Homélie pour le 7ème dimanche Ordinaire Sacré-Cœur 23 février 2014.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

~~ Frères et Sœurs ;

« Œil pour œil, dent pour dent ». Cette expression bien connue vient de la "Loi du Talion", et se trouve dans le code d'Hammourabi, roi de Babylone qui a régné vers 1760 avant .J. C. Elle incitait à la vengeance individuelle, à condition que la peine soit identique au crime commis.

On retrouve cette formule dans l'Ancien Testament, au Livre de Exode 21,23-25 : "Mais si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure.

Et pourtant, Dieu nous le rappelle dans le Livre des Lévites : « Soyez saints, car moi je suis saint ». Très souvent, remarquons-le nous avons un comportement qui n’est pas en adéquation avec ce que Dieu nous demande ! Regardez notre attitude devant la haine engendrée par celui qui nous a fait du mal ! Voyez ces regards qui tuent l’autre, celui que nous n’aimons pas.

Allons plus loin et souvenons-nous des disputes familiales ; lors d’un deuil, d’un héritage, d’une réunion de famille, où des paroles longtemps enfouies dans notre mémoire reviennent sur nos lèvres pour démasquer l’autre et lui dire ce que l’on a sur le cœur, avec haine et ressentiment. Voyez ces couples qui se déchirent et là où était l’amour, la haine, la vindicte et la vengeance viennent prendre place.

Pourtant nous venons d’entendre Dieu nous dire : « Tu ne te vengeras pas ! » D’autre part, comment pouvons-nous avoir une attitude digne d’un chrétien lorsque nous sommes attaqués, insultés, outragés ? Oui, je sais, me direz-vous, « nous sommes le temple de Dieu », nous savons que l’Esprit Saint habite en nous et qu’il vient au secours de notre faiblesse.

En fait, si nous comprenons bien les textes de ce dimanche, il y a en nous une dichotomie, oui, il y a en nous deux personnes. Quand tout va bien, quand tout est clame : la prière, l’action de grâce et le sourire sont sur nos lèvres. A la moindre difficulté, à la moindre contrariété, d’aucuns oublient les paroles de l’évangile et restent là à se demander comment se venger.

Alors entendre Jésus nous demander de tendre l’autre joue, n’est-ce pas insupportable ? Non, car l’attitude que nous devons avoir est celle que Jésus préconise dans ce texte de Matthieu, continuant le Sermon sur la Montagne et énonçant les Béatitudes.

Etre et opter pour le pardon, se faire violence pour ne pas répondre avec haine et méchanceté, prier pour celui qui me veut du mal. Est-ce possible ? Oui, c’est possible, car cette page d’évangile est concrète et comme elle va à l’essentiel, on y retrouve cette parole dite au début de la création : « Créés à l’image de Dieu, nous devons ressembler à celui qui est Amour ».

Pour vraiment atteindre ce but il nous faut agir comme Dieu ; il a tout donné. Jésus lui-même a tout donné, il n’a rien gardé pour lui. Sa richesse c’est d’avoir tout donné. St Augustin parle des deux cités qui sont en nous. Ecoutons-le : « Deux amours ont construit deux cités. L’amour de soi, jusqu’au mépris de Dieu. L’amour de Dieu, jusqu’au mépris de soi. La cité de Dieu remonte à Abel, la cité mauvaise à Caïn. Nul ne doit être tellement avide de repos, qu’il ne songe à l’utilité du prochain ».

Aimer ses ennemis ? Difficile me direz-vous ! Pensons à Jésus sur la croix qui pardonné à ses bourreaux, mais certains diront : « nous nous ne sommes pas Jésus » au contraire nous gardons le souvenir des offenses reçues et si nous pouvons nous venger, nous le ferons. Là encore, ce n’est pas une attitude chrétienne, nous le savons, mais c’est là que Jésus et les textes des l’évangiles interviennent : être ses disciples, c’est pardonner, c’est donner la chance à l’autre de changer, de grandir, d’être aimé à nouveau.

C’est précisément ce qu’ont toujours fait les vrais chrétiens, cette foule innombrable de ceux qui ont tout laissé pour suivre le Christ. Ils ont renoncé à tout, surtout à toute haine, à toute vengeance et même à toute moquerie. Car, ils bénissent ceux qui les persécutent ; ils pardonnent à ceux qui les offensent ; ils s’exercent à voir plutôt le bien que le mal, dans la vie de leurs proches.

Nous sommes tous appelés, invités à vivre cette vie là. Ne me dites pas que c’est impossible. Oui c’est possible avec la grâce de l’Esprit-Saint qui est en nous. Essayons une fois encore de mettre en pratique ce que Jésus nous propose, avant de rejoindre celui qui est l’Amour et qui nous invite à nous aimer les uns les autres. Amen.

Homélie pour le 7ème dimanche Ordinaire Sacré-Cœur 23 février 2014.

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