Homélie pour le 4ème dimanche de Carême – C – 5 et 6 mars 2016.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseill

Homélie pour le 4ème dimanche de Carême – C – 5 et 6 mars 2016.

Nous retrouvons la Parabole de l’Enfant prodigue, déjà méditée en janvier dernier avec un très beau commentaire, à la messe de 11h pour les soldats de France, du Père Michel Viot. Mais en cette année du Jubilé de la Miséricorde, il est bon de se laisser interpeller de nouveau par ce texte qui nous montre bien la miséricorde de Dieu et son pardon inlassable. Mettons-nous dans l’attitude des trois personnes proposées par Jésus. Il est critiqué par les pharisiens et les scribes, car il accueille les publicains et les pécheurs. Il se présente en révélateur de l’amour de Dieu. Il ne condamne pas, n’excommunie pas, il veut sauver, mais il dit aux pécheurs qu’ils sont en danger et que le Père les attend pour leur pardonner. Il va se servir de cette histoire pour attirer l’attention sur le rejet de l’autre, sur l’amour que les parents ont pour leurs enfants et l’attitude du Père miséricordieux qui n’est souvent pas la nôtre. Voulez-vous que l’on se risque à une rapide radioscopie de nos vies et de nos comportements ? Essayons ! Le thème central proposé est celui-ci : « Mon fils est revenu à la vie ! » On pourrait aussi le dire pour tous les deux. Mais pour le second, nous ne savons pas comment s’est apaisée sa colère. Mais dites-moi ? Comment s’opère la miséricorde divine ? Et quand ? Mais, toujours, totalement, pour tous, humbles et pécheurs, croyants ou non, convertis ou en passe de l’être. C’est la miséricorde que je désire et non les sacrifices dira Jésus de la part du Père ! Sans être lui-même atteint par le péché, Jésus répond de tout péché devant le Père. Il sait que cela l’engage sur le chemin de la croix, mais il voit par-delà la croix, les hommes pécheurs rentrés à la maison du Père. Lui, le fils, il sait que le Père attend et il dit à tous ceux qui se croient perdus : retournez vers Dieu, car il est amour et pardon. Car sur ce chemin de carême, en ce dimanche de la joie, nous sommes dans un temps de recréation. Recréation de la nature, recréation d’attitudes et de comportements, recréation du cœur, ce cœur de pierre, qui doit devenir cœur de chair, comme celui du Christ, plein d’amour pour tous, brûlant de miséricorde pour les pécheurs que nous sommes. Sa joie, Dieu la trouve en nous. Le livre de Josué nous emporte dans une symphonie de joie et d’exultation, où l’avenir s’annonce meilleur, même si la manne cesse de tomber, car désormais ils récolteront les fruits de leur travail, à l’image de la joie du père retrouvant son fils perdu, car tout le travail d’éducation qu’il lui a donné lui a fait prendre conscience de sa faute. Tout d’abord, et je vous propose de partir de la fin de la parabole. Prenons conscience de l’attitude du dernier, le fils resté à la maison. Il est à son travail, il a oublié peut-être son frère, peut-être heureux d’être enfin celui que le père aime le plus, car enfin il est seul dans le domaine, mène ses affaires et il a la confiance du père. Quoi des chants, de la musique, mais pourquoi, le père ne lui a rien dit à son départ. Il ne sait rien encore, mais sa colère grandit alors que les serviteurs lui disent le pourquoi de la joie qui anime la maison ! Il faut que son père sorte, qu’il lui parle ; en fait il veut l’entendre dire qu’il l’aime ! Mon fils tu es toujours avec moi et ce qui est à moi est à toi. Je ne fais pas de différence entre vous. Pourtant il est resté sur le pas de la porte et attend que le père lui-même vienne le chercher. Jésus laisse à ses auditeurs le choix de conclure par eux-mêmes. S’est-il joint à la fête un peu plus tard, est-il rentré dans la maison ou parti sans rien dire ? Nous retrouvons bien là nos attitudes, entre parents, entre enfants, en famille, entre amis, surtout lorsque nous avons été trahis, floués ou critiqués. Montent alors à notre bouche colère, mots durs et