~~Homélie pour le 2è dimanche du TO – 19 janvier 2014.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Frères et Sœurs,

C’est un week-end chargé pour notre Eglise. En effet, pendant que de nombreux chrétiens se préparent à participer à Paris à la 9ème Marche pour la Vie et que nous sommes au début de la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens, il nous est proposé de célébrer la 100ème journée Mondiale du Migrant et du Réfugié.

Nous sommes tous en marche ! Nous sommes un peuple en marche. Les uns vers un avenir brillant, les autres se demandant de quoi l’avenir sera fait. Tous en définitive, nous sommes en marche vers ce Dieu d’amour qui nous attend et que Jean-Baptiste vient de désigner comme l’Agneau de Dieu, celui qui enlève les péchés du monde. Notre désir est grand de voir Dieu ! Et en cette première semaine du temps de l’Eglise, du Temps Ordinaire, il nous est proposé d’approfondir le sens de notre vie.

Oui, ce que nous voulons, c’est voir Dieu et c’est cela qui sous-tend notre vie ; la première communauté chrétienne de Corinthe l’a bien compris : elle se sait sanctifiée dans le Christ Jésus et St Paul le lui rappelle bellement. Cette grâce et cette paix qu’ils recherchent, elle est en eux car ils ont été plongés, comme nous, dans les eaux du baptême. Ils ont cheminé depuis l’annonce de la résurrection de leur Seigneur et ils sont prêts à lui rendre témoignage. C’est ce qu’ils feront en portant l’Evangile dans le monde entier. Ils partiront sur les routes et les chemins pour annoncer qu’Il est vivant, qu’Il est présent au cœur de toute vie. Comme eux, comme celui dont parle Isaïe, nous avons du prix aux yeux du Seigneur et c’est Dieu qui est notre force.

Nous aimer les uns les autres, faire partie d’un même pâturage, rechercher la brebis perdue, l’inviter à entrer dans le bercail du Seigneur, être tous ensemble sous son regard d’amour ! Et pourtant, certains chrétiens ont préféré leur propre choix, à celui de l’Evangile. C’est pour cela que la division des chrétiens dans l’Eglise est un scandale et que nous devons prier pour l’unité ! Nous nous sommes séparés, pour de multiples raisons : motifs théologiques bien sûr, sous-tendus par des prises de positions politiques, appât du gain et théologie douteuse, rêve d’une reconnaissance européenne et désir de créer son église nationale, difficultés de contacts et sclérose idéologique. Pourtant malgré ces heurts, ces larmes, ces meurtres, ces exagérations, l’Eglise qui est éternelle, veut avancer, veut se réconcilier, voudrait vivre enfin dans l’unité et pouvoir célébrer tous ensemble l’Eucharistie, pour ne former qu’un seul corps. Jésus nous le dit : « Je vous donne un commandement nouveau : celui de vous aimer les uns les autres ». Que nous sommes loin de son désir d’unité. Bien sûr nous avons cette semaine de prière pour prier et y participer et c’est déjà pas mal… mais après ?

Après nous reprendrons notre vie, et dans le secret de nos relations personnelles, d’aucuns continueront ce chemin de rapprochement, par la reconnaissance et l’amour de l’autre, de celui qui n’est pas comme nous, mais qui est à l’image de Dieu. C’est vrai que chaque personne appartient à l’humanité et partage l’espérance d’un avenir meilleur avec toute la famille des peuples. Et c’est pour cela que le pape François a choisi comme thème de cette 100ème année de prière pour les migrants et les réfugiés : « Vers un monde meilleur. » Un monde meilleur !

A l’énoncé de ce thème, on entend, comme en fond sonore, la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak. Oui, un monde nouveau fait de paix et de reconnaissance, un monde nouveau où le travail d’esclave serait aboli ; où ceux qui partent pour trouver un monde meilleur, ne finiraient pas noyés, abandonnés ou pourchassés par leurs passeurs. « Une honte », s’écria le pape à Lampedusa, cette île où ’ils accostent, comme s’ils arrivaient en terre promise, une terre où les attendent d’autres difficultés.

Oui, nous le savons bien : migrants et réfugiés ne sont pas des pions sur l’échiquier de l’humanité rappelle le pape François. Il s’agit d’enfants, de femmes et d’hommes qui abandonnent ou sont contraints d’abandonner leurs maisons, leurs familles… Les flux migratoires contemporains constituent le plus vaste mouvement de personnes, sinon de peuples de tous les temps. En marche avec eux, l’Eglise s’engage à comprendre les causes qui en sont à l’origine et à dépasser les préjugés et les incompréhensions dans la manière dont on considère les migrations. Et pour nous : peurs, risque de perdre notre identité et notre culture devant ce brassage humain, chômage et religions différentes engendrant le racisme.

Pourtant et malgré tout, des chrétiens sont là pour accueillir, faire passer d’une culture du rejet à la reconnaissance de l’autre, même si c’est difficile. Et c’est sûr que ce n’est pas facile. On peut penser à la famille de Nazareth, à vous, qui peut-être avez quitté votre pays… subissant haine et racisme.

En ce dimanche nous pensons à tous ceux qui marchent pour la Vie, afin que nos valeurs de se perdent pas. Eux aussi, sont comme des naufragés de la culture, des valeurs essentielles de notre foi en Christ, valeurs qui doivent être respectées, de la vie naissante à la mort, sans que l’éducation donnée à nos plus jeunes soit galvaudée pour essayer d’en faire des robots ou des esclaves, sans attaches culturelles et sans histoire du passé.

Nous avons besoin pour vivre, de savoir qui nous sommes, d’où nous venons, et où nous allons, et cela personne ne pourra nous l’enlever. Comme notre foi en Christ ! Une foi qui doit être sans cesse renouvelée, puisée en Celui qui est l’Amour. Oui, des femmes et des hommes se lèvent et marchent, dans le respect de chacun, pour dire : « Me voici Seigneur, je viens faire ta volonté ! » Evoquant le climat social et sociétal, Mgr Georges Pontier disait, je cite : « Ne pas faire place à l'enfant à naître, ne pas accompagner la vie jusqu'au bout, ne pas offrir un avenir professionnel à des milliers de jeunes et adultes, ne pas regarder la vie à partir des plus fragiles, tout cela est un déni de fraternité et d'humanité ; de l'embryon naissant, au souffle ultime du dernier jour, notre vie est plus grande que nous-mêmes !" Fin de citation. La volonté de Dieu est que nous nous aimions les uns les autres, pour vivre libres et sereins sous son regard, dans l’espérance, la solidarité fraternelle, la chaleur de l’amitié. En ce dimanche, l’Evangile nous éclaire et avec Jean-Baptiste nous aussi, nous rendons témoignage en disant dans notre cœur : « Oui, j’ai vu descendre sur lui l’Esprit et y demeurer. Je l’atteste : c’est Jésus, c’est lui le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde pour en ôter le péché. Amen. Jean-Pierre Ellul.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article