27 avril 2014 – Dimanche de la Miséricorde et canonisations des papes Jean XXIII et Jean-Paul II.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseill

~~Homélie pour le 2ème dimanche de Pâques

Chers frères et sœurs, Dimanche in Albis, appelé aussi dimanche de la Quasimodo, car les néophytes qui déposaient leurs vêtements blancs, étaient « comme des enfants nouveau-nés, désirant le lait de leur mère », alors qu’ils célébraient le Seigneur et chantaient ses louanges. Dimanche de la Miséricorde, également, car après Sainte Marguerite-Marie Alacoque, de Paray-le-Monial et notre vénérée servante de Dieu, sœur Anne-Madeleine Rémuzat, sœur Faustine à qui Jésus apparaissait pou lui proposer de prier le Dieu de Miséricorde et le Cœur Sacré de Jésus, afin que le monde soit témoin de son amour et de sa tendresse. Et c’est ce dimanche qui a été choisi par le pape François, pour la canonisation de deux nouveaux saints bien connus : Angelo Roncalli et Karol Wojtyla, tous deux baptisés, prêtres, évêques et papes du XXème siècle et c’est avec grand plaisir que nous recevons les Petites Sœurs de l’Agneau venues chanter aux cours de nos eucharisties et que nous remercions. Il nous faudrait des heures d’entretien, pour témoigner de la sainteté de ces deux papes. Ce sont leurs vies toutes données au Christ et à la Vierge Marie qui par leur canonisation nous sont à nouveau dévoilées pour que nous puissions les imiter. Imiter un pape direz-vous ? Nous ne sommes que de simples fidèles ! Mais oui, pourquoi pas ? Et c’est pour cela que l’Eglise les met sur les autels, pour que nous puissions découvrir ce qu’ils ont vécu, fidèles à l’évangile, à leur sacerdoce et aux enseignements de l’Eglise, eux qui ont eu la responsabilité du magistère pétrinien. Deux vies d’humilité, de prière, d’obéissance et de témoignage. L’un comme l’autre ont répondu à l’appel du Seigneur : « M’aimes-tu ? » et l’ont suivi. « Oui, Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! « C’est l’un de ces souvenirs, qui nous était rapporté sur KTO, par le Cardinal Paul Poupard, il y a quelques jours. C’était à Rome au Vatican et alors qu’il lisait l’évangile lors d’une messe concélébrée dans la chapelle privée, présidée par Jean-Paul II, il entendit le pape répondre lui-même de sa voix grave, à la question posée par Jésus et par trois fois, le pape dire, « Oui, Seigneur, je t’aime ». Et c’est ce même amour du Christ et de l’Eglise qui animait Jean XXIII. Avant de devenir pape, il a assumé divers ministères auprès des prisonniers de guerre et des responsabilités diplomatiques en Turquie, Bulgarie et en Grèce, œuvrant pour un début de relations œcuméniques. On ne saurait oublier les huit années passées en France comme nonce apostolique, durant lesquelles il a accompagné l’Église dans la période délicate de l’après-guerre. Le 28 octobre 1958, le patriarche de Venise, alors âgé de 77 ans, fut élu pour succéder à Pie XII ; on se disait qu’il serait, vu son âge un pape de transition. Mais, malgré sa bonhomie, cet homme de grande culture historique et fin diplomate, montrait une personnalité vigoureuse, faite de confiance au progrès, d’estime de toute valeur humaine, de volonté de renouveau, de courage devant les risques à prendre, comme le soulignait Mgr Bernard Ardura, Président du Comité des Sciences Historiques au Vatican, dans le Journal Romain diffusé depuis le Séminaire Français de Rome, pour nous préparer à ces deux canonisations. Ce qui pourrait résumer le mieux toute sa vie, c’est sa devise : « Obéissance et paix. » D’ailleurs, et Jean XXIII le disait lui-même en confidence : « Ma devise épiscopale est celle du cardinal Baronius : « L’obéissance la plus aveugle qui soit…au pape quel qu’il fut, et quel qu’en fut le caractère, puis ne rien demander, ne rien refuser. » Il se référait volontiers à St Charles Borromée qui avait mis en pratique le Concile de Trente qu’il avait longuement étudié. Ainsi, peu de temps après son couronnement, il annonçait, le 25 janvier 1959, à St Paul Hors les murs, l’ouverture d’un concile œcuménique, parce que l’Esprit Saint le lui avait inspiré. Il proposa que l’Eglise puisse se montrer à l’humanité comme une mère aimante et qu’elle puisse aller vers les autres avec amour et charité, dans un aggiornamento qui fasse comprendre que l’évangile est la trame de notre vie, qu’il ne vieillit pas, qu’il ne condamne pas, mais qu’au contraire, il pardonne et accompagne. Le pape François rappelait la semaine dernière aux habitants de Sotto il Monte, village natal d’Angelo Roncalli, qu’évidemment, le monde a changé, tout comme les défis à relever pour la mission de la communauté chrétienne, mais «son héritage peut inspirer, encore aujourd’hui, une Eglise appelée à vivre la joie douce et réconfortante d’évangéliser, à être, la compagne de chemin de tout homme, la “fontaine du village” à laquelle tous peuvent s’abreuver de l’eau fraîche de l’Evangile ». C’est ce qu’avait voulu le bon pape Jean en ouvrant le concile Vatican II. De ses 8 encycliques, on se rappellera celle de Pacem in Terris, du 11 avril 1962, qui eut un retentissement considérable dans le monde entier. Jean XXIII mourut le 3 juin 1963. Il n’avait été élu que pour 4 ans, sept mois et 10 jours. Pontificat court, mais très marquant. Homme d’unité, de prière intense et profonde ; tout habité par sa