~~Messe de 19h – samedi 5 juillet 2014 – Défunts d’Oranie

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseill

14è dimanche du temps ordinaire.

Chers frères et sœurs En plus de l’intention de prière qui nous est demandée ce soir, nous ajoutons nos chers défunts d’Oranie, tués, assassinés, disparus le 5 juillet 1962. Pour tous ceux qui participent à cette eucharistie paroissiale, il convient de rappeler brièvement les faits. Lors de l’Indépendance de l’Algérie, il y eut des milliers de morts et de disparus, lors de ce 5 juillet. Et depuis, inlassablement, nous prions et faisons mémoire pour ces victimes innocentes, ces morts, ces hommes et femmes disparus, on ne sait où, et dont les familles n’ont pratiquement jamais eu de nouvelles, ni retrouvé leurs corps. Ajoutez à cela, le départ souvent précipité d’Oran et des régions avoisinantes de toute une population française, sans savoir où aller, sans avenir, avec la peur de l’inconnu. Cette messe du souvenir à laquelle vous participez, nous permet de redire l’attachement que nous portons à la terre qui nous a vus naître et à celle de nos ancêtres. Mais me direz-vous, 52 ans après, que dire encore sur ces événements ? Oh, nous n’allons pas rappeler ce que nous savons tous et que nous gardons dans notre mémoire. Nous sommes là ce soir, en Eglise, avec ce qui reste des anciens de cette belle église d’Oranie, vivant à Marseille et en Provence, avec évidemment le souvenir de notre messe anniversaire des 50 ans de retour, dans la cathédrale de Marseille que j’avais présidée, et où Mgr Jean-Marc Aveline et le Père Jean-Claude Duhoux, en avaient rappelé les hauts faits. Depuis, c’est vers les plus jeunes que nous désirons mettre notre espoir, mais cela semble bien difficile lorsqu’on n’a pas vécu ces événements tragiques. J’ai relu ces jours-ci le journal d’un prêtre en Algérie, du Père Michel de Laparre, (1964), qui rapporte au jour le jour, cette dérive cette spirale d’exactions, d’attentats et de morts, conduisant au départ. Je ne cite que ces phrases écrites quelques semaines après le 5 juillet. Elles sont du lundi 13 août 1962 : « Dans quel pitoyable état se trouvent les européens qu’on rencontre encore. Plus grave que leurs pertes matérielles, est l’état de véritables mutilations morales où ils sont. Gens jadis heureux et charmants, ils sont devenus des êtres diminués, décrépits, hagards, hargneux, insupportables à eux-mêmes et aux autres. Beaucoup sont hantés par leurs disparus. » (Fin de citation). Pour parfaire notre information, c’est dans l’ouvrage de Gérard Grimaud, « Les catholiques d’Algérie et leur Eglise », (2012), que j’emprunte ces phrases : « La communauté européenne, régulièrement éprouvée durant ces 8 ans de guerre, par les attentats, a subi un lourd tribut : 10 000 victimes civiles entre 1954 et 1962. Elle reste toujours bouleversée à la pensée des disparus. Les enlèvements ont durés plusieurs mois après l’Indépendance, sans faire la " une " des journaux, étreignant d’angoisse les familles concernées sans recours et sans le moindre indice de vie. Combien de compatriotes enlevés ont été maltraités, affectés à des tâches dégradantes ou dangereuses avant de mourir ? Combien de temps a duré leur misérable condition de vie ? On ignore à ce jour, le sort d’un certain nombre ». Je termine la citation et j’ajoute, sans parler des Harkis ! Mais revenons, dans le souvenir de nos chers disparus, à l’évangile de ce jour et je voudrais avec vous remercier le Seigneur de nous donner la possibilité de comprendre son message d’amour et de paix, car c’est dans cette attitude évangélique que nous sommes désormais. En effet Jésus glorifie le Père et proclame sa louange, et nous pouvons comprendre de quelle intensité Dieu nous aime. C’est ce que Jésus a proposé durant ses années de ministère à tous ceux qui avaient le cœur ouvert. Il a voulu montrer la proximité de Dieu avec son peuple, il leur a donné les moyens de l’approcher en l’approchant lui-même. Mais il restait à saisir l’essentiel et ce ne fut pas chose facile. A la question posée par Jésus « Pour vous qui suis-je ? », les réponses le comparant à différents prophètes, furent immédiatement repoussées par l’affirmation de Pierre : « Toi, tu es le Messie, le fils du Dieu vivant ! » Devant les disciples, sous la motion de l’Esprit-Saint, il affirmait le ministère de Jésus. Il n’était pas un simple prédicateur, il n’était pas un thaumaturge, voire un homme divinisé. Non, il était « le Fils de Dieu, envoyé dans le monde pour que le monde ait la vie qui ne finit pas ». En effet, comment connaître le Père sans connaître