Le Chanoine Albanès - Colloque Historique

Publié le par Mgr Ellul

 

 

COLLOQUE HISTORIQUE

 

SAINT VICTOR DE MARSEILLE

 

18 OCTOBRE 1997

 

 

 

LE CHANOINE ALBANES

 

 

 

 

 

 HOMMAGE.

 

 

 

 

 

 

 

            L'hommage rendu au Chanoine Albanès, conclut cette journée. Je voudrais  situer mon intervention, sur son action au sein du diocèse de Marseille. D'autant que la bio-bibliographique, et la notice sur sa vie et ses oeuvres rédigée par son ami Ulysse Chevalier et donnée à Romans le  28 avril 1919, par celui qui deviendra le continuateur de son oeuvre, ainsi que le très bel article de Paul Amargier, dans Provence-Historique (n° 139 de 1985), permettent découvrir, par ailleurs, la puissance de travail de ce géant de l'histoire.

 

            Il y a un peu plus de 100 ans, le 4 mars 1897, Mgr  Louis Robert, annonçait dans une lettre circulaire "la mort du chanoine Albanès, historiographe du diocèse, décédé la veille à l'âge de 75 ans"... au 165, rue Paradis.

 

            Joseph, Mathias, Hyacinthe Albanès, est né à Auriol le 24 février 1822 à 11 heures du soir. Son père le déclare, le jour suivant, à la Mairie d'Auriol. Avec lui deux témoins, Joseph Albanès, le grand-père, 61 ans, et Nicolas Guillaume Long, 48 ans, son aïeul maternel. L'acte de naissance, que je donne en annexe stipule que "le premier témoin, a dit ne pouvoir signer après que lecture leur a été faite du présent acte. Suivent donc que deux signatures, celles du père et de Nicolas Long. En ce  25 février, en l'église paroissiale, c'est l'abbé Joseph Giraud, vicaire, qui le baptise. Son parrain, dont nous venons de dire qu'il ne signe pas, Joseph Albanès, est propriétaire, et on lui donne pour  marraine Anne-Rose Fabre. Dans le corps de l'acte, une petite croix, en revoi, précise qu'elle est l'épouse de Nicolas Long, donc sa grand-mère maternelle et que donc "le parrain et la marraine sont les aïlleuls du baptisé". Le père présent  a signé, avec les témoins, à savoir : André Hyppolite Albanès, et Nicolas Long, tous deux propriétaires à Auriol, ainsi que Laurent Moustier, le sacristain.

 

            Auriol ! Ville de haute antiquité que le monastère de Saint-Victor a gardé sous sa dépendance, pendant plusieurs siècles. C'est là où réside l'Abbé de cette grande centrale monastique, avec sa cour, et ce jusqu'au XIVe siècle.

 

            "Formé de bonne heure au foyer domestique, par une éducation solidement chrétienne, doué d'une grande pénétration d'esprit et d'une application infatigable au travail, il a eu de grands succès dans les études ecclésiastiques". (Lettre de Mgr Robert). Que savons-nous de la famille du jeune Albanès. Son père, Jean-Baptiste Albanès, né le 31 mars 1799, âgé de 23 ans à la naissance de Joseph-Mathias,  demeure Place de l'Hôtel de ville. Il a eu 9 enfants, avec Marie-Magdeleine Long, et se sont marié le 5 juin 1821, alors que le siège épiscopal de Marseille n'est pas encore rétabli. Il ne le sera qu'un an après... et donné à Mgr Fortuné de Mazenod. Albanès pense tout jeune à s'orienter vers sacerdoce.

 

            "Reprend, corrige exhorte, avec le souci d'instruire". Cette phrase de l'apôtre Paul résonne bien souvent sous les voûtes des salles de cours du séminaire. Il faut, en effet, préparer des prêtres pour ce temps, qui est un temps de reprise spirituel. L'archevêque d'Aix dont dépend encore Marseille, avait eu recours à un certain nombre de prêtres étrangers, que poussaient hors de leur diocèses des motifs souvent peu louables, ou que les désordres politiques replongeaient dans l'inquiétude des persécutions passées. Et il fallait encore résoudre le problème des prêtres assermentés,  tout en tenant compte des circonstances, des regrets de bon nombre d'entre-eux, et de leur bonne foi. 116 prêtres séculiers s'étaient ralliés à la Constitution civile. La plupart furent réconciliés, parmi ces prêtres, sincèrement rétractés, beaucoup  édifièrent leurs fidèles.

 

            C'est alors que le jeune Albanès entre au séminaire. L'ancien grand séminaire avait été détruit par la Révolution. Aussi deux maisons furent achetées à la rue Rouge, située à proximité de la Cathédrale. Deux ans après ils durent déménager vers une campagne de Saint-Just, qui avait appartenue autrefois aux  de Mazenod. Mais il fallait un supérieur et  des professeurs. Les Prêtres de Saint-Sulpice, qui assuraient depuis plusieurs années la réouverture des séminaire ne purent accepter. Les Prêtres du Bon-Pasteur, n'avait pas encore repris d'existence légale, et ils déclinèrent l'invitation. Alors Mgr Fortuné de Mazenod demanda des Oblats à son neveu. Ce dernier hésita...On le comprend. Ces religieux étaient des missionnaires, et il se devait de consulter Rome avant de prendre une telle décision. C'est ainsi le Père Tempier apprit de son supérieur, en juillet 1827, qu'il devait se préparer pour la rentrée prochaine à prendre en main la direction du grand séminaire. Lourde charge, qu'il devait occuper pendant 27 ans, et 35 ans pour les oblats. Lorsque Mgr Cruice, en 1862, le déchargera de cette mission, une adresse du Chapitre à l'évêque leur rendra un éclatant hommage. (M. Vitagliano, Ludovic Giraud, l'église de Marseille au XIXe s. page 84-85).

