Bicentenaire de la naissance de Frédéric Ozanam

Publié le par Recteur de la Basilique du Sacré-Coeur de Marseil

Homélie pour le 30ème dimanche Ordinaire - 27 octobre 2013 - basilique du Sacré-Cœur.

Cette dernière phrase de l’évangile de St Luc, nous permet d’évoquer brièvement la vie et l’œuvre de Frédéric Ozanam, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance. Nous en parlions déjà la semaine dernière, en annonçant le colloque de deux jours, proposé par la Société Saint Vincent de Paul et qui vient de se conclure dans notre diocèse, à L’ISTR, au Centre Le Mistral. Une vie toute donnée au Seigneur à sa famille, à la culture et aux pauvres. Je vous invite à le découvrir à la lumière du texte de Luc.

« Qui s’abaisse sera élevé ». Cette phrase de Jésus va résonner dans la vie de Frédéric Ozanam ; né à Lyon en 1810. Venu à Paris, d’abord comme étudiant, puis comme professeur en Sorbonne, il épouse Amélie Soulacroix, dont il aura une petite fille et sera un excellent professeur. Sa thèse dès 1836, sur « Dante et la philosophie catholique au 18ème siècle », alors qu’il vient de s’inscrire au barreau, va lui permettre, de démontrer à ses étudiants, la vérité du christianisme, grâce aux études comparatives, avec les croyances, religieuses et morales de l’Antiquité. Il aurait pu suivre une voie, que l’aurait conduit à ambitionner de plus hautes fonctions, non ! Son souci premier, ce sont les pauvres. Il l’écrit d’ailleurs : « J’ai envie de rendre grâce à Dieu de m’avoir fait naître dans une position sur la limite… de la gêne et de l’aisance… Dieu sait, avec la faiblesse naturelle de mon caractère, quels dangers aurait eus pour moi, la mollesse des conditions ». (lettre 1, 239).

Mais pour lui la question fondamentale est celle-ci: « Comment l’Eglise catholique, peut-elle être la véritable Eglise de Jésus-Christ, si elle oublie les pauvres ? » Cette idée va faire son chemin et tant pour St Vincent de Paul, que pour Frédéric Ozanam, elle va devenir le principe qui orientera leurs vies.

Très tôt, dès 1833, il va réunir quelques camarades pour combattre la solitude des étudiants provinciaux à Paris, groupement, qui se fait au sein de la Conférence d’histoire, pour ceux qui voulaient contribuer à un apport contemporain du christianisme, par l’exercice de la charité. Les conseils et l’appuie de l’admirable sœur Rosalie Rendu, vont les orienter vers le quartier Mouffetard à Paris, où les pauvres sont nombreux. Il fonde, avec 7 de ses étudiants, la première Conférence de Charité et la Société St Vincent de Paul, va multiplier à travers la France, puis dans le monde, des contacts réguliers, compréhensifs, efficaces, entre les catholiques et ceux qu’ils assistent.

Rencontres qui seront facteurs de justice, de bienfaisance, mais aussi d’éducation sociale mutuelle entre visiteurs et visités et apportera, de ce fait, un très grand apport au soulagement des grandes misères du 19ème siècle. Cette œuvre charitable de visite aux pauvres, à domicile, à été conçue par lui, moins comme un remède au paupérisme, que comme un moyen, pour les privilégiés, d’apprendre à sonder les causes de la misère publique, et à élaborer la science des réformes indispensables. On entend comme en échos les paroles de St Vincent de Paul sur la charité et c’est cet esprit va sous-tendre toutes leurs activités. Frédéric écrit : « Jusqu’ici, j’ai demandé à Dieu la lumière, pour connaître sa volonté ; maintenant… il lui reste à m’accorder le courage de l’accomplir ». (Lettre 1, 425).

Peu à peu, Ozanam va prendre conscience de l’exaspération du prolétariat, et prévoit l’imminence d’une explosion sociale ; seule une véritable insertion du monde ouvrir, dans la société du temps, pouvait répondre à l’exigence de justice. Il va l’exprimer vers la fin de 1847, dans un discours sur « Les dangers de Rome et ses espérances », et cette phrase : « Passons aux barbares », qui fit sensation en son temps, lui apportera de nombreuses critiques et le tollé de la bourgeoisie Déjà, un an plus tôt, il écrivait que « la question qui divise les hommes de nos jours, n’est plus une question de formes politiques, c’est une question sociale ; c’est de savoir… si la société ne sera qu’une grande exploitation au profit des plus forts, ou une consécration de chacun, pour le bien de tous et surtout, pour la protection des faibles. « Tournez la médaille, et vous verrez, à la lumière de la foi, que les pauvres, nous représentent le Fils de Dieu. Les pauvres, nous les voyons des yeux de chair, ils sont là et nous pouvons mettre le doigt et la main dans leurs plaies… et les traces de la couronne d’épine sont visibles sur leur front. Vous êtes pour nous, les images sacrées de ce Dieu que nous ne voyons pas, et, ne sachant pas l’aimer autrement, nous l’aimerons en vos personnes… vous êtes nos maîtres et nous serons vos serviteurs ». (L. p. 243).

