100ème anniversaire de Mère Térésa - 5 septembre 2010

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Homélie pour le 23ème du T.O  

Chers Frères et Sœur,

Les textes de la parole de Dieu de ce dimanche semblent tout indiqués, pour faire mémoire de Mère Térésa de Calcutta.

Elle aurait 100 ans aujourd’hui.

Hier soir, avec les Sœurs Missionnaires de la Charité et celles et ceux qui les assistent au service des pauvres, Mgr Georges Pontier, notre archevêque, présidait la messe à sa mémoire, à laquelle participait le Cardinal Bernard Panafieu et quelques prêtres. Notre archevêque rappelait ce qu’a été sa vie. Une vie faite d’obéissance au service du Christ pauvre et faible, reconnu dans tous les mourants des rues de Calcutta et à travers le monde.

Mère Térésa, en se consacrant au Christ a accueilli avec humilité et docilité la parole de Jésus que nous connaissons tous : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Mère Teresa était missionnaire et comme elle se définissait elle-même, porteuse de l'amour de Dieu et ambassadrice de sa paix. Elle voulait que les personnes dont elle prenait soin, fassent l'expérience de la tendresse de l'amour de Dieu. Sa main affectueuse, ses bras ouverts, son sourire lumineux, ses gestes accueillants, tout cela visait à transmettre ce message :  « Tu es aimé, tu es accepté, quelqu'un prend soin de toi. » La force persuasive de l'amour de Mère Teresa avait le pouvoir de conquérir les cœurs.

Servir Jésus dans les pauvres, le voir souffrant dans la personne de chaque être humain avec une prédilection pour ceux dont on ne s’occupe plus, ne consiste pas en une aide matérielle, précisait-elle, mais en une présence discrète et permanente au cœur de leurs souffrances.

Lorsqu’on l’interrogeait Mère Térésa sur la sainteté, et sur sa sainteté, elle répondait toujours en souriant que « la sainteté est essentielle dans la vie ! » Puis elle précisait qu’il ne s’agissait pas d'un luxe réservé à quelque uns, mais d’un devoir pour tous. « Oui disait-elle, la sainteté est nécessaire, essentielle à tous, hommes et femmes » !

Et dans sa vie religieuse elle a montré à quel point il est important de trouver un équilibre entre la vie de prière, la contemplation et la vie au service des plus démunis.

Dès le début, Mère Térésa et les Missionnaires de la Charité furent poussés par le désir "d'étancher la soif infinie de Jésus-Christ sur la Croix, par amour des âmes... en travaillant au salut et à la sanctification des plus pauvres parmi les pauvres", et derrière la simplicité de Mère Térésa, il y a eu des années de dépouillement, de prière, de sacrifices, de recherche et souvent dans une nuit de l’âme dont elle a parlé à la fin de sa vie. Combien de nuits de l’âme a-t-elle vécue ? Et avec elle, celles qui la côtoyaient ne percevaient rien !

Et nous-même, à notre niveau, combien avons-nous supporté de ténèbres, de dégoût, d’anéantissement, de cris dans le vide, de mains levées dans l’imploration… avant que la lumière du Seigneur vienne illuminer nos vies ?

 Le silence de Dieu, le vide de l’âme se sentant démunie devant les injustices, les souffrances et la maladie ; comment supporter tant de dénuement ? Mais aussi comment percevoir dans la personne gisant sur le sol, dans celle qui mendie et n’a plus rien, une parcelle de la créativité que Dieu met en nous ? Et malgré ses difficultés, il fallait tout donner au Christ et se donner entièrement !

Elle disait que Dieu semblait s’éloigner d’elle, que le vide se faisait dans son âme, qu’elle ne ressentait plus rien, qu’elle était comme abandonnée… Les plus grands mystiques ont éprouvé « cette nuit gelée de l’âme », et ils ont tenu, comme elle, dans le silence et l’adoration, la contemplation  de celui qui est l’Amour.

Lors des heures les plus sombres, elle s'accrochait avec plus de ténacité à la prière, devant le Saint-Sacrement. Ce dur travail spirituel l'a conduite à s'identifier toujours plus avec ceux qu'elle servait chaque jour, faisant l'expérience de leur peine et parfois même de leur rejet. Elle aimait répéter que « la plus grande pauvreté est celle d'être indésirable, de n'avoir personne qui prenne soin de soi. »

 On entend les paroles de Jésus dans l’Evangile de ce dimanche :« Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi, ne peut pas être mon disciple ; de même que celui qui vient à moi, sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, ne peut pas être mon disciple. »

Un écrivain agnostique, très hostile envers l’Eglise, avait écrit dans les années 1973 un livre intitulé : « J’ai cherché Dieu, mais ne l’ai pas trouvé ! » Et puis un jour, il rencontra Mère Térésa à Calcutta et sa vie fut bouleversée. Il dit les larmes aux yeux : « Je n’avais jamais encore rencontré de saint et puis j’ai vu ce qu’elle faisait, la vie qu’elle menait. Aussi avant de partir, je lui embrassais plusieurs fois la main, cette sainte main, cette main qui avait essuyé tant de larmes. Et je sentis toute la vanité du monde dans lequel j’avais vécu, la vanité de mes passions, de mes luttes et de mes ambitions. Et j’eus le sentiment aigu et douloureux d’avoir vécu en vain, car disait-il : « Il n’y a qu’un seul idéal, pour lequel il vaille la peine de vivre : c’est la charité et c’est l’Amour. »

         Combien de fois, comme le Psalmiste, Mère Teresa a répété à son Seigneur dans les moments de désespoir intérieur :  « Toi seul Seigneur, en Toi seul je mets ma confiance, j'espère et Toi mon Dieu!".

Rendons louange, disait le pape Jean-Paul II lors de sa béatification, à cette « petite femme qui aimait Dieu », humble messagère de l'Évangile et inlassable bienfaitrice de l'humanité.

Et c’est vrai que nous pouvons dire que Mère Teresa a été un don de Dieu au monde moderne qui a faim de vérité et d'amour gratuit et sans réserve. Entièrement consumée par l'amour de Dieu et consacrée sans limite à l'annonce de l'Evangile, beaucoup ont vu en elle un exemple de vie chrétienne :  ils étaient attirés par le Visage du Christ qui transparaissait en elle et dans son service aux pauvres.

Des personnes de toutes croyances aimaient Mère Teresa. Les paroles célèbres par lesquelles le Secrétaire général de l'ONU présenta la nouvelle bienheureuse lorsqu'elle fut invitée à cette illustre tribune, sont très connues, parce qu'elles ont fait le tour du monde, les voici : "Voici la femme la plus puissante de la terre. Voici la femme qui est accueillie partout avec respect et admiration. Elle est véritablement les "Nations unies", parce que dans son cœur elle a accueilli les pauvres de toutes les latitudes de la terre!".

Mais ces paroles suscitèrent chez l'humble Mère de Calcutta, un certain embarras auxquelles elle répondit par une magistrale leçon de vie, d'ascèse et de spiritualité chrétienne :  "Je suis seulement une pauvre femme qui prie. Grâce à la prière, le Seigneur m'a empli le cœur d'amour et ainsi j'ai pu aimer les pauvres avec l'amour de Dieu".

Dans une prière silencieuse, Chers Frères et Sœurs, sous le regard de Marie, dont nous célébrerons mercredi la fête de sa Nativité, demandons-nous comment dans nos propres vies nous sommes des témoins de l’amour du Christ. Amen. J.P. Ellul.

 

 

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