculatoire finale : 35. Dans la pratique courante du Rosaire, la doxologie trinitaire est suivie d'une oraison jaculatoire, qui varie suivant les circonstances. Sans rien enlever à la valeur de telles invocations, il semble opportun de noter que la contemplation des mystères sera plus féconde si on prend soin de faire en sorte que chaque mystère s'achève par une prière destinée à obtenir les fruits spécifiques de la méditation de ce mystère. Le Rosaire pourra ainsi manifester avec une plus grande efficacité son lien avec la vie chrétienne. Cela est suggéré par une belle oraison liturgique, qui nous invite à demander de pouvoir parvenir, par la méditation des mystères du Rosaire, à « imiter ce qu'ils contiennent et à obtenir ce qu'ils promettent ».38 Une telle prière finale pourra s'inspirer d'une légitime variété, comme cela se fait déjà. En outre, le Rosaire acquiert alors une expression plus adaptée aux différentes traditions spirituelles et aux diverses communautés chrétiennes. Dans cette perspective, il est souhaitable que se répandent, avec le discernement pastoral requis, les propositions les plus significatives, par exemple celles qui sont utilisées dans les centres et sanctuaires mariaux particulièrement attentifs à la pratique du Rosaire, si bien que le peuple de Dieu puisse bénéficier de toutes ses richesses spirituelles authentiques, en y puisant une nourriture pour sa contemplation

SAMEDI 26 OCTOBRE 2002 :Ecoute, Seigneur, répond-moi, Prends pitié de moi, Seigneur, toi que j’appelle tout le jour » (Ps 85). 

Cette phrase tirée du psaume 85, ouvre notre journée, journée que nous continuerons de passer sous le regard du Christ et de la Vierge Marie. Depuis le début de cette retraite, nous méditons sur la lettre du Pape Jean-Paul II, sur le Rosaire. Dans la lettre au Ephésiens, Saint Paul nous rappelle que chacun d’entre nous a reçu le don de la grâce, comme le Christ nous l’a partagé. Ce don, à nous Chevaliers et Dames s’applique d’une manière toute particulière. Nous sommes chargés de la prière pour la Terre Sainte, en invoquant Marie, Reine de Terre Sainte, Reine du Saint Rosaire. Ainsi, suivant le don de sa grâce, avec des ministères divers et des dons divers, nous construisons le Corps du Christ, et au terme nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et à la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme parfait, à la plénitude du Christ. Cette joie transparaît dans le psaume 121, que je paraphrase quelque peu :O ma joie, quand on m’a dit : « Allons à la maison du Seigneur. Maintenant notre marche prend fin, devant tes portes Jérusalem. Jérusalem te voici dans tes murs Ou tout ensemble ne fait qu’un. C’est là que nous te rendons grâce. Que nous prions le nom du Seigneur. C’est là,  la maison du Seigneur !

 Evangile : Dieu nous nous invite à nous convertir, sinon nous périrons.

Dans un premier temps, méditons avec le Pape Jean-Paul II sur Le Rosaire, « résumé de l'Évangile » : 18. Pour être introduit dans la contemplation du visage du Christ, il faut écouter, dans l'Esprit, la voix du Père, car « nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père » (Mt 11, 27). Près de Césarée de Philippe, à l'occasion de la profession de foi de Pierre, Jésus précisera l'origine de cette intuition si lumineuse concernant son identité: « Ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux » (Mt 16, 17). La révélation d'en haut est donc nécessaire. Mais pour l'accueillir, il est indispensable de se mettre à l'écoute: « Seule l'expérience du silence et de la prière offre le cadre approprié dans lequel la connaissance la plus vraie, la plus fidèle et la plus cohérente de ce mystère peut mûrir et se développer ».27 Le Rosaire est l'un des parcours traditionnels de la prière chrétienne qui s'attache à la contemplation du visage du Christ. Le Pape Paul VI le décrivait ainsi: « Prière évangélique centrée sur le mystère de l'Incarnation rédemptrice, le Rosaire a donc une orientation nettement christologique. En effet, son élément le plus caractéristique – la répétition litanique de l'Ave Maria – devient lui aussi une louange incessante du Christ, objet ultime de l'annonce de l'Ange et de la salutation de la mère du Baptiste: “Le fruit de tes entrailles est béni” (Lc1, 42). Nous dirons même plus: la répétition de l'Ave Maria constitue la trame sur laquelle se développe la contemplation des mystères: le Jésus de chaque Ave Maria est celui même que la succession des mystères nous propose tour à tour Fils de Dieu et de la Vierge ».28 Mystères lumineux : 21. Passant de l'enfance de Jésus et de la vie à Nazareth à sa vie publique, nous sommes amenés à contempler ces mystères que l'on peut appeler, à un titre spécial, “mystères de lumière”. En réalité, c'est tout le mystère du Christ qui est lumière. Il est la « lumière du monde » (Jn 8,12). Mais cette dimension est particulièrement visible durant les années de sa vie publique, lorsqu'il annonce l'Évangile du Royaume. Si l'on veut indiquer à la communauté chrétienne cinq moments significatifs – mystères “lumineux” – de cette période de la vie du Christ, il me semble que l'on peut les mettre ainsi en évidence: 1.      au moment de son Baptême au Jourdain, 2.      dans son auto-révélation aux noces de Cana, 3.      dans l'annonce du Royaume de Dieu avec l'invitation à la conversion,4.      dans sa Transfiguration et enfin 5.dans l'institution de l'Eucharistie, expression sacramentelle du mystère pascal.