mission de pasteur, il fut aussi un précurseur plein d’audace, qui a permis à l’Église d’entrer dans une nouvelle période de sa vie et de sa relation avec le monde. Après lui, les papes Paul VI et Jean-Paul Ier, accompagnèrent l’Eglise de leurs enseignements. Pour l’un, ce fut la mise en œuvre du Concile, dans une période faite de crise, de contradictions, de désobéissances et de personnalisme. Paul VI disait : « L’après concile, tout à la fois, met à l’épreuve, et met aussi en évidence la vitalité de l’Eglise », et d’ajouter : « Nous le trouverons longtemps sous nos pas. » (9 août 1967). Puis le sourire du cardinal Albino Luciani, patriarche de Venise, prenant le nom de Jean-Paul Ier dont les catéchèses si personnelles, si savoureuses, firent durant 33 jours, le lien avec celui qui viendrait de loin, nous laissant son sourire et sa bonté comme gage de la miséricorde du Seigneur. Karol Wojtyla était né le 18 mai 1920 à Wadowice, près de Cracovie. Prêtre en 1946, évêque en 1958, archevêque de Cracovie en 1963 et cardinal en 1967. Vous rappelez-vous ce 16 octobre 1978 ? Le nouveau pape polonais apparu à la loggia de St Pierre ; il ouvrait ses bras en disant : « ….Je redoutais cette nomination, mais je l’ai acceptée dans un esprit d’obéissance à notre Seigneur Jésus-Christ et de totale confiance en sa Mère, la très sainte Madone…. C’est ainsi que je me présente à vous tous, pour confesser notre foi commune, notre espérance, notre confiance en la Mère du Christ et en l’Eglise et aussi pour repartir de cette route de l’histoire et du catholicisme, avec l’aide de Dieu et des hommes ». Comment ne pas ouvrir toutes grandes les portes de nos cœurs, de nos pays, de toute l’humanité, lorsque le pape propose de ne pas avoir peur d’accueillir le Christ et d’accepter son pouvoir ? « N’ayez pas peur, redira-t-il, ouvrez toutes grandes les portes pour le Christ à son pouvoir salvateur ; ouvrez les frontières, les systèmes économiques et politiques, les vastes champs de la culture, de la civilisation et du développement… Le Christ sait ce qu’est un homme et lui seul le sait ». Il vous faudra lire le très bel ouvrage de Mgr Renato Boccardo, archevêque de Spoleto-Norcia, intitulé « Dans l’intimité de Jean-Paul II » et qui fut l’un de ses proches collaborateurs, pour bien comprendre sa sainteté personnelle. « Je le revois, écrit-il, les yeux fermés, recueillir son corps robuste et se projetant en un instant, littéralement hors du monde ». (p. 19). Toute sa vie, il voudra franchir le seuil de chaque maison, saluer chaque personne. Jean-Paul II, avec sa devise : « Tout à toi Marie », durant plus de 26 ans conduira l’Eglise aux quatre coins du monde, avec au cœur ce mystère du pardon donné à Ali Agça, après l’attentat de la place St Pierre ; tous ces jeunes qu’il a envoyés aux quatre coins du monde, lors des JMJ, pour témoigner de la miséricorde et de l’amour du Christ. Tant de pays visités lors de ses voyages apostoliques…, tant d’amour, de tendresse et de compassion témoignés, de vocations religieuses ou sacerdotales émanant de ces Journées Mondiales de la Jeunesse. Oui, « Jean-Paul II est un saint, parce qu’il a passionnément aimé Dieu et l’homme. Sa grande capacité de prière, son mysticisme lui permettaient d’entrer en dialogue avec le Seigneur en tout lieu et en tout temps. C’était un homme pris par le mystère de Dieu et, complètement fasciné depuis sa jeunesse, il n’a jamais réussi à interpréter la vie en dehors de cela… C’est de là que proviennent tous ses combats pour la dignité de la personne humaine, pour la défense de la vie, pour la liberté religieuse… ». (R. Boccardo, p. 147). Puis-je, en conclusion, rappeler ces paroles du Cardinal André Vingt-Trois ? « Quand l’Église canonise une personne, ni son état de vie, ni sa fonction ne sont déterminantes, mais c’est davantage une reconnaissance des vertus chrétiennes vécues à un haut degré et qui peuvent être données en exemple. Dans les cas de Jean XXIII et Jean-Paul II, il s’agit de reconnaître comment elles ont marqué leur manière d’être pape. Leur popularité et leur action sont aussi bien sûr, des éléments déterminants dans le processus de canonisation. Jean XXIII a laissé le souvenir d’un pasteur proche des fidèles, simple et accessible, mais en tant qu’initiateur du concile Vatican II, il apparaît comme celui qui a ouvert l’Église au monde. Quant à Jean- Paul II, sa figure est encore vivante dans nos mémoires. Il a fortement marqué la présence de l’Église au monde en particulier par ses nombreux voyages. C’est un témoignage, à l’heure où le pape François nous invite à aller vers les périphéries, et il a voulu nous donner deux exemples de saintetés différentes dans leur exercice, mais encore proches de nous dans le temps, et donc encore « accessibles », capables de nous rejoindre plus facilement ». Fin de citation. A nous tous de devenir des saints, chers frères et sœurs, sous le regard aimant du Christ et de son cœur, d’où émanent les rayons de sa divine miséricorde, et de Marie, sa Mère, Reine du Ciel, que nous prions et chantons en ce temps pascal. « Ne sois pas incrédule, sois croyant ! dit Jésus à Thomas. Heureux celui qui croit sans avoir vu ». C’est ce que nous nous efforçons de faire, Seigneur, avec ta sainte grâce. Aide-nous en ce temps pascal à proclamer ta résurrection. Amen. J-P Ellul.

