Homélie pour les Défunts d’Afrique du Nord – basilique du Sacré-Cœur - samedi 7 novembre 2015.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseill

Homélie pour les Défunts d’Afrique du Nord – basilique du Sacré-Cœur - samedi 7 novembre 2015.

~~Chers Frères et Sœurs, Nous avons gardé les textes du 32ème dimanche pour la célébration de cette eucharistie pour nos chers défunts d’Afrique du Nord. Le temps passe mais n’efface pas la mémoire, bien au contraire, car nous sommes et restons les derniers témoins de ce qui s’est vécu sur la terre de nos ancêtres. En visitant, la semaine dernière, les cimetières de nos villes, en priant pour ceux qui reposent en France, qui d’entre nous n’a pas eu le souvenir de tous ceux de nos familles inhumés dans notre terre d’Algérie, de Tunisie ou du Maroc ? Nous avons revu en mémoire, nos petits cimetières, dont la trace et la mémoire disparaissent parfois, et ceux qui subsistent encore dans les villes plus importantes, entretenus par des Associations ou par des résidents restés là-bas. Nous savons bien que ceux qui nous ont quittés sont désormais en Dieu, dans la gloire de la résurrection du Christ sauveur, mais nous nous devons, chaque année de leur rendre cet hommage de prière. C’est ce que nous faisons aujourd’hui dans notre basilique dédiée aux morts de toutes les guerres, et dont le Cœur Sacré de Jésus, nous rappelle l’amour incommensurable que le Seigneur a pour chacun d’entre nous. Nous avons entendu dans la première lecture, le dialogue du prophète Elie et de la veuve de Sarepta qui n’avait plus rien à manger et qui allait mourir avec son fils. Comme nous, à notre retour d’Algérie, elle a dû faire confiance au Seigneur, et contre toute attente, malgré ses peurs, elle fut remise en amitié avec Dieu qui désormais la soutiendra spirituellement et matériellement dans son épreuve. Faire confiance, toujours et encore, sans baisser les bras, avec au cœur cette foi vivante en Jésus ressuscité qui nous permit de reprendre avec confiance, notre vie quotidienne, faite d’attentes, de deuils, de peurs, de souffrances et de plaies mal cicatrisées, mais avec une grande espérance dans le cœur, malgré ces 10 ans de désespérances, de meurtres et de trahisons durant la Guerre d’Algérie. L’histoire commence à en entrouvrir la mémoire, pour redire que ces événements tragiques auraient pu être traités avec plus de vérité et de grandeur. Nous ne pouvons évidemment refaire l’histoire, mais il faut nous rappeler, des années plus tard, ce que nous avons traversé. Je voudrais citer ces quelques phrases, prises sur le blog du Salon Beige, du début du mois de novembre, pour rappeler brièvement les faits, je cite : « C’était le 1er novembre 1954 et le début de la guerre d'Algérie où des indépendantistes vont commettre plusieurs dizaines d'attentats dont certains meurtriers. C'est la «Toussaint rouge», une guerre sans nom – dont on parlera pendant longtemps en lui donnant le qualificatif "des événements" -, qui durera plus de huit ans, jusqu'à l'Indépendance. On compte au total ce jour-là, dix morts. Les deux premières victimes, assassinées la veille de la Toussaint, sont deux Français d'Algérie : un chauffeur de taxi de confession juive, Georges-Samuel Azoulay et Laurent François, libéré depuis 6 mois du service militaire. Les autres victimes sont l'agent forestier François Braun, l'agent de police Haroun Ahmed Ben Amar et quatre appelés : le soldat Pierre Audat et le brigadier-chef Eugène Cochet, tués en pleine nuit dans le poste de Batna, dans le massif des Aurès, ainsi qu'André Marquet et le lieutenant Darneaud. Sont également tués le caïd Ben Hadj Sadok et Guy Monnerot, qui voyageaient ensemble. La mort de ce dernier émeut plus particulièrement l'opinion. Ce jeune instituteur est venu de la métropole avec son épouse pour instruire les enfants du bled. Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. (ti ga ni mine). Ils sont extraits du véhicule ainsi que les autres passagers et touchés par une rafale de mitrailleuse. Guy Monnerot succombe sur le champ, mais sa femme Jeanine survivra à ses blessures. Le ministre de l’Intérieur de ces années-là promit de mettre tout en œuvre pour arrêter les «hors la loi». Avec emphase, il déclara le 12 novembre 1954 : «Des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule nation, un seul Parlement. C'est la Constitution et c'est notre volonté». – Fin de citation. Nous en connaissons parfaitement la suite puisque nous l’avons vécue durant des années, avec cette spirale de meurtres, d’attentats, de haine. Puis ce fut le départ d’Algérie. Prions pour tous qui sont morts lors de cette guerre. En cette année de la Miséricorde, voulue par le pape François, nous prendrons du temps pour que nos prières et nos méditations se fassent pardon et miséricorde, et si nous avions encore quelques rancœurs dans le fond du cœur, allons demander le sacrement de réconciliation et recevoir l’absolution. Le racisme difficile à éradiquer est quelquefois encore bien présent. Mais nous sommes au Christ et du Christ et il nous faut pardonner. Pardonner et accueillir, ceux qui, à cause de leur foi arrivent en France et même les autres dont les villes sont détruites. Nous aussi nous avons été reçus quelques fois dans des conditions difficiles, surtout à Marseille, mais l’archevêque du temps, Mgr Marc Lallier et les prêtres et les laïcs de notre diocèse ne cessèrent de demander que l’on mette à notre disposition tout ce dont nous avions besoin. Tout ne fut pas parfait, cela aurait-il pu l’être ? Aussi n’oublions pas ceux qui nous ont aidés, et aujourd’hui ceux qui souffrent et demandent l’asile de la France, car combien meurent encore parce qu’ils sont chrétiens ! Nous l’avons bien perçu dans la lettre aux Hébreux : « Comme le sort des hommes est de mourir une seule fois, puis d’être jugés », nous ne pouvons plus rester dans une attitude de haine ou de rejet. Même si nous n’oublions pas, désormais que le temps est à l’apaisement. Lorsque nous paraîtrons devant Dieu, nous aurons à faire valoir notre repentir, nos deuils devant la perte de l’être aimé, resté inhumé au loin, d’autant que le Dieu trois fois saint, connait nos souffrances, nos désarrois, nos peurs ; il nous fera justice et miséricorde et essuiera toutes larmes de nos yeux pour nous introduire dans son royaume de lumière et de paix. Dites-moi ? Combien d’entre nous furent comme cette pauvre veuve dont nous parle l’évangile de Marc ? Rappelons-nous la vie des plus anciens de nos familles, leurs visages tourmentés par le rappel des souvenirs de leur vie là-bas, le temps mis à remonter la pente du désespoir, à se restructurer psychiquement devant un avenir qui semblait bouché, pour trouver enfin un peu de paix dans leurs cœurs en nous voyant vivre dans l’espérance d’une vie meilleure. Nous les plus jeunes, les avons-nous écoutés, soutenus, accompagnés ? Oui, nous l’avons fait, avec tendresse, avec amour écoutant inlassablement des souvenirs que nous connaissions si bien. Devant la vie qui s’ouvrait à nouveau devant nous, souvent ils se sont tus, pour ne pas entraver notre avenir. Mais quelle souffrance pour la plupart ! Retrouvons-les dans le souvenir de nos prières et remercions-les pour l’amour qu’ils ont eu pour nous. Malgré la peur du lendemain, alors que nous avions tout perdu, nous avons continué de marcher dans l’espérance, travaillant avec d’autres, parfois plus que d’autres, aidant nos églises en France, avec cet entrain missionnaire et cette ouverture d’esprit que nos prêtres, religieuses et religieux nous avaient enseigné dans nos paroisses d’origine. Oui, les petites pièces de monnaie de nos aumônes furent agrées par le Tout-Puissant, car elles représentaient l’amour que nous avons toujours eu pour celui qui en est l’auteur. Ce n’était pas grand-chose, mais lorsqu’on n’a plus rien, c’est beaucoup ! Merci à nos parents, nos grands-parents, nos familles qui nous ont donné tant d’amour et d’intrépidité. Seigneur garde-les dans ta lumière. Ils sont pour nous des témoins de la foi, fais que nous devenions comme eux, généreux, aimant et miséricordieux. Vous, chers défunts que nous prions cet après-midi, soyez dans la paix et dans la lumière de Dieu. Nous déposons sur vos tombes, par-delà la méditerranée, en un geste filial, une belle gerbe faite des fleurs de tout l’amour dont vous nous avez comblés et nous vous disons merci pour ce que vous nous avez permis de vivre. Ces fleurs ne se faneront pas, tant que nous ferons mémoire de vous auprès du Seigneur et de Marie, Notre-Dame d’Afrique, Notre-Dame de Santa-Cruz. Et avec l’aide de St Augustin d’Hippone, et de tous les saints d’Afrique du Nord, nous demandons au Seigneur de vous accorder d’être maintenus dans la lumière éternelle alors que nous prions pour vous. Amen. J-P Ellul.

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