vraiment le Fils ? Impossible ! Surtout après son mystère pascal de mort et de résurrection. Sinon, on resterait toujours à rechercher dans le Testament ancien, qui est Dieu, se posant une « énième fois » la question de son retour. Non, Dieu est là, il est parmi nous, il est ce Dieu trinitaire qui déploie sa puissance d’amour. Jésus est le montreur du Père et cette belle phrase de l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre, nous fait immédiatement comprendre la subtilité de la réponse de Jésus : « Tout m’a été confié par mon Père ; personne ne connait le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. Ainsi, nous connaissons Dieu, nous approchons Dieu, nous nous nourrissons de Dieu en recevant son corps et son sang. Et l’Esprit-Saint vient au secours de notre faiblesse pour nous faire entrer dans cette intimité divine lorsque nous ouvrons sa Parole pour parfaire la connaissance que nous avons de lui. Quel amour pour nous ! Dieu se fait l’un de nous, pour que nous puissions à notre tour être proches de lui, vivant de sa vie trinitaire. Mais il nous reste encore et toujours, à nous approcher de Jésus, à nous rapprocher du Christ Seigneur qui nous invite à venir à lui, sans peur, malgré nos fautes et nos péchés, avec une confiance totale. En cette période de vacances, pourquoi ne pas faire le bilan de notre approche de Jésus, de notre vie, de notre intimité avec Jésus ? Avec des questions simples, qui nous permettront d’entrer plus avant dans son mystère d’amour. Regarde Seigneur, je viens vers toi ! Malgré mes peines et mes deuils, dans le souvenir de tous ceux qui sont enterrés dans cette terre d’Oranie. Oui, je viens vers toi, comme vers une personne vivante, avec qui je puis communiquer. Non comme celui qui reste sur le seuil, n’osant pas entrer. Je sais que tu m’aimes, je sais que tu me pardonnes, je sais que, quoique je fasse, tu seras toujours là pour accueillir mon repentir et me remettre dans ton amour ! Seigneur je t’aime, mais je voudrais comme toi, être doux et humble de cœur. Moi, mon cœur est souvent fermé à toi, à moi et aux autres. Pas toujours, c’est vrai, mais bien souvent, car j’oublie que tu es là, que tu es en moi. Je cherche comment être meilleur et je cherche encore, alors que si j’ouvrais plus souvent l’Evangile, j’y découvrirai comment me comporter et vivre selon ton amour. Je porte tant de fardeaux, fardeaux personnels, familiaux. Et la maladie qui es là ; mon entourage, avec une vie souvent chargée d’incompréhension, de peur, même de haine, me laissant aller à la critique stérile, au péché, au rejet. Même en ce qui te concerne Seigneur, j’ai tendance à te délaisser, à m’éloigner de toi, à ne plus prier, à perdre la foi. Donne-moi la sérénité, donne-moi ton amour, montre-moi ta miséricorde, viens vers moi ! Et Jésus, prenant la parole me dit : « Crois-tu que je suis loin de toi, alors que tu es aimé d’un amour de prédilection ? Perdre la foi ? Comment peux-tu perdre la foi, alors que ma miséricorde t’est accordée à tout instant et que je te pardonne inlassablement ? Tout cela je l’ai caché aux savants, à ceux qui remplis d’eux même, savent tout, englués dans leurs certitudes qui les ferment à eux-mêmes et aux autres. Non, toi qui es petit et qui attend tout de moi, je te donne la possibilité de parfaire encore ta vie avec moi ; tu es en moi et tu ne dois pas avoir peur ; bien au contraire : dans le silence de ton cœur tu dois me retrouver, pour continuer de vivre avec moi. Les mystères du royaume te sont donnés ; n’ai pas peur, marche dans la confiance sous mon regard d’amour ; avance sans crainte ! Mais comme tout athlète, il nous reste à parfaire notre entrainement, lentement, avec une lente aspiration spirituelle, délaissant l’emprise de la chair qui aliène et fait mourir, comme le dit St Paul dans sa Lettre aux Romains. Et pourquoi ne pas y mettre aussi quelques mouvements qui nous rempliraient de la grâce divine, afin de retrouver notre innocence baptismale, ne serait-ce qu’en reprenant la prière, la méditation, une bonne lecture spirituelle et la récitation du chapelet, pour être près du Christ et de Marie, celle que nous prions et vénérons sous le beau vocable de N-D de Santa Cruz ? Je vous laisse sur cette dernière question. Que le Seigneur, qui nous a tirés de l’esclavage du péché, nous fasse connaitre, en l’approchant et en l’aimant de tout notre cœur, le bonheur impérissable. Et que tous nos défunts reposent dans la paix. Bonnes vacances spirituelles. Amen. J-P E.

~~Messe de 19h – samedi 5 juillet 2014 – Défunts d’Oranie

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