 

            Il faut aussi compter avec les "monita" qu'adresse Mgr Fortuné de Mazenod, à ses prêtres. Elles vont se succéder pendant dix ans, et elles transformeront le climat diocésain, rénovant les points de disciplines tombés dans l'oubli... et surtout, elles exigeront des efforts spirituels auxquel ne sont plus habitués la plupart des prêtres.  Dix années de reprise spirituelle, rappelant la profondeur scripturaire à la prédication évangélique, le souci des plus pauvres, les enfants que l'on doit enseigner sans relâche. Le diocèse de Marseille, de haute antiquité a donné des saints, montrant l'exemple, et ici à Saint-Victor, tous les ans, lors des fêtes de la chandeleur, la piété envers Marie et les premiers évangélisateurs de Provence étaient tangibles. Il fallait donc  préparer ces jeunes au ministère sacerdotal, dans une ville qui s'était transformée et agrandie. On signale à ces jeunes futurs prêtres que le ministère sacerdotal est à exercer dans le cadre qui est prévu : que le baptême doit se donner aux fonts baptismaux, et l'on doit revêtir la soutane pour  la messe, celle-ci ne doit pas durer moins de 2O minutes ; les enfants doivent se confesser fréquemment. Lent apprentissage de la vie ecclésiale dont ils seraient bientôt les acteurs. Donc pourquoi ne pas aller de suite à l'essentiel, acquérir une solide théologie, approfondir l'étude de la Bible, l'apologétique sacrée, et l'histoire de l'Eglise. Oui, Mgr Fortuné de Mazenod fut de ceux qui s'acharnèrent le plus contre cette "nuit gelée qui avait passé sur la piété chrétienne". Ce fut dur quelque fois, mais ceux qui voulaient vivre l'évangile le suivirent, dans cette voie étroire, dans cette voie royale. Voilà le pourquoi des monita. En lisant entre les lignes, on reconnaît que ces décrets sont marqués de la griffe de l'éminence grise qui les rédige, le Père Eugène de Mazenod. Il  succédera à son oncle, devenant évêque de Marseille en 1837.

 

 

 

            En 184O Albanès est tonsuré, et reçoit les premiers mineurs : portier-lecteur. L'année suivante il est acolyte-exorciste. Mais nous ne savons que très peu de choses sur sa vie d'étudiant. J'ai pourtant retrouvé dans un album de photos anciennes, le portrait du chanoine Guiol. Une note manuscrite d'Albanès permet de penser qu'il fut son professeur de rhétorique Dans ces années-là, les presbytères deviennent les berceaux des vocations naissantes, les jeunes candidats au sacerdoces étaient suivis par des prêtres idoines, puis M. Bruchon ouvre la Sainte Famille, qui deviendra, en 1862 le Petit Séminaire. Notons également le rayonnement des oeuvres de jeunesses. Messieurs Allemand et Eugène Caire, celle du Père Timon-David crée en 1847, où le Seigneur multipliera les semences.

 

            L'année 1844 est celle de ses ordinations aux ordres majeurs : sous-diacre le 2 mars, diacre le 3O juin, il reçoit l'ordination sacerdotale des mains de Mgr Eugène de Mazenod le 21 décembre. Jeune prêtre, quelques mois plus tard il est nommé vicaire à Notre-Dame-du-Mont le 1er février 1845. En ces années, le diocèse de Marseille compte 64 paroisses, et plus de 19O prêtres pour 150.000 habitants. Et l'évêque entend ramener les fidèles aux sacrements, centre de la vie chrétienne, mais surtout rattacher étroitement son diocèse à l'Eglise universelle, celle de Rome, de Pierre et de Paul, colonnes de l'église, centre de la foi. On devine qu'il vise là l'esprit janséniste et les libertés gallicanes, les deux bêtes noires de son épiscopat.

 

            Commencent pour le jeune abbé Albanès, les ministères que l'Eglise de Marseille lui confie. Il restera vicaire toute sa vie. Tous les deux ou trois ans, les changements successifs nous permettent de le suivre dans les différents paroisses où il est envoyé.

 

            Il a une très bonne santé, ce qui lui permettra de voyager, d'étudier, de travailler tard dans la nuit, "sans cesse absorbé, alors qu'il ne sait plus où donner de la tête"...à écrire, recopier ou mettre quelques indications de renvoi pour analyse et contrôle de date ultérieure. Mgr de Mazenod facilite ses voyages d'étude dans la capitale, et ainsi tout en s'occupant du ministère, il va pouvoir commencer à étudier l'histoire de l'Eglise de Marseille et de Provence. Ses voyages ne sont peut-être pas du goût des curés qui l'accueillent dans leurs paroisses ! Il semble trop souvent absent...et les "murmurateurs" existent.

