Le Père Ellul après 19 ans de présence, quitte Saint-Victor

Publié le par Mgr Ellul

Départ de Saint-Victor de Marseille

Messes du Samedi 9 et dimanche 10 septembre 2000

En l'Abbaye...

 

Frères et Sœurs, Chers Amis,

            Le temps est venu de vous dire non pas adieu, mais au revoir. Vous savez en effet que mon départ de Saint-Victor était fixé à la fin 2001, pour pouvoir clôturer avec vous l'année Sainte du Grand Jubilé. Notre archevêque en a décidé autrement, et lorqu'après les fêtes de la Chandeleur, fin février il m'a proposé de quitter Saint-Victor j'ai immédiatement dit oui.

Je vous quitte donc pour aller à la Paroisse du Sacré-Cœur, chère au Chanoine Pierre Duménil, puisqu'il y est resté plus de 24 ans. Ce n'est pas bien loin, et si quelque fois vous passez par le Prado, vous serez les bienvenus. Vous comprendrez que c'est une séparation qui me coûte, mais qui me permet aussi de vous exprimer ma confiance et ma gratitude à celles et ceux qui depuis 19 ans ont travaillé avec moi. Ceci dit, il n'est pas question, pour vous, de délaisser notre chère basilique de Saint-Victor, où vous allez devoir accueillir, aider et accompagner le Père Pierre Brunet qui est devenu votre curé depuis les premiers jours de septembre. Vous aurez aussi la chance d'avoir avec vous le Père Juan… ainsi qu'Eugène de Goy, votre diacre et notre cher Chanoine.

            Que vous dire ? Que je vous ai passionnément aimé dans le seigneur ! Cela je pense que vous le savez et que vous l'avez ressenti par le cœur… ; que j'ai toujours recherché votre contact, vos conseils… afin que Saint-Victor ne soit pas une paroisse anonyme, faite de ceux qui viendraient pour y contempler des pierres, si belles soit elles… découvrir et visiter les cryptes, ou venant pour la musique… Non ! Car cette paroisse est d'abord la vôtre même si pour certains est devenue leur paroisse d'élection.

Vous ne vous en aperceviez peut-être pas, mais durant toutes ces années dernières, il a fallu catéchiser des jeunes dont le nombre ne cesse d'augmenter, conduire les fêtes de la Chandeleur, vous permettre d'être alerté sur les grands problèmes de l'Eglise et du monde, produire notre petit journal paroissial qui devenait un trait d'union entre nous tous et enfin… donner la même connotation aux trois messes dominicales. Car très vite on risque de glisser vers la facilité. On peut penser que la messe du samedi soir n'a pas a avoir la même solennité que celle de 11 h, et qu'à 9 h,  une messe "plus rapide" serait bienvenue. Non, je n'ai jamais voulu cela et nous avons, célébré les eucharisties avec le même soin, et pour chacun d'entre vous  avec la même prévenance. C'est pour cela, également que les homélies étaient écrites, afin que les 3 communautés n'en fassent qu'une… et que même si cela questionnait ceux qui nous "visitaient, venant s'associer à notre eucharistie dominicale" les annonces de semaines mentionnaient les noms de celles et ceux pour qui nous devions célébrer l'eucharistie, et également nos organistes, car ils font partie intégrante de la liturgie. Sinon que serait devenue notre communauté ? C'est comme pour les chants pendant la messe. Nous avons la chance d'avoir des organistes de renom… Pouvais-je leur couper "la note", en vous faisant chanter à tout instant ? Non bien sûr, il fallait laisser sonner, jouer cet orgue, pour qu'il puisse s'exprimer pour la plus grande gloire de Dieu.

