10ème ANNIVERSAIRE

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Homélie du 10ème anniversaire du décés de la Bienheureuse Mère Térésa...

Bienheureuse Mère Térésa 
 
Nous sommes unis à tous les fidèles qui à Calcutta, et dans le monde, se réunissent en ce jour, pour rendre grâce au Seigneur, priant la bienheureuse Mère Térésa, de nous communiquer son amour pour le Seigneur et les plus pauvres.

Radio, presse, télévision, presque tous les médias viennent rappeler que Mère Térésa, malgré sa foi au Christ ressuscité, avait des doutes ! Comme si nous n’en avions pas tous ! Tous ceux qui l’ont connue reconnaissent qu’elle a toujours été fidèle à sa vocation et Frédéric Lenoir, sur « La 2 », au Journal Télévisé de 13h, rappelait qu’elle à eu, comme tous les grands croyants, ses moments de doute.

Son ministère de compassion auprès des abandonnés, était tellement dur, qu’elle a été toute sa vie heurtée par le mal, affrontée au mal. Ste Thérèse de Lisieux, celle dont elle a pris le nom en religion, pendant des mois entiers, traversa l’épreuve de ce qu’elle croyait être comme l’absence de Dieu, allant même jusqu’à croire qu’elle perdait la foi. Et ici à Marseille, la vénérable Anne-Madeleine Remuzat, au XVIIIème siècle, vivra les mêmes tourments, son âme étant comme vide de Dieu. Jésus, qui lui avait montré son cœur, semblait l’abandonner à une solitude totale.

Tout donner au Christ, et se donner entièrement !

Dès le début, Mère Térésa et les Missionnaires de la Charité furent poussés par le désir "d'étancher la soif infinie de Jésus-Christ sur la Croix, par amour des âmes... en travaillant au salut et à la sanctification des plus pauvres parmi les pauvres" (Lettre de la Fondatrice).

Ce sont ces paroles qui vous rejoignent au cœur de votre consécration, de votre "adhésion à Jésus" dans l'amour, de votre soif pour celui qui a soif de vous, et de votre mission de service joyeux et sincère à Jésus dans les plus pauvres parmi les pauvres.

Mère Térésa fut une femme, une baptisée, une religieuse, une contemplative… et contemplative dans l’action qu’elle a menée auprès des plus démunis, car elle voyait en eux son Seigneur. Ce Jésus défiguré par les coups et les crachats, les épines qui couronnaient son front, les coups de fouets qu’il avait reçu… autant signes de la passion, que les hommes lui firent subirent, avant de le conduire sur le chemin qui le menait à la croix. « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?», dira Jésus avant de rendre son âme au Père. Souffrance indicible, cri ultime, appel désespéré, avant que l’âme et le corps se raidissent et que la vie disparaisse.

Combien de nuits de l’âme a-t-elle vécue ? Et avec elle, celles qui la côtoyaient ne percevaient rien? Et nous-même, à notre niveau, combien avons-nous supporté de ténèbres, de dégoût, d’anéantissement, de cris dans le vide, de mains levées dans l’imploration… avant que la lumière ne vienne ?

Cette lumière que nous attendons, que nous espérons souvent et qui vient longuement, dans la l’obscurité de notre existence, et qui soudain l’illumine, ne nous empêche pas d’aller à la rencontre du Seigneur, et même dans une répétitivité de prières et d’actions que nous croyons, que nous pensons stériles.

Le silence de Dieu, le vide de l’âme se sentant démunie devant les injustices, les souffrances et la maladie. Comment supporter tant de dénuement ? Mais aussi comment percevoir dans la personne gisant sur le sol, dans celle qui mendie et n’a plus rien, une parcelle de la créativité que Dieu met en nous ?

Alors, elle ouvre des mouroirs, des dispensaires et des orphelinats, d'abord pour aider les plus pauvres à mourir dignement car entourés et accompagnés, puis, lorsque les moyens financiers le permettront, les aidera à vivre et à s'instruire.

 Elle n’a pas voulu reléguer au statut définitif de pauvres, ceux et celles, qui étaient abandonné de tous, et vers qui elle allait.

Non, elle les a considérés, aimés, soigné, relevé, écouté au derniers instants de leurs vies, car ils étaient crées à l’image de Dieu, ce Dieu d’amour qu’elle recherchait dans sa vie. « Des pauvres vous en aurez toujours parmi vous », dit Jésus, et d’ajouter « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont les mieux, c’est à moi que vous l’avez fait. »

       Souvent je pense à ses temps de méditations et de prières qu’elle a accomplies avec régularité ! Combien de visages devait-elle revoir dans cet abandon de l’âme où Dieu nous parle?

C’est vrai qu’elle avait écrit, s’était confiée, il y a des années, dans un temps où la fatigue et les souffrances des autres la rendaient plus peut-être vulnérable et la questionnait. Elle disait que Dieu semblait s’éloigner d’elle, que le vide se faisait dans son âme, qu’elle ne ressentait plus rien, qu’elle était comme abandonnée… Les plus grands mystiques ont éprouvé « cette nuit gelée de l’âme », et ils ont tenu, comme elle, dans le silence et l’adoration, la contemplation de celui qui est l’Amour, qui l’a reçue auprès de lui dans son royaume.

Là, dans la lumière du royaume, elle est témoin des paroles de Jésus sur la Montagne. Ce texte de Matthieu, au chapitre 5 de son évangile, que nous lisons, que nous méditons, mais que nous avons tant de peine à mettre en pratique. Car au lieu de dire ou de lire : « heureux », il nous faudrait traduire par « en avant », ceux qui font prendre au monde et aux autres, l’empreinte de l’amour de Dieu ; en avant les « matriciens », ceux qui se coulent, comme de la cire qui prend la forme, dans « la matrice de l’amour partagé », se donnent entièrement, comme le Christ l’a fait. En avant, tous ceux qui lâchent tout, abandonnent, pouvoir, argent, honneur, tendresse familiale, pour être témoin de miséricorde.

      Chères Sœurs, avec les prêtres et les laïcs consacrés qui vous sont associés, continuez, comme vous le faites, de tout mettre en œuvre pour que la mansuétude et l’amour du Seigneur rejoignent les plus pauvres. Mais faites-le avec tout votre cœur, dans l’humilité et le silence, recherchant en eux le visage du Christ. Votre spiritualité est profondément enracinée dans l’adoration du Saint-Sacrement.

Puis-je me permettre de rappeler que « Les Missionnaires de la Charité », outre les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, prononcent également un quatrième vœu : celui de se vouer au service des plus pauvres d’entre les pauvres, de ceux qui ne peuvent les dédommager de leur peine, dont on n’attend rien en retour. Ainsi, Mère Teresa a voulu limiter volontairement votre travail à une catégorie de personnes : les plus méprisées, les plus défigurées. C'est dans une volonté d'identification à Jésus abandonné par les siens, celui qui « s’est anéanti lui-même, en prenant la condition d’esclave… » (Ph 2, 7).

Mère Térésa nous a été donnée pendant 87 ans. Elle est maintenant retournée au Père. Elle a incarné, jusqu'au bout les exigences de l'Evangile tant au service des pauvres que de la vérité.

Dans la prière silencieuse, qui introduit toute action auprès des autres, sous le regard de Marie, soyons toujours des témoins de l’amour du Christ et rendons lui grâce, pour ces gestes de charité et de ce qui s’accomplit dans le monde, pour les plus pauvres.

Amen.


                                                                                                     Mgr J-P Ellul.
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