 

            De Notre-Dame du Mont, il est nommé vicaire à Saint Vincent de Paul le 28 décembre 1847. Une première épidémie de choléra, en 1849 fera 2.000 morts. Puis le 5 août 1852, nommé professeur au Petit Séminaire, il revient à son premier poste, Notre-Dame-du-Mont.

 

            Mgr de Mazenod avait répondu à ses souhaits, car il avait désiré cette nomination. Alors pourquoi ce nouveau changement le 11 avril 1854 ? Est-ce parce qu'il part à Saint-Cannat pour les vacances où son évêque n'aime pas le savoir ? C'est aussi et surtout le fait qu'il ne loge pas au Petit-Séminaire... Albanès est un indépendant... et Mgr de Mazenod n'aime pas trop ce genre de comportement. Aussi, il l'éloigne et l'envoie aux Aygalades. Pourtant les deux hommes ont beaucoup d'amitié l'un pour l'autre, et c'est un précieux collaborateur pour son évêque. Ayant toujours eu "la passion d'honorer les saints de son diocèse" Mgr de Mazenod lui confie la rédaction du propre de l'Eglise de Marseille.

 

 

 

 

 

            Le 9 août, il rejoint la paroisse Saint-Théodore. Il y restera deux années. Le 8 août 1856, nouveau changement. L'évêque le nomme une 3ème fois à Notre-Dame-du-Mont. C'est pendant ces années-là, que lui sera confié la cause du Bienheureux André Abellon, dont nous conservons les actes aux archives diocésaines sous la côte 726 (Espeut).

 

            Il a 35 ans, et on peut le suivre à Rome, où logeant à San Clemente, il étudie l'histoire. Ami des frères Dominicains, dont il avait reçu l'habit en 1842, lorsqu'il devient tertiaire, il a déjà rencontré le Père Lacordaire.  Le 2 février 1856, il n'a que 34 ans, il écrit au Maître de l'Ordre, le Père Jandel, "... j'ai une bibliothèque d'au moins 2.000 volumes dont je voudrais vous assurer la possession si je venais à mourir ; vous la donneriez au couvent de Marseille qui finira bien par s'établir un jour". (P. Amargier). Sa bibliothèque fera l'admiration de l'abbé de Solesme. Il collectionnait les ouvrages concernant les traditions religieuses de Provence. A sa mort elle sera acquise par un bibliophile aixois, Monsieur Arbaud.

 

            De ces séjours d'étude dans la ville éternelle, il en revient couvert de diplômes. Le 29 mars 1858, l'évêque le nomme vicaire à Saint-Michel, l'année suivante, il est docteur en théologie, le 17 janvier 1859, bachelier en Droit canonique le 5 avril, prolyte en droit canon le 28 mai, docteur en cette même matière le 16 juillet.

 

            En octobre 1859, nouvelle nomination : l'évêque le nomme 2ème aumônier du Pensionnat des Frères (23 août 1859). Je me permets de donner encore quelques dates pour situer le chanoine Albanès, puis nous verrons comment pendant ces années, il sut mener son action sacerdotale, tout en continuant de travailler et d'approfondir l'histoire. Un an vicaire à la paroisse Saint-Joseph, rue Paradis. Ce fut un ministère prenant et de tous les instants. Cette année-là, 327 baptêmes, 92 mariages, 2O7 sépultures y sont célébrés.

 

            Mgr de Mazenod décède en mai 1861. Dès son arrivée, Mgr Cruice  nomme l'abbé Albanès une seconde fois à Saint-Théodore où il restera 6 ans. Quel courage il aura durant la peste de 1865, pour assister les mourants, secourir les plus pauvres, présider les funérailles de nombreux paroissiens. Puis le 18 février 1867, Mgr Place qui depuis quelques mois est évêque de Marseille lui demande d'aller à Saint-Cannat.

 

            Albanès à 45 ans. C'est un homme de haute stature, énergique, intelligent, des yeux noirs qui regardent droit devant. La photographie prise le jour où il recevait la Légion d'honneur, le montre assis, portant des lunettes, les mains sur les genoux, en soutane noire et rabat, sans ceinture... les lignes du visage fortement accusées. Homme du terroir provençal : "nous sommes d'Auriol", aimait-il à rappeler avec une pointe de fierté. C'est un prêtre pieux, ayant une grande dévotion mariale, des sentiments de foi très vive pour le Coeur-Sacré de Jésus. Dans l'intimité ou lorsqu'il se trouvait en société de sa convenance, il était volontiers causeur, et sa conversation, comme d'ailleurs ses écrits et ses lettres, étaient émaillés d'exemples pittoresques. Il est loyal, honnête, tenace. C'est un homme, un prêtre à la rude franchise dont la hiérarchie s'accommode mal, et ce de tous les temps.