Chacun de ces mystères est une révélation du Royaume désormais présent dans la personne de Jésus. Le Baptême au Jourdain est avant tout un mystère de lumière. En ce lieu, alors que le Christ descend dans les eaux du fleuve comme l'innocent qui se fait “péché” pour nous (cf. 2 Co 5, 21), les cieux s'ouvrent, la voix du Père le proclame son Fils bien-aimé (cf. Mt 3, 17 par), tandis que l'Esprit descend sur Lui pour l'investir de la mission qui l'attend. Le début des signes à Cana est un mystère de lumière (cf. Jn2, 1-12), au moment où le Christ, changeant l'eau en vin, ouvre le cœur des disciples à la foi grâce à l'intervention de Marie, la première des croyantes. C'est aussi un mystère de lumière que la prédication par laquelle Jésus annonce l'avènement du Royaume de Dieu et invite à la conversion (cf. Mc 1,15), remettant les péchés de ceux qui s'approchent de Lui avec une foi humble (cf. Mc 2, 3- 13; Lc 7, 47-48); ce ministère de miséricorde qu'il a commencé, il le poursuivra jusqu'à la fin des temps, principalement à travers le sacrement de la Réconciliation, confié à son Église (cf. Jn 20, 22-23). La Transfiguration est le mystère de lumière par excellence. Selon la tradition, elle survint sur le Mont Thabor. La gloire de la divinité resplendit sur le visage du Christ, tandis que, aux Apôtres en extase, le Père le donne à reconnaître pour qu'ils “l'écoutent” (cf. Lc 9,35 par) et qu'ils se préparent à vivre avec Lui le moment douloureux de la Passion, afin de parvenir avec Lui à la joie de la Résurrection et à une vie transfigurée par l'Esprit Saint. Enfin, c'est un mystère de lumière que l'institution de l'Eucharistie dans laquelle le Christ se fait nourriture par son Corps et par son Sang sous les signes du pain et du vin, donnant “jusqu'au bout” le témoignage de son amour pour l'humanité (Jn 13,1), pour le salut de laquelle il s'offrira en sacrifice. Dans ces mystères, à l'exception de Cana, Marie n'est présente qu'en arrière-fond. Les Évangiles ne font que quelques brèves allusions à sa présence occasionnelle à un moment ou à un autre de la prédication de Jésus (cf. Mc3,31-35; Jn2,12), et ils ne disent rien à propos de son éventuelle présence au Cénacle au moment de l'institution de l'Eucharistie. Mais la fonction qu'elle remplit à Cana accompagne, d'une certaine manière, tout le parcours du Christ. La révélation qui, au moment du Baptême au Jourdain, est donnée directement par le Père et dont le Baptiste se fait l'écho, est sur ses lèvres à Cana et devient la grande recommandation que la Mère adresse à l'Église de tous les temps: « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jn 2, 5). C'est une recommandation qui nous fait entrer dans les paroles et dans les signes du Christ durant sa vie publique, constituant le fond marial de tous les “mystères de lumière”.

Des mystères au Mystère : le chemin de Marie : 24. Ces cycles de méditation proposés par le Saint Rosaire ne sont certes pas exhaustifs, mais ils rappellent l'essentiel, donnant à l'esprit le goût d'une connaissance du Christ qui puise continuellement à la source pure du texte évangélique. Chaque trait singulier de la vie du Christ, tel qu'il est raconté par les Évangélistes, brille de ce Mystère qui surpasse toute connaissance (cf. Ep 3, 19). C'est le mystère du Verbe fait chair, en qui, « dans son propre corps, habite la plénitude de la divinité » (cf. Col 2, 9). C'est pourquoi le Catéchisme de l'Église catholique insiste tant sur les mystères du Christ, rappelant que « toute la vie de Jésus est signe de son mystère ».30 Le « duc in altum » de l'Église dans le troisième millénaire se mesure à la capacité des chrétiens de « pénétrer le mystère de Dieu, dans lequel se trouvent, cachés, tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (Col 2, 2-3). C'est à chaque baptisé que s'adresse le souhait ardent de la lettre aux Éphésiens: « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi; restez enracinés dans l'amour, établis dans l'amour. Ainsi [...] vous connaîtrez l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance. Alors vous serez comblés jusqu'à entrer dans la plénitude de Dieu » (3, 17-19). Le Rosaire se met au service de cet idéal, livrant le “secret” qui permet de s'ouvrir plus facilement à une connaissance du Christ qui est profonde et qui engage. Nous pourrions l'appeler le chemin de Marie. C'est le chemin de l'exemple de la Vierge de Nazareth, femme de foi, de silence et d'écoute. C'est en même temps le chemin d'une dévotion mariale, animée de la conscience du rapport indissoluble qui lie le Christ à sa très sainte Mère: les mystères du Christ sont aussi, dans un sens, les mystères de sa Mère, même quand elle n'y est pas directement impliquée, par le fait même qu'elle vit de Lui et par Lui. Faisant nôtres dans l'Ave Maria les paroles de l'Ange Gabriel et de sainte Élisabeth, nous nous sentons toujours poussés à

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