Homélie du 10 janvier 2016 – Baptême du Christ

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseill

Homélie du 10 janvier 2016 – Baptême du Christ

En quelques jours, nous avons fait un bond de 30 ans dans la liturgie. En effet nous avons quitté la Sainte Famille, les Mages et Jésus enfant, pour le retrouver au jour de son baptême. Et lui le Fils de Dieu se met à la suite de tout le peuple pour recevoir ce baptême de purification. Mystère de l’Incarnation, mystère de la vie cachée à Nazareth où l’enfant Jésus grandissait en sagesse et en taille, entouré de l’amour de sa famille. Joseph accompagne ses premiers pas, lui montre le chemin de la Synagogue et de l’école tout près et bientôt celui de son atelier de charpenterie. Marie, le soir à la lumière de la lampe, le prend sur ses genoux pour lui redire doucement les rudiments de la Thora, de la Loi et des Prophètes qu’il va bientôt parfaire à la synagogue les jours de shabbat. Mais c’est aussi les 150 psaumes qu’elle lui fait réciter par cœur, ces psaumes du Roi David duquel il descend et qui bercent ses premières compréhensions et ses premiers chants de jeune adulte. Et comme il ne cesse de les questionner pour enraciner dans sa conscience d’homme la geste du Peuple de Dieu, son Peuple, ce peuple à la nuque raide, et qui attend la libération d’un sauveur, d’un messie promis par Dieu et proclamé par les prophètes, les réponses essentielles lui sont données par Marie et Joseph. Il sait désormais qu’ils ont passé quelques années en Egypte après la visite des Mages, et les voilà revenus ; le prophète Osée l’avait annoncé : « D’Egypte, j’appellerai mon fils ! » (11,1). Ils s’établiront à Nazareth et ainsi s’accomplira l’oracle des prophètes : Il sera appelé « Nazoréen », démontrant ainsi qu’il est l’héritier de la Promesse. On peut imaginer tout cela, avec des joies, des cris d’enfants, puis cette lente prise de conscience de ce qu’il est : le Fils de Dieu. Et il le leur dira, alors que Marie et Joseph le cherchent et qu’il a 12 ans : « Ne savez-vous pas que je dois être au service de mon Père ! » Ils avaient tellement eu peur de le perdre, peur qu’il ne revienne pas avec eux, qu’ils le cherchèrent durant près de trois jours. Ce troisième jour rappelle celui de sa résurrection ; mais pour l’heure celui qui il leur était soumis, avec le temps qui passait, devenait un jeune adulte lisant officiellement la Parole de Dieu dans le Temple. En allant trois fois par an vers le Temple de Jérusalem, Israël reste un peuple de Dieu en marche, en pèlerinage, un peuple qui est toujours en marche vers Dieu et qui reçoit son identité et son unité dans la rencontre avec Dieu qui est l’unique Temple. Et la Sainte famille s’insère dans cette grande communauté en marche vers le Temple et vers Dieu. Le reste, tout le reste de sa vie, on ne se risque que très difficilement à en parler, car les textes sacrés ne nous en disent rien, sauf Marie qui retenait tous ces évènements dans son cœur. Mais Jésus est parti ! Lorsque le fils de Marie, car vraisemblablement Joseph n’est plus de ce monde, entre dans sa vie publique, il a environ 30 ans. Venu de la Galilée vers Jean, celui qui baptise et qui, en cette 15ème année du gouvernement de Tibère, annonce dans le désert de Judée l’avènement tout proche du Christ de l’Oint, de son royaume, baptisant dans l’eau du Jourdain ceux qui entendent sa prédication. Jésus est là, il écoute les paroles du baptiste, regarde celui qui porte un vêtement de poils qui rappelle celui d’Elie et c’est là qu’il mène une vie ascétique, au milieu de ces collines désolées sans arbres ni buissons, lui qui ne mange pas de pain, ne boit pas de boissons fermentées et qui se nourrit exclusivement de miel sauvage et de sauterelles qu’il fait griller. Là est le silence, déchiré par ses cris, ses appels à la conversion. Tout le peuple est en attente - on est vraisemblablement à l’automne ou au début de l’hiver de l’an 28 - et se demande si ce n’est pas lui le Christ, et il obtient la réponse que vient de nous donner l’évangile de Luc : « Moi je vous baptise dans l’eau, mais il vient celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de défaire les courroies de ses sandales, car lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et dans le feu ». On sait que depuis les IIe et Ier siècles, les rites d’ablutions se multiplient dans la vie domestique : « Garde ton corps en état de pureté dit le Livre des Jubilés, lave-toi à l’eau avant d’aller déposer ton offrande à l’autel, lave tes mains et tes pieds avant de monter à l’autel et quand tu as accompli ton sacrifice, lave-toi de nouveau les mains et les pieds. » Le baptême de Jean revêt une signification différente. « C’est un rite purificateur et unificateur qui n’a aucun précédent dans le Judaïsme et c’est un acte collectif, administré une fois pour toute et qui sanctionne une conversion. Ce rite se fait par immersion et celui qui en ressort ruisselant, renait, pareil à une nouvelle création divine, prêt à affronter les derniers jours qui semblent proches. » (J-C Petitfils, Jésus, p 45). Jésus se met à la suite du peuple et descend dans l’eau et il se fait baptiser. Ne confondons pas son baptême avec celui que nous avons reçu. Pour lui, c’est un geste de purification, encore que le Fils de Dieu n’en ait aucunement besoin, mais son heure n’est pas encore venue. Pour nous le sacrement du baptême c’est cette plongée dans le mystère pascal de mort et de résurrection du Christ, nous configurant à Lui, pour mener cette vie nouvelle d’enfants de Dieu. Pour l’instant et dans la liturgie de ce dimanche, Jésus prie et aussitôt le ciel s’entrouvre et l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe descend sur lui. La voix qui vient du ciel confirme sa messianité : « Toi, tu es mon fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie. » Cet Esprit, nous dit Paul dans son message à Tite, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre sauveur afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle. C’est pour cela, surtout en cette année du Jubilé de la Miséricorde, que nous devons apprendre à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, pour vivre dans le temps présent qui nous est donné, de manière raisonnable, avec justice et piété en attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ. Amen. JP Ellul.

Commenter cet article