 

            Avec aussi quelques désillusions. Car après avoir entendu louer ses mérites il n'en reçut que peu de preuves tangibles. Notons qu'il devait souvent faire la différence entre les comportements de ses confrères  marseillais et le mode de vie des prêtres envoyés dans la Ville Eternelle, où, pour pouvoir accéder aux différentes congrégations, beaucoup se poussaient, bardés de recommandations, qu'ils croyaient utiles à leurs engagements dans la vie vaticane. Rien de tel chez Albanès. On peut noter cependant quelques moments de fatigue et de désillusion. Il écrit en 188O "Je suis si absorbé que je ne sais, le plus souvent, où donner de la tête... Mon diocèse, qui a des ressources considérables et traite très convenablement toutes les nullités et les oisivetés qu'il a produites, ne m'a jamais élevé à leur niveau ; et pour avoir une partie de ce qu'il m'est indispensable, vous n'ignorez pas ce que j'ai du aliéner mes après-midi. Il ne me reste que les matinées, qui sont bien courtes et trop souvent absorbées par autre chose, et les nuits dont je passe de bonnes heures au travail. Le temps me manque pour mener les choses courantes, pour lire les ouvrages nouveaux et me tenir au courant..." (U. Ch. p. 35).

 

            Car il doit aussi voyager pour retrouver, vérifier, noter et reproduire tel ou tel document utile à son travail de recherche. Souvent dans la région provençale. Mais nous le trouvons agacé quand d'autres le devancent et produisent des écrits qu'il aurait voulu voir uniquement de son cru.

 

            Il nous faut noter, les controverses littéraires et historiques qu'il a eu avec les Abbés Magnan, Charbonel, Bayle, ses confrères marseillais. Ils éditent les vies de Saint-Sérénus, de Saint-Théodore, d'Urbain V. Cela lui vaut de prendre la plume pour appeler des réserves, ou donnant son sentiment il réclame aux auteurs d'autres précisions, encore des corrections, et des pointes de critiques se trouvent dans les lettres de notre bouillonnant historien. Pourtant en 1862, il devra composer, car il sera nommé membre de la Commission des livres avec certains de ceux dont il aura fortement critiqué les écrits. Ce sont : Guiol, vicaire général,  Magnan, aumônier du Lycée,  Couture, chanoine-adjoint, Martinet, De More, Couisinier, le R.P Jean du Sacré-Coeur, fondateur des Victimes du Sacré-Coeur et le R. Père Dassy.

 

            Dans un ancien album de photographies, Adrien Blès a retrouvé certains de ses collègues. Des noms de prêtres marseillais qui nous sont connus par les archives diocésaines, mais dont qu'il convenait à cette occasion de découvrir les visages...

 

            Il voyage aussi à l'étranger. En 1863, il est à Londres. L'année suivante c'est à Vienne qu'il se rend du 12 au 16 juillet, d'où il en revient malade. Comme pour les deux précédents voyages, le compte-rendu se termine par un "Deo gratias".

 

            Le samedi 27 mai au matin, il commence à travailler à la Vaticane. Nous sommes en 1865. Désormais, depuis quelques années lorsqu'il rentrera à Marseille, il retrouvera sa soeur Delphine. Elle tient sa maison, le dégageant de tous soucis domestiques, et ce depuis le jour où à Auriol, alors qu'il demandait qu'on l'aide et que son père n'était pas de cet avis, elle lui dira tout bas : "ne t'en fais donc pas, moi j'irai".

 

            Le succès de ses missions de recherches historiques lui valurent d'être chargé d'instruire le procès pour la reconnaissance du culte du pape Urbain V en 1868. Cela lui valut bien des démarches, et de longues séances à préparer. Ulysse Chevallier note qu'il en présida de 15O à 2OO de 4 heures chacune. Il trouve également le temps d'aller aux Archives du Vatican et à celles du Latran encore inexploitées, afin de continuer son travail sur les Eglises de Provençe ; rentre à Marseille où son ministère le réclame, étant donné qu'il lui faut pourvoir au pain quotidien. Le clergé marseillais est passé de 310 prêtres en 1861 à 418 en 1867, pour plus de 81 paroisses.

 

            Le 8 décembre 1869, s'ouvre le premier Concile du Vatican et le 1O mars 1970, le culte d'Urbain V, pour lequel il a tant travaillé est approuvé par le Pape Pie IX. Alors qu'Albanès prépare son panégyrique, survint, fin août la défaite de Sedan. Des désordres politiques ont lieu à Marseille, tandis qu'à Rome le 2O octobre 187O, le Pape Pie IX est fait prisonnier par Victor-Emmanuel.

 

            A Saint-Victor, dans l'antique abbatiale, Urbain V est fêté solennellement. Le 5ème centenaire de sa mort a été annoncé par affiche à la porte de toutes les églises de la ville. Le dimanche 18 décembre 1870, les vêpres ont été chantées pontificalement. Au moment où sa Grandeur, Mgr Charles Place précédé de son chapitre entre dans le sanctuaire, Monsieur Louis Chaffard, Curé de Saint-Victor prend la parole pour le remercier au nom de la paroisse. C'est alors que le portait d'Urvbain V surmontant l'autel est dévoilé et béni. Dans les registres de catholicité de cette année-là, le curé à noté que 359 baptêmes, 7O mariages et 241 sépultures y ont été célébrés. En entrant dans Saint-Victor, Albanès devait revoir en souvenir, les grandes heures qui rythmèrent sa vie monastique, l'annonce de son élévation au souverain pontificat, ses dernières visites et l'arrivée des cendres du pape Urbain V en 1372. En effet, il venait prêcher le panégyrique du successeur de Pierre au XIVe siècle, qui avait tant fait pour sa chère Abbaye et la Provence.