Références : Jean XXIII, Catholicisme n° 24, p. 494-498.

Renato Boccardo. Dans l’intimité de Jean-Paul II, 20 Regards sur un homme d’exception – Ed-Béatitudes

Cardinal Roger Etchegaray. J’ai senti battre le cœur du monde. Fayard Georges Wiegel : Jean-Paul II. Témoin de l’Espérance. J-C Latès

Journal Romain – KTO du 24 et 25 avril 2014. Mgr Bernard Ardura et Cardinal Paul Poupard.

Texte de Canonisation :

« En l’honneur de la Très Sainte et indivisible Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique et la croissance de la vie chrétienne, par l’autorité de notre Seigneur Jésus Christ, des saints Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre, après avoir réfléchi longuement, ayant imploré de nombreuses fois l’aide divine et ayant écouté l’avis de nombreux frères, nous déclarons et définissons comme saints les bienheureux Jean XXIII et Jean-Paul II, et nous les inscrivons au Livre des Saints, et nous établissons qu’ils soient honorés avec piété et dévotion parmi les saints dans l’Église universelle. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » L'assemblée répond trois fois "Amen!" Le pape Jean-Paul II est inscrit au martyrologe romain au 22 octobre, jour anniversaire de l'inauguration de son pontificat, en 1978, et le pape Jean XXIII, au 3 juin, date anniversaire de sa "naissance au ciel", en 1963.

27 avril 2014 – Dimanche de la Miséricorde et canonisations des papes Jean XXIII et Jean-Paul II.

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