définitifs, car nous avons le bon droit pour nous ! Alors condescendre à pardonner, non merci, ce n’est pas pour nous ! Nous avons toujours été droits, nous n’avons fait que du bien et voilà comment nous sommes traités ! Et je ne parle pas de nos attitudes lors de l’ouverture des testaments ! Le Père ? Mais il est plein de miséricorde, il aime ses deux fils, il ne fait pas de différence. C’est eux qui en font : l’un se dit « que lui dire ? » L’autre au contraire ne dit rien et reste ancré dans sa colère. Cela ne vous rappelle rien ? Vous parents, qui aimez vos enfants : faites-vous une différence entre eux ? Aimez-vous plutôt l’un que l’autre ? Comment savoir ce que pensent vos enfants, car l’un ou l’autre croit toujours que les parents ont des préférences ? Comment leur montrer que non, si cela est le cas ! Le plus jeune se croit tout permis, il veut partir, mais partir avec ce qui lui revient. Il dépense, s’amuse, ne perçoit pas que l’avenir se bouche de plus en plus pour lui. Il va descendre de plus en plus dans la pauvreté, dans la déchéance et c’est alors qu’il prend conscience de ce qu’il vit. Les ouvriers chez son père ont plus que lui. Alors il se lève et va demander pardon et essaie de formuler tant de phrases, qui seront balayées par l’amour du père qui le serre tendrement dans ses bras. Mais pour nous tous, après avoir aidé certains de nos enfants, ou des membres de la famille ou des amis, vient le temps où on ne répond plus, vient le temps où l’on n’écoute plus ! Quoi en plus de ce que je t’ai donné, tu redemandes encore ? Non ! Telle est souvent notre réponse, réponse qui se voudrait salutaire pour qu’il comprenne et fasse en sorte de prendre sa vie en main. Mais quelle résonnance dans le cœur et l’esprit de celui qui est rejeté ! Je sais que vous n’agissez pas ainsi ; inlassablement votre cœur de parents pardonne, réconforte, accueille, aime à l’infini, malgré toutes les contrariétés rencontrées. On pourrait arrêter là le commentaire scripturaire. Pourtant si Jésus propose cette parabole à son auditoire c’est bien pour qu’il prenne conscience de ce qui sous-tend leurs vies, et des siècles plus tard, ces phrases et ces trois comportements, sont comme des constantes, toujours recommencées, pour vérifier comment dans notre vie, en ce temps de partage, de prière et de joyeuse pénitence, nous agissons. Aujourd’hui ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur. Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur, avons-nous chanté. La miséricorde du Seigneur est pour tous ! Et si au lieu de prononcer ces phrases nous continuions de les mettre en pratique ? Le pape François disait il y a quelques jours, « La miséricorde, est antidote contre l'aveuglement et l'isolement”, ajoutant cette phrase de Jésus : “Qui n'est pas avec moi est contre moi”». Le langage de Jésus, est clair : ou tu es fidèle, avec le cœur ouvert au Dieu qui est fidèle avec toi, ou tu es contre Lui. Mais en effet, a dit le pape, il existe une issue : confesse-toi, car tu es pécheur ! ». Car «si tu dis “je suis pécheur”, ton cœur s'ouvre et la miséricorde de Dieu entre en toi et tu commences à être fidèle». Sur ce chemin de carême, nous pourrions aller demander pardon, recevoir nos enfants, ou du moins s’ils restaient fermés à nos appels d’amour, prier pour eux et les présenter au Dieu de toute consolation. Et pourquoi ne pas prier Marie, la mère de tendresse qui défait tous les nœuds de nos vies ? Avec Jésus, avec elle, dans l’Esprit et sous le regard d’amour du Père, nous sommes assurés de rester dans le droit fil de l’évangile et d’être trouvés dignes du Royaume. Jésus regarda le jeune homme et lui dit : « tu n’es pas loin du royaume des Cieux ». Faisons en sorte qu’il en soit ainsi pour nous, afin que nous soyons revêtus du plus beau vêtement, celui de l’innocence enfin retrouvée, celui des noces de l’Agneau pour être introduits dans le royaume de lumière et de paix. Amen. J-P E.

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