 

            En ce lundi 19 décembre, l'évêque a célébré le matin la messe pontificale près du tombeau du nouveau bienheureux et dans l'après-midi, après les vêpres solennelles, l'abbé Albanès monte en chaire. Elle couvrait tout un pilier note le Chanoine Béranger, avant d'être remplacée quelques années plus tard  par celle de Revoil, sculptée par Cantini. Elle fut détruire lors des grandes restaurations, dans les années 1965.

 

            Mgr Place est dans le choeur, entouré de ses vicaires généraux. Il y a grande foule de fidèles, et l'on se croirait aux fêtes de la Chandeleur. Le Chanoine Albanès parle d'Urbain V, et l'assistance recueillie est suspendue à ses lèvres. A la fin de sa prédication, Albanès se tourne vers l'évêque : "lorsque je commençais, il y a 15 ans a étudier cette grande figure, je fus ravis d'admiration à la vue de tant de vertus et de sainteté ; je me demandais comment il eut pût se faire que sa cause languit, ainsi délaissée depuis 5 siècles. Il me semblait l'entendre me dire, comme dans l'évangile du paralytique : il me manque un homme qui s'intéresse à mon culte et le fasse refleurir. Grâce à Dieu, Monseigneur, depuis votre arrivée à Marseille vous avez pris en main l'affaire de notre bienheureux...  vous avez honoré le Saint-Siège, la France et votre diocèse... L'Eglise de Marseille, si fière des Saints qu'elle a produit, voit attacher par votre main à son diadème, un nouveau fleuron, une perle de plus haut prix...". Très belle évocation, vivante, dynamique, remplie d'amour pour celui qui n'eut de cesse d'ouvrer pour ramener la papauté d'Avignon à Rome.

 

            Pendant 30 ans, il continue à travailler, à écrire, et à publier. Sa doctrine est ferme, il a de la méthode, son travail est mené avec régularité. S'il commence un sujet, il va tout au fond des choses, éprouvant un besoin de lucidité, de perfection, d'exactitude. D'ailleurs, le plus grave défaut qu'on puisse reprocher à un historien n'est-ce pas l'inexactitude? Ce chercheur infatigable de la vérité historique  ne peut supporter qu'on lui porte atteinte. Il a pendant toute sa vie, travaillé pour la mettre en avant, il a besoin de vérité et d'absolu. Il écrira pourtant dans une de ses lettres : " je ne suis pas un savant universel, hors de Provence, mes lumière pâlissent et s'éteignent". Est-ce pour cela qu'il restera de marbre devant les attaques faites aux Saints de Provence, jugeant que l'on ne doit pas mettre en doute l'historicité de son évangélisation  par les amis du Seigneur. Jamais il ne dévia de ce sillon tracé, et même, comme pour renforcer ses arguments, il ouvre "la Gallia", sa Gallia, par des textes  qu'il juge digne de foi, dont il prouvera, bientôt la véracité... Les textes devaient suivre, et mettre un terme aux propos tendancieux des historiens. Mais nous n'avons pas sa démonstration, longtemps différée.

 

            Tous ceux qui ont eu le privilège de consulter les portefeuilles conservés aux Archives Départementales, où à la Bibliothèque Municipale de Marseille, savent à quel point leur sont réservées d'heureuses surprises. L'on reconnaît à première vue son écriture si vivante. Albanès à trois sortes d'écritures : l'une assez large, réservée à la copie de chartes impériales ; une autre plus fine, celle des transcriptions des textes pontificaux, une autre, presque microscopique, mais lisible. Ces transcriptions sur de petits bouts de papiers, sont des notes concernant un personnage, une référence à ne pas oublier, un événement important... Et le tout, sans aucunes ratures. Trois points au dessus de la lettre ou du mot sont là pour lui  rappeler qu'il lui faudra vérifier le terme ou la date. Indications techniques qui lui permettent de reprendre ses notes pour une future recherche et  une plus ample vérification.

 

            Vous comprendrez que je ne puis citer, le temps me manque, tous les écrits d'Albanès. Une note en annexe les mentionnera. Le premier pourtant fut le panégyrique de Saint-Théodore. L'auteur vient d'avoir 42 ans, et bien que ce ne fut pas un chef-d'oeuvre, cela a le mérite d'exister. Certains de ses confrères lui adressèrent un exemplaire annoté de la main de l'abbé Magnan. Mais cette critique sans indulgence, même si elle l'agaça, lui fut utile. Dès l'année suivante, lorsqu'il fit éditer son mémoire sur "L'Entrée solennelle du Pape Urbain V à Marseille en 1365", l'ouvrage du même Magnan reçut une magistrale leçon de rhétorique et de critique historique.