Voyez, là encore, entre la paroisse et ses différentes activités, les Amis de Saint-Victor et les concerts du festival qu'ils proposent, la visite des cryptes et ce lieu archéologique, historique… au rayonnement bénédictin…l'accueil dans la basilique pour des instants de prière personnelle… avec vous tous, nous avons essayé de faire le lien, dans le respect de chacun, pour que dans une attention portée à tous ceux qui nous visitent, ils se sachent, comme vous, aimé d'un même amour. Souvent le soir, lorsque la basilique était préparée pour le concert, certains reprochaient, en silence, cela va sans dire, que l'accès à la chapelle du Saint-Sacrement… où  aux cryptes soit difficile… Aurions-nous pu réaliser tout ce que nous avons fait dans Saint-Victor, sans l'aide efficace des Amis de Saint-Victor ? Proposer les "trois jours avec" sous la présidence de Foi et Culture, les conférences, les heures d'orgue… ? Certainement pas.

Cela dit, j'ai beaucoup à me reprocher, à me faire pardonner… Vous savez, nous, diacre, prêtres… nous sommes comme vous, nous sommes des êtres humains, et quelques fois, nous aussi, nous avons nos problèmes, personnels, familiaux, ecclésiaux… et on ne peut pas en parler. Il faut toujours garder le sourire, être en forme… sympathique, présent, prévenant, être à votre écoute… Vous avez raison de nous demander cela, car nous sommes à votre service, dans le Seigneur. Mais quelquefois, nous aussi, nous commettons des erreurs. Et quand on exerce la responsabilité paroissiale au de secteur, la tâche est encore plus difficile, car il faut écouter, écouter toujours, et prendre des décisions qui ne sont pas du goût de tout le monde.

            Relisons l'évangile de ce jour. Que nous dit le Seigneur ? Il nous emmène à l'écart de la foule et du bruit et nous dit "effata", c'est à dire "ouvre-toi". C'est ce que je vous dis également en ce jour de mon départ : "ouvrez-vous" "ouvrez toutes grandes les portes de votre cœur au Christ Seigneur", surtout en cette année du Jubilé…  car nous sommes souvent comme des sourds-muets… nous avons besoin que le Seigneur touche nos personnes… Aussi ne rester pas à  ressasser les événements des années précédentes, disant : "du temps du Père Ellul"… Ce temps est terminé ! Et d'ailleurs ce n'était pas "mon temps", mais celui que le Seigneur m'a donné pour vous conduire vers Lui par la main, Lui, qui est Tout Amour.

D'ailleurs, rappelez-vous, combien de fois je vous aie enjoint de convertir votre cœur, d'être sous le regard du Seigneur, de faire comme Marie, Notre-Dame de Confession, qui nous montre Jésus son Fils, nous dit "faites tout ce qu'il vous dira". Voyez, c'était là encore le temps du Seigneur, le temps où jour après jour l'on doit se préparer à se présenter devant lui. Et ici, nous avons tout pour nous le rappeler… la proximité des martyrs, la vie exemplaire de Saint Victor et de ses compagnons, fidèles jusqu'au don de leur vie... Et Cassien, l'amoureux de Dieu, donnant lui aussi sa vie, dans la prière et le sacrifice, dans la louange quotidienne et l'étude de l'Ecriture, dans un don de soi total, rejetant "l'acédie" qui empoisonne nos vies. Comme le firent longuement nos frères moines bénédictins, nous avons reçu ceux qui se présentent dans notre Abbaye de Saint-Victor, comme s'ils étaient le Christ en personne. Voyez Isarn, l'homme de la paix et de la trêve de Dieu, que vous fêterez le dimanche 24 septembre, le jour où sera accueilli mon successeur, le Père Pierre Brunet et son vicaire le Père Juan.

            Urbain V, lui aussi nous montre le chemin de la sainteté de Dieu. Comme lui, souriez aux choses de la vie, faites tout pour Dieu, dans la simplicité du cœur. Vous serez alors comme ceux d'il y a 200 ans, qui même pendant la période révolutionnaire, restèrent toujours fidèles à leur Seigneur et à Notre-Dame de Confession. Oui, vous êtes les successeurs d'un peuple de Saints, les témoins fidèles des merveilles et des miracles que Dieu a réalisé et continue de réaliser dans ce lieu inoubliable.

