Homélie pour le jour de Noël 2013. Basilique du Sacré-Cœur de Marseille.

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

~~Homélie pour le jour de Noël 2013. Basilique du Sacré-Cœur de Marseille. C’est au plus profond de la nuit, en ce solstice d’hiver fête du soleil invaincu que les anciennes générations chrétiennes ont voulu fait naître le Sauveur du monde, Dieu parmi nous : l’Emmanuel. Depuis que St François tout près d’Assise, avait représenté la nativité pour bien montrer l’humanité de celui qui venait de la part du Père, naître dans notre monde, de siècles en siècles nous avons représenté avec amour la naissance du sauveur parmi nous. Il est là tout petit et Marie le tient encore dans ses bras comme pour le réchauffer, comme pour le garder toujours. Elle sait que cet enfant sera grand ; elle se demande encore comment il atteindra le trône de David son père ; comment il règnera… comme prophète du Très-haut sur la maison de Jacob. Et j’oublie se dit-elle intérieurement que l’ange m’a dit que son royaume n’aura pas de fin… L’ange se serait-il trompé ? Car enfin ! Une naissance loin des siens, de sa famille, de ses amis ; une naissance dans des conditions extrêmes. Elle savait et Joseph le lui avait dit qu’ils ne trouveraient pas de place ; tant de monde faisait le voyage pour le recensement. Et nous, nous savons que « depuis Abraham, notre identité de croyants est celle de personnes en marche vers la terre promise ». Ce 24 décembre au soir, le pape François disait, lors de la messe de minuit en la basilique Saint-Pierre : « Cette histoire est toujours accompagnée par le Seigneur. Si Dieu est toujours fidèle à son alliance et à ses promesses, qu’il est « lumière », de la part du peuple alternent des moments de lumière et de ténèbres, de fidélité et d’infidélité, d’obéissance et de rébellion ; moments de peuple pèlerin et de peuple errant ». Et cette dualité nous marque aussi précise le Pape. « Si nous aimons Dieu et nos frères, nous marchons dans la lumière, mais si notre cœur se ferme, si l’orgueil, le mensonge, la recherche de notre intérêt propre dominent en nous alors les ténèbres descendent en nous et autour de nous. » Mais l’étable est là, la mangeoire aussi et c’est de la paille, déjà comme signe de pauvreté qui accueillera l’Enfant. Joseph le regarde aussi cherchant dans ce bébé comme tout les autres, quelle est la part de Dieu son Père. A-t-il le visage de l’Eternel ? Tout semble normal : il pleure un peu, il a faim, il s’endort... Mais pas pour longtemps. On frappe à la porte et tous deux voient entrer des étrangers, des bergers en plus, qui étaient dans les champs et qui avaient vu l’étoile et entendu le message des anges. Là encore : rien ! Un enfant comme tous les autres. Ils ont pourtant vu que sa mère était resplendissante en le leur présentant. Ils repartent avec une grande joie intérieure et beaucoup de respect. Ils en parleront souvent ! Pensez : l’Enfant-Dieu, le Sauveur du Monde était là, devant eux. Lorsque Joseph referma la porte et que les bêtes se furent couchées le silence tomba sur l’étable. L’Enfant-Dieu dormait comme nous dormons. Mais Marie veillait. Pour nous aussi, devant notre crèche familiale, les petits santons, gens simples de Provence réveillés par les anges et se mettant en route vers l’étable sainte semblent nous dire : « Venez, allons voir l’Enfant et la sainte famille ». Dans les rires et la joie de la découverte des cadeaux offerts de bonne heure ce matin, certains pourtant, penseront à ceux qui n’ont rien, à ceux qui ont faim, à tous ceux qui sont en guerre. Hier soir, devant la photo de l’un des leurs, de leur enfant retenu en otage de par le monde, un petit luminion a été posé éclairant leur visage. En se penchant tendrement vers leur photo, ils prieront, comme nous l’avons fait hier soir, et ce matin encore pour qu’ils soient bientôt libérés. Ils sont présents en ce jour de la Nativité dans notre prière. D’autres se souviendront de l’être aimé, trop vite reparti dans le royaume de lumière et de paix, en se demandant pourquoi le Seigneur l’a rappelé auprès de lui. Beaucoup ne penseront à rien de tout cela, mais ressentiront au fond du cœur, comme un manque, se demandant pourquoi ils en viennent à se poser les questions essentielles sur le sens de leurs vies, alors que cela ne leur arrive jamais ! Ce sont pourtant des hommes et des femmes de bonne volonté, mais pour eux la religion, la foi, le Christ naissant dans le monde, n’est qu’une tradition dépassée, ringarde, qui les fait sourire avec condescendance. Mais le Christ-Enfant est né aussi pour eux ! Oui, il est l’enfant de la paix, de la tendresse et de la miséricorde. Que ce soit en Syrie, en Terre Sainte, en Centre-Afrique, au Mali ou au Pakistan, ou dans les pays en guerre, les armes devraient se taire en ce jour de Noël devant le Sauveur du Monde. Et demain, et toujours, pour que la paix vienne enfin dans le monde. C’est notre vœu le plus cher et le pape François et notre archevêque ne cessent de le redire. Le pape a rappelé hier soir que « Jésus est l’Amour qui s’est fait chair ». « Il n’est pas seulement un maître de sagesse, il n’est pas un idéal, vers lequel nous tendons et dont nous savons que nous sommes inexorablement éloignés, il est le sens de la vie et de l’histoire, qui a placé sa tente au milieu de nous ». Et les premiers à avoir vu cette tente, ce sont les bergers. « Ils ont été les premiers parce qu’ils étaient parmi les derniers, les marginalisés, parce qu’ils veillaient dans la nuit ». Alors que je conclus cette méditation, je vous propose, comme le Pape l’a proposé aux fidèles : arrêtez-vous un instant, en silence, pour remercier le Seigneur de nous avoir donné Jésus. Et de faire nôtres les paroles du Seigneur : « ne craignez-pas ! », en les répétant dans le fond de votre cœur. Oui, « notre Père est patient, il nous aime, il nous donne Jésus pour nous guider sur le chemin, vers la terre promise. Il est la lumière qui resplendit dans les ténèbres. Il est notre paix. » (Homélie messe de minuit 2013). Que l’Enfant nous permette, cette année encore, de le suivre sur les chemins de l’évangile, car de la crèche à la croix, il nous conduit à la résurrection. En cette année mariale, en regardant la statue de Notre-Dame de la Garde, nous serons sûrs que Marie veille sur nous et que l’Enfant qu’elle tend à tous les Marseillais est venu comme le prince de la Paix. Le Christ est la lumière du monde ; il est venu nous libérer de toute crainte. A vous tous, chers frères et sœurs, bonne et sainte fête de Noël, dans la joie, l’amour et la paix. Amen. J-P Ellul.

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