 

            Ulysse Chevallier note qu'avec L'entrée d'Urbain V, suivra une longue série de mémoires dont le succès orientera définitivement la vocation d'Albanès. Puis il s'en prend à Mgr Ricard, directeur de la Semaine Liturgique, car celui-ci publie avec une rapidité qui lui déplaît, et il y décèle tant d'inexactitudes. Dans la préface de Jean Artaudi, en 1878 il s'en explique: ... "il y a peine 6 ans, qu'un auteur extrêmement fécond a publié avec luxe, une nouvelle histoire des évêques de Marseille, dont il existe, pour les amateurs, des exemplaires sur papier chamois. Certes, si la valeur intrinsèque du livre répondait au choix du papier, nous devrions trouver ici ce que nous n'avons rencontré aucune part ; et sachant d'ailleurs que son apparition a été annoncée par des affiches placardées aux portes des églises et établissement religieux de notre ville, nous pourrions nous attendre à avoir du nouveau et de l'inconnu. Hélas ! il n'en est pas tout-à-fait ainsi, et le moderne historiographe s'est contenté -est-ce la première fois ?- du rôle de copiste... Nous avons le regret de lui apprendre, et le devoir de lui démontrer, qu'on en sait aujourd'hui là-dessus un peu plus qu'il ne dit !". (Jean Artaudi, pages 2 et 3).

 

            Car à l'occasion de ses études sur Urbain V, il avait pu confronter sur les originaux, plusieurs passages d'ouvrages d'érudition jouissant d'une grande autorité, notamment la "Gallia Christiana nova" des bénédictins. Mais il fut frappé des fautes, des lacunes, des erreurs de toutes natures, qui déparaient ce grand ouvrage. C'est alors qu'Albanès trace la voie aux nouveaux historiens : "qu'ils n'épargnent ni leur temps, ni leurs fatigues, qu'ils ne négligent rien, en un mot pour s'assurer que ce qu'ils nous donneront comme sûr, comme vrai, est en réalité vrai et sûr". Il même a toujours l'oeil au aguets pour découvrir les sources originales, et les consulter n'importe où. C'est vrai, que comme archiviste adjoint du diocèse de Marseille, puis historiographe, -il est nommé en 1878-, il avait à sa portée, une mine considérable de documents sur l'histoire de la Provence. D'où ce souci de se déplacer constamment pour aller à la source, revoir, copier, mettre un point, où un trait pour vérifier, être sûr,... mais également pour s'assurer que l'édition se prépare. Il en prévoit le papier, la couleur, le grammage, le type de caractères. Tous les chercheurs, tous les historiens et étudiants ont en mémoire la bio-bibliographie d'Ulysse Chevalier écrite à Romans, le 12 avril 1897, quelques jours après la mort d'Albanès, dans laquelle est mentionné ce qu'il a produit durant toutes ces années de recherches : 69 imprimés, 68 manuscrits et 10.194 documents, "tel est le bilan de l'activité scientifique de mon savant ami. Qui donc de notre temps, en Provence, aura creusé un sillon aussi profond dans le champ de l'histoire locale, surtout ecclésiastique" ?

 

            Mais il manquera toujours de moyens financier, et de Marseille il écrit, "il n'y a ici d'argent que pour les huiles, les blés et les graines..." Aussi c'est Mgr Louis Robert qui prendra à sa charge les frais d'impression du magnifique volume "Armorial et Sigillographie des évêques de Marseille" (1884). Nommé chanoine le 29 décembre 1871, Il sera chanoine honoraire le 2O novembre 1878.

 

            Il nous faut également rappeler les nombreuses notices qu'il a écrites sur le pape Urbain V. Mais il a aussi conduit et mené à bien le procès de béatification de la Mère Anne-Madeleine Rémuzat, cause extrêmement populaire dans notre diocèse et dans la chrétienté au moment le plus florissant de la dévotion au Sacré-Coeur (17 volumes sont déposés aux archives diocésaines). Avec cela, il apporte de nombreuses rectifications à la Gallia Christiana. Il écrit les vies de Sainte Douceline, de Jean Artaudi, rédige la Chronique de Saint-Victor, propose la vie de  Pierre d'Aigrefeuille, et bien sûr produit articles et documents manuscrits de toute sorte. J'ai relevé, plus de 77 publications concernant le diocèse de Marseille sur le 234 présentées dans la bio-bibliographie d'Ulysse Chevalier.

 

            Pendant dix ans, des années 1878 à 1888 vont se succéder pour lui de nombreuses nominations à des postes importants; Il sera membre correspondant  de plusieurs Instituts et Académies. C'est alors que le 15 juin 1889 il est fait chevalier de la Légion d'Honneur.