            Pour que cette belle embarcation qu'est Saint-Victor, puisse s'avancer vers le grand large… il ne faut pas craindre de hisser les voiles, de laisser monter à son bord, sans acceptation de personne, celles et ceux qui s'y présentent. De ne pas faire comme celui qui reçoit dans sa maison et dont vient de nous parler Saint Jacques dans la 2ème lecture. Pas de différentes, de distinctions entre ceux que l'on nomme pauvres et riches. Voyez, lorsque l'on est Recteur de l'Abbaye de Saint-Victor… ce qui est le plus difficile à réaliser, dans le silence et la prière, …  c'est de garder la tête froide. Très vite on risque de se prendre au sérieux, et si quelques fois on s'y essaie, relire la liste de tous ceux qui vous ont précédés depuis le Ve pour "régir" cette abbaye de Saint-Victor, vous fait bien vite prendre conscience que vous n'êtes rien, sinon un orgueilleux qui veut s'élever sans l'aide de Dieu. C'est vrai aussi pour ceux qui nous voient de l'extérieur. Saint-Victor, était une paroisse comme une autre…. Mais grâce au Chanoine Seinturier, aux travaux engagés par la Mairie de Marseille et les services de l'architecture et les Monuments historiques, au Conseil Régional et du Département… grâce aux recherches historiques du Cher Père Paul Amargier et de celles et ceux qui ont travaillé pour Saint-Victor, et plus particulièrement ces dernières années, le Père Jean-Claude Moulinier, sans oublier les propositions musicales du festival des Amis de Saint-Victor, nos organistes, tous ceux qui ici où au Presbytère sont à l'accueil et bien sûr… l'engouement des Marseillais pour les fêtes de la Chandeleur, la Paroisse Saint-Victor est devenue une grande, une très grande paroisse. Et c'est vous qui lui avez donné cette "aura" car vous l'aimez et l'animez. Oui, "effata", "ouvrez-vous" à ce que le Seigneur vous demande en ce temps de Jubilé… soyez des témoins de son amour, de sa mansuétude et de sa paix.

            Invoquons maintenant tous les saints victorins. Demandez-leur, pour moi, santé, force, joie et paix intérieure pour continuer, ici dans Marseille, l'œuvre de Dieu. Car toute séparation est une épreuve. Mais j'ai promis obéissance à Mgr Jacquot qui m'a ordonné en 1969, ainsi qu'a ses successeurs. Nous avons promis de suivre Jésus-Christ. Ainsi celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière, n'est pas fait pour le Royaume de Dieu. J'aime à rappeler cette phrase de notre cher Mgr Bernard de Lanversin, qui lors de son départ de la paroisse Saint-Joseph, en 1977, disait à ses paroissiens : "Celui qui prend la route à la suite de Jésus, prend donc, comme lui, un certain nombre de risques… Le Fils de l'homme est fils du vent : Sûrement ce vent est le vent de Dieu : l'Esprit-Saint… Le disciple doit à son tour devenir fils du vent : il ne doit pas s'arrêter, ne pas s'installer, être continuellement en quête du vrai Dieu qui se trouve toujours au-delà de nos définitions"… D'autant que ces jours derniers, devant certains affirmations théologiques qui affaiblissant le message Christique, évangélique et ecclésial, le Cardinal Ratzinger à dû rappeler dans la déclaration "Dominus Jesus" l'unicité et l'universalité salvifique de Jésus-Christ… et que l'Eglise universelle, une, sainte, catholique et apostolique, n'est pas la sœur, mais la Mère de toutes les Eglises particulières….

Voilà, Frères et Sœurs, Chers Amis, ce que je voulais rapidement, trop rapidement vous dire en vous quittant. Vous savez mes sentiments de reconnaissance et d'estime pour chacun d'entre vous. Et tout en vous remerciant pour ces 19 années passées parmi vous, en remerciant mes proches collaborateurs, laïcs, diacre et prêtres, religieuses, catéchistes et membres de nos différents conseils paroissiaux où de secteur ; et tout en saluant celles et ceux qui n'ont pas pu venir à cause de la pénurie d'essence… retenus ou malades… je vous confie tous au Seigneur et à Marie, la Théotokos, Notre-Dame de Confession. Amen.                  Jean-Pierre ELLUL

 

 

 

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