Cet avertissement, qui a des résonnances combien actuelles, car ce n’est pas d’aujourd’hui, que l’on s’occupe des pauvres, il ne cessera plus de le répéter et de le préciser, surtout, lorsqu’éclate en France, la révolution de Février. Alors il lance avec l’abbé Maret et le Père Lacordaire un journal : « L’Ere Nouvelle », où il conjure les catholiques, de travailler, à la lumière de l’Evangile, à des réformes institutionnelles, qui « réparent les désordres de la liberté économique et donnent au peuple, des garanties pour le travail et contre la misère. La question qui agite aujourd’hui le monde autour de nous, dit-il, n’est ni une question de personnes, ni une question de formes politiques, mais une question sociale : c’est la lutte de ceux qui n’ont rien et de ceux qui ont trop ; c’est le choc violent de l’opulence et de la pauvreté… Notre devoir à nous chrétiens, est de nous interposer entre ces ennemis irréconciliables, et de faire… que l’égalité s’opère, autant qu’elle est possible, parmi les hommes… que la charité fasse, ce que la justice seule, ne saurait faire. (L. p. 239).

Je voudrais rappeler qu’en 1850, l’Action Catholique, telle que nous la connaissons n’existe pas. Le contexte est encore très clérical et le laïc doit s’insérer « strictement », dans le ministère hiérarchique, et certaines initiatives de catholiques libéraux, appellent des réactions épiscopales très hostiles. Pourtant, d’autres évêques, au contraire, tel que Mgr Parisis, évêque de Langres, puis d’Arras en 1851, rappelle que « même parmi les fidèles, chacun reçoit les communications de l’Esprit-Saint, pour l’utilité de tous » et que, selon l’expression de Tertullien : « Dans les dangers publics, tout citoyen est un soldat ». L’action Catholique –le mot est de Mgr Parisis- est alors, autant une forme de combat et de conquête, que de témoignage.

Frédéric Ozanam, souffrant d’une fièvre pernicieuse intermittente, depuis 1846, est ramené de Pise à Marseille, succombe le 8 septembre 1853. Ses obsèques seront célébrées dans l’église St Charles, à la rue Grignan et son corps repose dans l’église des Carmes à Paris. Il sera béatifié le 22 août 1997, par le pape Jean-Paul II, lors des 11ème JMJ à Paris.

Pour assurer une véritable continuité de son esprit, et nous rendre compte de ce qui a été réalisé, nous n’avons qu’à regarder, ce qui se fait dans la Société de St Vincent de Paul et par les Conférences, car là se trouve la réponse !

Et plus d’un siècle avant le Concile de Vatican II, en la fondant, ces jeunes gens avaient pressentis l’importance et la nécessité d’un apostolat des laïcs dynamiques et imaginatifs au sein du peuple de Dieu. En relisant et en méditant Gaudium et Spes, ou le décret sur l’Apostolat des Laïcs, tous ces grands élans, pour éradiquer ou du moins soulager la misère de nos temps, s’y trouvent déclinés. Et le pape François ne cesse de nous le rappeler.

L’important est de changer son cœur, d’y laisser retentir les conseils évangéliques que Jésus nous à laissé et d’essayer de les mettre en pratique. Suis-je satisfait de ma vie ? Qui suis-je ? Un juste, redondant de supériorité ? Ou est-ce que je regarde l’autre, et surtout celui qui souffre, comme étant le Christ ?

Mais ici au Sacré-Cœur, tout les 2èmes dimanches du mois, c’est ce qu’en fait, vous réalisez, en permettant par vos dons, lors de la quête "Partage et Amitié" de soulager la misère de ceux qui demandent l’aide et l’attention de notre Eglise. Des pauvres, nous dit Jésus, vous en aurez toujours parmi vous. Aussi donnons, si nous le pouvons.

Puis-je citer cette phrase qui ouvre la liturgie de ce 30ème dimanche, dans le livret Prions en Eglise :: « La prière des pauvres traverse les nuées et touche le cœur de Dieu. Quand nous nous tournons vers lui, laissons tomber les vêtements trop riches et les belles formules. Offrons-lui plutôt la vérité de notre cœur, ses ombres et ses lumières, sans tricher. » Amen. J-P Ellul.

Références : Evangile de Luc, 18, 9-14/ Catholicisme 45/Osservatore Romano N° 34, 26 août 1997/ Histoire de l’Eglise par elle-même, J. Loew p.443/ Histoire du Catholicisme en France, A. Latreille, p, 356. Gadium et Spes/ L’Apostolat des Laïcs – Concile Vatican II./Prions En Eglise, octobre 2013, (p. 175).

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