 

            Toute la fin de sa vie, sera occupée par l'impression de sa "Gallia Christiana Novissima". Au mois d'avril 1893, le projet d'édition est programmé. Mais rien encore n'est vraiment rédigé et il tarde à produire. La "Gallia",  GCN, ou "le" gallia, comme disent les historiens, paraîtra  en 1895. Un an plus tôt, l'éditeur avait lancé un prospectus où il annonçait la sortie de la première partie, laquelle comprendrait les quatre anciennes provinces ecclésiastiques du Sud-Est de la France, en tout 22 évêchés ou archevêchés. Il faudrait 7OO souscripteurs, il n'en aura que 7 ; peu à peu le nombre croît, et quelques évêques s'inscrivent. Hoffmann, l'imprimeur prend son temps. Albanès qui voudrait voir paraître le premier volume se désespère, et la Maison Hoffmann, pressée dans son travail de composition, met en vente le volume... sans  préface ni tables et surtout sans en prévenir l'auteur. Nous sommes en octobre 1895.

 

            Pour Albanès, les dernières années de sa vie seront tristes, alors que  des félicitations lui parviennent de toutes parts. "Que de richesses, j'en suis ébloui, émerveillé. Votre ouvrage restera l'un des plus remarquables de tous ceux qui ont été consacrés de nos jours à l'histoire ecclésiastique", écrit Tamisey de Larroque le 14 septembre 1895. Sur les instances d'Ulysse Chevalier, Albanès commença la préface et les tables, dont une partie se perdit dans l'envoie postal. Il fallait tout refaire, Albanès se remit au travail et c'est alors que survint la faillite et la liquidation de l'imprimerie. 

 

            Il retournera une dernière fois à Rome, pour des vérifications sur ses travaux en cours. Lorsqu'il rentre à Marseille, sa santé donne les plus grandes préoccupations. Il souffre d'une maladie de la vessie. Tout en continuant le travail sur la Gallia, "cette chaîne qu'il traîne après lui", comme il aimait a le rappeler, il a la joie de retrouver quelques exemplaires de la Gallia, restés après la faillite de l'imprimerie...

 

            Le 23 février 1897, la maladie s'aggrave. Il reçoit les sacrements des mains de son évêque, auquel il "parle en termes des plus touchants et des plus édifiants de son amour pour le sacré-Coeur et de sa confiance à nos Saints". Il regrettait sans doute, continue d'écrire Mgr Robert, "de ne pouvoir continuer à servir l'Eglise en les exaltant ; mais ces regrets étaient accompagnés d'une soumission parfaite à la volonté de Dieu"...Il meurt le 3 mars 1897,  au 165, rue Paradis, à l'âge de 75 ans.

 

            Ses funérailles eurent lieu à la Cathédrale de la Major, le vendredi 5 mars  où selon le rite marseillais, la messe de Requiem fut chantée. Mgr l'évêque qui assistait au trône donna l'absoute, puis son corps fut transporté à Auriol et inhumé dans le caveau familial. Le Chanoine Siméone, Messieurs Blancard et Berluc-Pérussis rappelèrent en quelques traits la vie et les oeuvres de ce fils de Provence, aujourd'hui regretté et demain illustre. "L'homme plein de mérites dont nous déplorons la perte fut mon collaborateur pendant de longues années, dit M. Blancard. Ardent au travail, il a accompli des oeuvres qui ont déjà fait connaître son nom au monde savant, et il en avait entrepris une si considérable, qu'elle immortalisera sa mémoire, si comme il est permis de l'espérer, cette oeuvre est un jour entièrement publiée. Son ardeur au travail était exceptionnelle, mais exceptionnelles aussi son intelligence, son esprit de méthode, son amour de la vérité. Je n'ai pas besoin de rappeler ici les sacrifices qu'il fit en bien des circonstances à cette passion du vrai ; il en souffrit dans son repos, ses relations, se réputation de savant, et il eut le chagrin plus vif encore de la souffrance d'autrui dont il était l'inéluctable auteur, mais la vérité dans laquelle il voyait une émanation divine, lui paraissait inexorable. Ce sentiment à inspiré tous ses travaux et ils justifient la sévérité qui en caractérise quelques-uns. Le ministère de l'Instruction publique a eu pour ce savant la justice qu'il méritait en le nommant Officier de l'Instruction publique, Chevalier de la Légion d'Honneur...".

 

            Au Congrès des Sociétés savantes de 1897, il fut proclamé un géant de travail. Son oeuvre,  l'Armorial des Evêques et la Gallia de la province d'Aix continuèrent de s'imprimer, complétées par 5 volumes de ses manuscrits et 2 volumes de ses documents, en fait, rien qu'un cinquième de ce qu'il reste à découvrir. C'est son savant ami Ulysse Chevalier, sa soeur Delphine, qui patiemment continuèrent son oeuvre.

 

            ..."Car l'abbé Albanès doit demeurer, avant tout le vrai fondateur et comme le père de notre histoire religieuse. Ayez fierté, Messieurs, conclura M. Berluc-Pérussis, au cimetière d'Auriol, de ce savant hors pair, qui né parmi vous a voulu reposer dans la terre des aïeux. Sa vie toute désintéressée, son oeuvre qui est la glorification de la Provence Chrétienne, lui vaudront, avec la récompense que Dieu garde aux vertueux, celle que la Patrie réserve à ses fils d'élite"...

