Humilité

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Homélie pour le 22ème dimanche – C - 1 et 2 septembre 2007 

Frères et Sœurs,

Nous l’avons bien compris, les textes  de ce 22ème dimanche nous parlent de l’humilité.

J’imagine qu’en entendant le Seigneur nous parler du repas qu’il prend le jour de shabbat chez un pharisien, certains d’entre-nous ont dû se souvenir d’un fait de vie, d’une situation où nous avons été mal à l’aise, surtout dans notre milieu, et même peut-être touché dans notre orgueil, vexé de nous retrouver à une place qui n’était pas la nôtre. Et regardant les autres convives, nous sommes nous trouvé humiliés… A la question posée, on s’est entendu dire que nous manquions d’humilité !

Mais en fait, qu’est-ce que l’humilité ?

Je ne sais quelle réponse chacun de nous donnerait de l’humilité, si la question vous était posée en ce dimanche ? » C’est quoi ? » diraient les enfants ?

D’aucuns, en vous regardant de haut, vous expliqueraient qu’elle n’est plus de mise. Les plus nombreux répondraient qu’elle ne peut plus être mise en pratique, surtout de nos jours… devant l’invitation qui nous est lancée à aller toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort. N’est-ce pas ce que nous propose de vivre le monde actuel ? Peut-on être humble alors qu’il faut démontrer notre savoir, étaler notre avoir, paraître et être brillant, pour se voir proposer le poste tant désiré. Peut-on rester dans son coin, rester caché, les yeux baissés, comme si nous rentrions dans une coquille ?

« Béni soit le Seigneur, il élève les humbles. » vient de nous rappeler le refrain du Psaume 67. D’ailleurs suis-je humble ? Devant-toi Seigneur, comment suis-je ? Alors, qu’est-ce que l’humilité ?

Du latin « humilis », qui veut se traduire par « bas », près du sol, (l’humus), le terme s’apparente aussi à « pauvre » ou « humble », à celui qui s’abaisse. Il se comprend également en relation d’opposition avec les termes d’élévation et d’orgueil.

Jésus en reprend le sens dans sa prédication, parlant de la loi divine qui décrit les préférences de Dieu, pour les humbles et les humiliés. Lui-même s’est dit « doux et humble de cœur », et surtout, il s’est abaissé, humilié, de vidant de tout, oui, s’abaissant et invitant ses disciples à faire de même. « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

L’humilité chrétienne se vit à un double niveau : elle est attitude de vérité à l’égard de Dieu,  et est aussi attitude envers soi et envers les autres. L’humilité nous situe par rapport à Dieu. Elle est une comparaison de sa grandeur et de notre petitesse, elle est admiration, pour celui qui est la plénitude de l’être et l’infinie perfection du bien ; mais elle nous permet également de sentir nos limites, nous permettant de prendre conscience de notre vraie place.

L’humilité n’est pas seulement une attitude de l’intelligence ; elle engage aussi l’adhésion du cœur : elle est la joie de notre lien à Dieu. D’ailleurs rappelons-nous l’évangile de la fête de l’Assomption de Marie ; le Magnificat est l’un des plus beau cantique de l’humilité.

L’humilité, qui nous met dans la vérité à l’égard de Dieu, nous y met aussi à l’égard de nous-même. Elle nous montre ce que nous sommes réellement. Mais elle ne nous conduit pas à nier nos qualités. Si nous avons de grands talents, elle ne nous interdit pas de le reconnaître. Mais elle nous protège, comment dire, de la « boursouflure » qui empêche souvent nos vies d’êtres toutes donnés au Seigneur ; elle nous protège également contre la tentation, toujours si forte d’exagérer nos propres richesses et nos savoirs.

En fait, bien comprise, elle nous permet d’avancer sur la voie de la vie spirituelle, mais nous évite, je l’espère, l’erreur de nous croire celui ou celle que nous rêvons d’être ou de devenir, sans y être encore parvenu.

Et moi-même qui vous parle, en j’en sais quelque chose. Il fût un temps, il y a plus d’une quinzaine d’années, mais j’étais jeune encore ! J’étais tellement aveuglé et orgueilleux, que j’avançais dans la vie sacerdotale, dans la vie spirituelle, dans la vie ecclésiale et diocésaine, me félicitant du travail accompli, me comparant aux autres, et grâce aux félicitations reçues, me croyait le seul à réaliser ce que je trouvais bien pour l’Eglise et la paroisse qui m’était confiée. Je m’étais égaré…

Mais Dieu veillait et il me fit comprendre le sens de la phrase de Ben Sirac le Sage : « Mon fils, accomplis tout chose dans l’humilité… » Depuis j’ai compris, du moins je l’espère, en essayant de mettre en pratique l’Evangile et les dix degrés d’humilité dont parle Jean Cassien près duquel je vivais et auxquels saint Benoît en ajoute deux…pour ses moines.  St Ignace en mentionne il y en a trois.

Le Christ, lui, l’a réalisé dans sa totalité et Saint Paul nous en parle dans l’hymne aux Philippiens : « Lui étant dans la forme de Dieu, n’a pas usé de son droit d’être traité comme un dieu, il s’est dépouillé de tout, prenant la forme d’esclave… » (Ph. 2, 1-11) 

Mais que c’est difficile de descendre en soi-même et de se reconnaître tel que l’on est, c'est-à-dire pécheur, mais pardonné par la miséricorde de Dieu et de tout attendre de Lui dans le silence et l’adoration. Oui c’est bien difficile ; mais la paix du cœur vient enfin, et l’on perçoit le ridicule de son comportement et on change, en bien, en mieux, et l’on se regarde et l’on regarde l’autre différemment et avec amour.

Les saints, -mais ce sont des saints-, du moins en devenir, quand l’idée de leurs qualités naturelles leur vient à l’esprit, pensent immédiatement et exclusivement aux richesses de grâce que possèdent les autres. C’est chez eux c’est un réflexe. Dès lors, mettant en balance des biens dont le poids est si inégal, ils constatent facilement que leur plateau…. est le plus léger.

L’humilité ! Nous n’avons pas fini de méditer sur cette vertu. Saint Paul nous en indique la voie pour notre vie spirituelle. Il écrit ceci aux chrétiens de Philippe : « Puis-je vous faire un appel dans le Christ ? Puis-je faire appel à l’amour ? Sommes-nous en communion dans un même esprit, et y a-t-il chez vous tendresse et compassion ? Alors donnez-moi cette joie : mettez-vous d’accord, soyez unis dans l’amour, n’ayez qu’une âme avec un même projet. Ne faites rien par rivalité ou pour la gloire ; ayez l’humilité de croire les autres meilleurs que vous-même. Au lieu de penser chacun à son intérêt, que chacun se préoccupe des autres. »

En ce dimanche de reprise, n’est-ce pas une belle invitation à tout revoir dans celui qui est l’Amour et la Miséricorde ? Bonne rentrée, bonne année spirituelle, sous le regard de Marie. Priez pour moi qui commence avec vous ma 7ème année au Sacré-Cœur, afin que l’Esprit du Seigneur m’accompagne toujours. Amen. J-P Ellul

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