 

            Quittant le cimetière et repartant d'Auriol, d'aucuns devaient penser à la vie de leur ami défunt... Les milliers de documents qu'il avait lus, travaillés, annotés, les soucis et les tracas de l'impression, toute sa vie, morcelée entre le ministère, les voyages, qui étaient longs et fatiguants en ce temps, les divers dispositions prises par l'évêque, ses différentes nominations. Et c'était Paris, Londres,  Rome, où il fallait se rendre, mais aussi, la Provence, Auriol, Marseille, proches, certes de son ministère paroissial, et tant d'heures passées à revoir, comment ce coin de Provence, fut évangélisé par les premiers témoins oculaires de la résurrection du Christ, et à faire surgir, pour la plus grande gloire de l'Eglise, son prestigieux passé... Ne plus penser qu'on le traitait avec un rire entendu, lorsqu'il démontrait la véracité du témoignage de l'Eglise antique de Marseille. D'accord il n'y avait point d'écrits, rien de fondé, sinon sur la tradition orale ; rien non plus des premiers siècles de cette communauté chrétienne forte et agissante, présente aux premières persécutions, rien..., sinon ces quelques tombes vénérées à Saint-Victor et ce sentiment du coeur qui  lui faisait dire, sous le soleil et le grand mistral, que ceux qui ont fondé l'Eglise de Marseille, son Eglise, l'on fait avec de sérieuses raisons : celles de témoigner du Christ ressuscité et de son évangile d'amour. Et rien, ne pouvait l'empêcher d'y penser, de rechercher, pour le prouver. Il le dit d'ailleurs dans la préface de l'Armorial des Evêques de Marseille, paru en 1884 : "... sous le rapport de la recherche des documents, nous croyons avoir fait tout ce qu'il était possible de faire, dans notre position et avec nos faibles ressources. Nous avons consacré un bon nombre d'années à ramasser tout ce qui peut jeter quelque lumière sur notre histoire religieuse, et nous ne regrettons pas le temps que nous y avons employé, à cause des résultats considérables auxquels nous sommes arrivés... Il est serait donc imprudent de tenter la grande histoire, mais en attendant, il peut être permis de faire la petite"... (Préface de l'Armorial et Sigillographie des Evêques de Marseille - 1884, page 10 et 11).

 

            Peu de temps après sa mort, l'abbé Toussaint Brieugne, rédacteur de l'Echo de Notre-Dame de la Garde écrivait de lui : "Prêtre marseillais qui fut l'un des plus tenaces et le plus heureux chercheur de notre siècle".

 

            "Le temps efface ou rectifie. Le travail des historiens nous le restitue et nous le révèle. Il faut parfois longtemps pour dédorer les mythes ou revaloriser la réputation de certains personnages... Parfois le temps s'amuse à aller plus vite dans la rectification... Les grands hommes devraient pourtant se souvenir de se méfier : sous leur piédestal, un incessant travail de sape est à l'oeuvre. Tant qu'ils sont là, ils peuvent faire illusion, entraîner d'adhésion, focaliser l'intérêt. Une fois partis, il ne reste plus que quelques amis....pas pour longtemps et beaucoup de fouineurs. Ces derniers ont tout leur temps."

 

            Ces phrases extraites de "l'humeur des jours", chronique hebdomadaire de Bruno Frappat, dans le journal La Croix, des dimanches 12 et lundi 13 octobre 1997, illustrent bien un article de Mgr Chaillan, de la commission des Monuments historiques, paru dans l'Echo de Notre-Dame de la Garde, en 1925 (14 juin N°2.27O)... donc près de 28 ans après le décès d'Albanès. Mgr Chaillan se demande pourquoi et dans quel but le Dictionnaire d'Archéologie Chrétienne (fasc. LVI-LVII pp. 3O6, 307, 378, ann.1924), vient-il d'écrire ceci  : "les notices épiscopales d'Albanès (Gall. Christ. Nov.) sont à la fois diffuse et vides...C'est le triomphe de l'inutilité et de  l'encombrement... La chronologie n'est que fantaisie ; dans tous ce fatras, il n'y a pas un fait, pas une date à retenir ; aucune préoccupation autre que celle d'étayer la prétendue apostolicité des églises provençales.... en définitive, on ne peut que mettre en garde les érudits contre la médiocre valeur critique de la compilation due à M. U. Chevalier..."

 

            Et Mgr Chaillan d'énumérer ceux qui ont félicité, admiré, loué, le Chanoine Albanès, comme le fit Camille Jullian, professeur au Collège de France : "la vie d'Albanès peut être proposée comme un idéal, à ceux qui font de la science la règle principale de leur conduite. Il la consacra à l'histoire religieuse de Provence....Qu'il me soit permis de rappeler ce qu'Albanès a été pour moi. Après mes maîtres de l'Université, je ne doit à personne plus qu'à Albanès. J'étais fier de me retrouver auprès de ce maître toujours au travail, studieux apprenti". (Revue Catholique de Bordeaux, ann. 1897). 

 

            Nous pourrions faire notre ces phrases du Chanoine Albanès : "Quels progrès ferait notre histoire, si chacun s'efforçait sérieusement de combler une lacune, d'éclairer un point obscur, de réfuter une erreur, de rétablir la vérité de quelques faits ? Il y a beaucoup à faire pour réparer les outrages que la vérité y reçoit à tout instant, et pour en chasser les fables qui y ont élu domicile. P

Publié dans Conférences

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